Reportage Saint-Etienne en Ligue 2 : le récit d'une soirée de chaos à Geoffroy-Guichard

L'officialisation de la descente des Verts a donné lieu à de violents débordements à Geoffroy-Guichard, dimanche.

Article rédigé par
envoyé spécial à Saint-Etienne - Elio Bono - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Les CRS sur la pelouse de Geoffroy-Guichard, le 29 mai 2022. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

À tous points de vue, la fin de ce Saint-Étienne-Auxerre (1-1, 4-5 aux tab), dimanche 29 mai, était prévisible. Sportivement d'abord, tant cette descente en Ligue 2 pendait au nez de Verts fantomatiques pendant la saison régulière. Concernant les heurts en tribunes, une boule de cristal n'était pas forcément requise pour imaginer un envahissement de terrain par des supporters stéphanois en colère après la relégation. 

À 21h38, Antony Gautier, l'arbitre de la rencontre, avait tout juste sifflé la fin de la prolongation que des dizaines d'ultras, pour la plupart du groupe Green Angels, ont déserté leur tribune pour attendre la sentence, au bord du terrain. Dans une scène déjà lunaire, ils ont vécu la séance de tirs au but au bord de la pelouse, prêts à jaillir sur le pré. En face d'eux, des CRS protégeaient l'arrivée aux vestiaires. Selon nos informations, des supporters avaient prévu de submerger le terrain quoi qu'il advienne, maintien ou relégation. "Je suis épuisée ce soir, on a imaginé des plans A, B, C, D, etc. si la pelouse est envahie", confiait une employée du club quelques instants avant le début de la rencontre.

Aussi sincère soit-elle, la gestion de crise s'est avérée chaotique. La horde de stadiers n'a pas suffi à jouer le rôle de barrage filtrant, et le dispositif de sécurité entourant la rencontre, environ 200 CRS, s'est avéré insuffisant pour empêcher les débordements, au lendemain des incidents lors de la finale de Ligue des champions au stade de France. La préfecture de la Loire a indiqué que le bilan était de 14 blessés légers parmi les forces de l'ordre, 17 blessés légers chez les supporters, et deux blessés légers parmi les joueurs auxerrois.

À la 77e minute, déjà, une poignée de supporters avait pénétré sur la pelouse pour célébrer l'égalisation de Mahdi Camara. Le speaker n'avait pas jugé bon de les réprimander. Une bonne heure plus tard, à 21h48, la joie du Chaudron s'est transformée en foudre. Les joueurs n'avaient pas encore encaissé la défaite aux tirs au but qu'ils étaient déjà escortés aux vestiaires par des CRS. En plus de sifflets grinçants, "des supporters se sont massés vers eux", nous a indiqué un témoin "à deux mètres" de la scène.

"On est tous rentrés rapidement au vestiaire, on avait peur qu'il nous en manque un ou deux !", a souri Jean-Marc Furlan quelques minutes après les faits. Et l'entraîneur auxerrois d'ajouter : "J'ai pris je ne sais combien de lacrymos !". À la seconde où Birama Touré a réussi son tir au but pour envoyer Auxerre en Ligue 1 (et donc Saint-Étienne en Ligue 2), une ribambelle de fumigènes a été propulsée à tir tendu sur le gazon en direction des CRS. Ces fusées rouges et vertes au bruit sourd avant détonation étaient vraisemblablement dirigées vers les vestiaires. Des feux d'artifice ont aussi été tirés.

Fumigènes d'un côté, lacrymos de l'autre

En guise de ripostes, les CRS ont propulsé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule stéphanoise. Leur intensité, ressentie dans tout le stade, a vidé les travées du Chaudron et coupé le sifflet aux journalistes présents en tribune de presse. Une demi-heure plus tard, l'odeur désagréable suintait toujours les coursives et couloirs de l'enceinte. 

Le stade Geoffroy-Guichard plongé sous les nappes des gaz lacrymogènes, le 29 mai 2022. (Elio Bono / Franceinfo: sport)

La tension avait entre temps baissé d'un ton. Dix minutes après l'envahissement du terrain, ne restaient sur la pelouse que plusieurs dizaines de supporters noyant leur désespoir en faisant, pacifiquement, les cent pas. La fumée se dissipait enfin, et l'on pouvait voir les 1 100 supporters auxerrois célébrer la montée des leurs. Même scandés avec véhémence, leurs chants masquaient péniblement la détresse audible des fans stéphanois. Qui ont poursuivi quelques actes de violence en dehors de Geoffroy-Guichard, en s'en prenant notamment "au car des joueurs auxerrois", a annoncé la chaîne L'Equipe. La préfecture a précisé que "les 1154 supporters de l'AJA avaient pu quitter le stade en toute sécurité à partir de minuit sous escorte policière", au bout d'une nouvelle soirée bien triste pour le football français.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Ligue 1

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.