Euro 2016 : Frappe de mule, Maserati et marabout... L’ascension fulgurante de Samuel Umtiti

Réserviste au début de la préparation des Bleus, le défenseur lyonnais sera probablement titulaire dimanche en finale de l'Euro. Le sommet d'une ascension fulgurante.

Samuel Umtiti au duel avec l\'Allemand Thomas Müller, le 7 juillet 2016 au stade Vélodrome de Marseille (Bouches-du-Rhône).
Samuel Umtiti au duel avec l'Allemand Thomas Müller, le 7 juillet 2016 au stade Vélodrome de Marseille (Bouches-du-Rhône). (PIXXMIXX / PIXATHLON / SIPA)

Il y a quelques mois, sa présence chez les Bleus n'était qu'une blague, un fantasme de supporters lyonnais. Lors d'un chat avec Eurosport, Didier Deschamps lui-même s'était permis d'en rire. Samuel Umtiti en équipe de France ? "Vous ne regardez pas les matchs de Ligue des champions peut-être", avait lancé, hilare, le sélectionneur. Une semaine plus tard, le défenseur central se blesse lors du derby contre Saint-Etienne. Une saison galère s'annonce.

Elle sera pourtant historique. En ce beau mois de juillet 2016, Samuel Umtiti sera probablement titulaire, dimanche 10 juillet, en finale de l'Euro contre le Portugal. A 22 ans, il s'apprête à signer dans l'un des plus grands clubs du monde, le FC Barcelone. "Il m'arrive plein de trucs bien en ce moment", a-t-il lâché, après la demi-finale contre l'Allemagne.

Le surdoué de Ménival

Le sommet d'une ascension pour ce joueur qui s'est imposé partout où il est passé. Né le 14 novembre 1993 à Yaoundé (Cameroun), Samuel Umtiti a tapé ses premiers ballons à l'âge de 5 ans au FC Ménival, dans le quartier lyonnais du même nom. "Pour quelqu'un de son âge, il était déjà mature, se souvient pour francetv info Djoudi Boumaza, le président du club. Il était au-dessus du lot par rapport à nos gamins, on l’a fait monter dans les catégories supérieures, il était toujours au-dessus."

L\'une des premières licences de Samuel Umtiti, en 2001.
L'une des premières licences de Samuel Umtiti, en 2001. (MENIVAL FC)

Mauricio Molina, son premier entraîneur en débutant, n'est pas prêt de l'oublier. "C'était un monstre défensivement, raconte-t-il à francetv info. Et quand les matchs étaient plus compliqués, il avait pour consigne de débloquer la situation : dribbler tout le monde et marquer." Son protégé, "très humble, très timide", est tellement fort qu'il doit le brider. "Je l'empêchais de dribbler tout le temps, ça n'avait aucun intérêt pour les autres sinon. Et comme il était déjà très doué avec son pied gauche, il devait jouer uniquement avec le droit à l'entraînement", se souvient-il.

Détection et frappe sur la barre

Très vite, les éducateurs de Ménival comprennent que l'avenir de Samuel Umtiti est ailleurs. Entraîneur des benjamins, Régis Molouba prend l'initiative de démarcher l'Olympique lyonnais. "Le responsable est allé voir dans son cahier. Il m'a dit 'oui, on avait coché son nom'", raconte-t-il à francetv info. Il obtient le feu vert de sa mère, d'abord réticente.

Je lui ai dit que cela pouvait changer le destin de sa familleRégis Moloubaà francetv info

En juin 2001, le jeune Samuel est convoqué pour des détections avec l'OL. "Je lui ai dit d'oublier mes consignes, de montrer son dribble, sa puissance", se souvient Mauricio Molina. Et pour être certain que son gamin ne passe pas inaperçu, l'éducateur est prêt à tout. "Pendant une pause, je lui ai demandé de prendre le ballon et de frapper le plus fort possible sur la barre transversale", raconte-t-il. Umtiti s'exécute. "Cela a fait beaucoup de bruit, je pense que ça a marqué", s'amuse le coach de Ménival. Sur les 300 enfants testés ce jour-là, il est le seul retenu.

Samuel Umtiti (au fond en pull clair) et quelques coéquipiers de l\'Olympique Lyonnais, en décembre 2015 à l\'arbre de Noël du FC Ménival. Le joueur y assiste chaque année.
Samuel Umtiti (au fond en pull clair) et quelques coéquipiers de l'Olympique Lyonnais, en décembre 2015 à l'arbre de Noël du FC Ménival. Le joueur y assiste chaque année. (MENIVAL FC)

Les marches du théâtre antique

Une nouvelle vie commence, et elle n'est pas de tout repos. "C'est bien d'avoir le talent ou le potentiel, mais ce n'est pas suffisant. Beaucoup n'y arrivent pas par manque de travail", rappelle Régis Molouba. Tous les dimanches, avec un ami préparateur physique, Barth Lebo, il emmène courir son protégé et deux jeunes de Ménival, Mohamed Accar et Kévin Plaud. Chaque séance dure deux heures.

Il y a beaucoup de collines et de parcs à Lyon, on allait même courir dans les escaliers du théâtre gallo-roman de FourvièreRégis Moloubaà francetv info

Côté terrain, "Sam" est toujours au-dessus du lot. "Dans sa génération, c’est celui qui se détachait le plus. C’était un leader calme, mûr, intelligent et respectueux (...) Il était propre dans ses interventions, presque jamais en retard", raconte l'un de ses éducateurs à l'OL, Armand Garrido, au Progrès. Courtisé par le Cameroun, il découvre le maillot bleu, avec les sélections jeunes.

"Il voulait obtenir 10 partout"

Les portes du groupe professionnel ne tardent pas à s'entrouvrir. Le 8 janvier 2012, Rémi Garde le lance en Coupe de France contre les amateurs de Lyon-Duchère. "C'est un bosseur exigeant, confiait il y a quelques semaines l'entraîneur à L'Equipe. S'il sortait d'un match en ayant gagné dix duels sur dix et réussi huit passes sur dix, il n'était pas content. Lui, il voulait obtenir 10 partout."

Samuel Umtiti ne sortira plus de l'équipe. Dans un secteur où Lyon ne fait pas toujours les bons choix de recrutement, il s'impose rapidement comme le patron. Son efficacité dans les duels et ses relances soignées en font l'un des chouchous de Gerland. Le 14 février 2013, il marque un but d'anthologie contre Tottenham, en Europa Ligue.

La Maserati "Sam 23"

De ses années lyonnaises, on ne lui connaît qu'une seule erreur. A l'automne 2013, au lendemain d'une défaite 2-1 à Ajaccio, il se fait livrer une Maserati neuve, immatriculée "Sam 23", au centre d'entraînement Tola-Vologe, sous les yeux des supporters. Son capitaine, Maxime Gonalons, lui passe un savon. "Je suis discret et ce n'est pas parce que j'ai une Maserati que je manque d'humilité", réplique-t-il dans L'Equipe, tout en reconnaissant qu'il n'aurait "jamais dû recevoir cette voiture au club".

Les supporters lyonnais lui pardonneront rapidement cet écart. Impérial, il enchaîne les saisons et les matchs, portant parfois l'équipe à bout de bras. Sur la saison 2015-2016, il est même le défenseur français des cinq grands championnats qui remporte le plus de duels (7/10 en moyenne). Sa progression en équipe de France est plus laborieuse, malgré un titre de champion du monde U20 en 2013. Au grand désarroi des supporters lyonnais, Didier Deschamps semble l'ignorer. "Sa première sélection arrive un peu tard, estime Mauricio Molina. Je le voyais intégrer l'équipe avant l'Euro".

De réserviste à titulaire

Un enchaînement de circonstances va mener Deschamps à faire appel à lui. Varane, Zouma et Laporte déclarent forfait pour l'Euro. Sakho est suspendu quelques jours pour dopage. Le sélectionneur a beau sortir Adil Rami de son chapeau, la blessure de Jérémy Mathieu l'oblige à rappeler le Lyonnais dans les 23. Pendant la compétition, la suspension d'Adil Rami et les contre-performances d'Eliaquim Mangala à l'entraînement lui permettent d'intégrer le onze de départ contre l'Islande.

Alors que certains ironisent sur les performances de son marabout, qui écarterait les obstacles sur son chemin, Régis Molouba estime que son joueur mérite d'être là. "Ce n'est pas de la chance. Ceux qui le disent ne voient pas les efforts qu'il y a derrière, les sacrifices qu'il a consentis. Dans la vie, il n'y a que le travail qui paye", martèle l'ancien éducateur. La preuve, son protégé, titulaire contre l'Allemagne, devrait disputer la finale contre le Portugal. Deux titularisations qu'il ne doit qu'à lui-même.