Blessures, fatigue, absences... Faut-il s'inquiéter pour l'équipe de France avant l'Euro ?

Le remplacement de Raphaël Varane par Adil Rami a fragilisé la défense des Bleus, mais Didier Deschamps peut s'appuyer sur un groupe soudé.

Le sélectionneur de l\'équipe de France, Didier Deschamps, lors d\'un entraînement en marge de la préparation à l\'Euro 2016, à Clairefontaine (Yvelines), le 25 mai 2016.
Le sélectionneur de l'équipe de France, Didier Deschamps, lors d'un entraînement en marge de la préparation à l'Euro 2016, à Clairefontaine (Yvelines), le 25 mai 2016. (FRANCK FIFE / AFP)

C'est un Didier Deschamps détendu, voire blagueur, qui s'est présenté mercredi 25 mai devant la presse à Clairefontaine, en marge du stage de l'équipe de France, en pleine préparation pour l'Euro 2016. A quinze jours du début de la compétition, le sélectionneur des Bleus doit pourtant faire face à une accumulation de tuiles, qui pourraient ébrécher la confiance dans le camp français. A juste titre ?

Certes, la défense sera expérimentale…

Débarrassée du psychodrame de la sextape, avec la non-convocation de Karim Benzema et Mathieu Valbuena, l'équipe de France a pu entamer la préparation pour l'Euro sur des bases saines. Sauf qu'un problème majeur est vite venu assombrir l'horizon : Raphaël Varane, pilier indispensable de la défense des Bleus, s'est blessé pour au moins deux semaines, lors d'un entraînement du Real Madrid, son club, qui prépare la finale de la Ligue des champions, samedi 28 mai. Très rapidement, Didier Deschamps a décidé de ne plus le convoquer pour l'Euro et de le remplacer par Adil Rami parmi les 23 Français sélectionnés.

Si l'absence de Varane est préjudiciable, c'est parce que l'élégant madrilène est le joueur le plus souvent titularisé par le sélectionneur depuis le Mondial 2014 : 18 fois en 18 matchs. Du coup, pour composer son duo de défenseurs centraux, base fondamentale d'une équipe dont la complémentarité doit être parfaite, Didier Deschamps va être obligé d'aligner des joueurs ni titulaires indiscutables, ni habitués à jouer ensemble. Déjà pointée du doigt pour ses manquements récurrents, la défense des Bleus n'avait pas besoin de ça.

Aucune hiérarchie claire n'est encore établie, mais Laurent Koscielny a de fortes chances d'être titulaire, lui qui, après Varane, a le plus souvent été aligné ces deux dernières années. En l'absence de Mamadou Sakho, écarté pour des soupçons de dopage, c'est Eliaquim Mangala, le gaucher habitué au banc des Bleus, qui fait figure de favori pour jouer dans l'axe gauche, avec Koscielny dans l'axe droit. Sauf que ce duo n'a joué ensemble qu'une seule fois, en Uruguay, un piteux match amical perdu 1-0 par les Bleus en juin 2013.

Les deux autres choix ne sont pas plus rassurants. L'autre gaucher, le Barcelonais Jérémy Mathieu, ne compte que cinq sélections en équipe de France et n'a plus été aligné en défense centrale depuis octobre 2014. Adil Rami, lui, n'a aucun repère avec ses partenaires. Il a bien joué une fois avec Laurent Koscielny, mais c'était en novembre 2011 (victoire 1-0 contre les Etats-Unis). Et surtout, le "gros nounours", comme l'appelait Laurent Blanc, n'a plus joué pour la France depuis une déroute 3-0 subie au Brésil en juin 2013, en raison de choix sportifs discutables et d'une légère prise de poids. Après une belle saison à Séville, Didier Deschamps le trouve désormais "affûté" et "à un bon niveau". Suffisant pour rattraper trois ans sans jouer en bleu ?

… et certains joueurs sont fatigués

Si Jérémy Mathieu n'est pas un choix idéal pour pallier le forfait de Raphaël Varane, ce n'est pas uniquement dû à son manque de repères en bleu. C'est surtout parce qu'il est actuellement à l'infirmerie de Clairefontaine, où il soigne un mollet douloureux, moins de deux mois après une importante blessure au genou. Didier Deschamps a assuré mercredi que le gaucher "ne manquera[it] pas l'Euro", mais il sera à coup sûr indisponible pour le match de préparation du 30 mai contre le Cameroun, et peut-être pour celui du 4 juin contre l'Ecosse.

D'autres Bleus pourraient également être ménagés, après avoir vécu une interminable saison. L'exemple le plus frappant est celui d'Antoine Griezmann, qui n'a pas encore rejoint la préparation de l'équipe de France, puisqu'il dispute la finale de la Ligue des champions, entre son club de l'Atletico Madrid et le Real Madrid, le 28 mai. Mais, avec 62 matchs disputés cette saison, l'attaquant français n'est pas le Bleu qui aura passé le plus de temps sur un terrain en 2015-2016, puisqu'Anthony Martial le devance de deux matchs.

Pas étonnant, d'ailleurs, qu'Anthony Martial ait ressenti une petite gêne, mercredi à l'entraînement, comme le relaie L'Equipe. Il a d'ailleurs été accompagné aux soins par André-Pierre Gignac, lequel avait refusé de prendre du repos entre sa fin de saison au Mexique et le début du stage préparatoire de l'équipe de France à Biarritz. Vu la fatigue qui guette certains cadres, la préparation, donc le niveau de jeu des Bleus en début de tournoi, pourrait s'en ressentir.

Mais les joueurs sont habitués à la pression…

Plus que le cas Varane, une polémique a marqué la conférence de presse de Didier Deschamps. Le sélectionneur a réagi aux déclarations de Bruno Génésio, l'entraîneur de l'Olympique lyonnais, qui lui reprochait de ne pas sélectionner de joueurs évoluant dans le championnat français : "Il aurait mieux fait de se la boucler" a sèchement répondu le patron des Bleus, avant de se justifier : "Si je considère qu’un joueur de Ligue 1 a le niveau international, je le prends, s’il est à l’étranger également."

Et effectivement, la sélection des 23 de Didier Deschamps ressemble à une équipe dont les membres sont tous habitués à se frotter au plus haut niveau, dans de grands clubs ou dans des championnats majeurs. On n'y compte aucun petit nouveau sans expérience, à l'image d'un Ribéry en 2006 ou d'un Cabella en 2014.

Les problèmes de blessure ou de fatigue sont des obstacles habituels pour eux. Mais surtout, tous, y compris les remplaçants, sont rompus à la pression des grands événements sportifs, pression qui sera d'autant plus forte durant cet Euro disputé à domicile. "On sera compétitifs", assure ainsi un Didier Deschamps "pas inquiet" : "Les joueurs qui vont représenter la France ne feront pas profil bas, je compte sur eux, et je leur fais confiance."

… et l'ambiance est bonne (pour le moment)

En écartant d'emblée l'espoir de voir Raphaël Varane guérir miraculeusement de sa blessure, Didier Deschamps a éliminé un problème qui a miné nombre de préparations françaises dans le passé. Les courses contre la montre entourant les cuisses de Zidane en 2002, de Desailly en 2004 et de Vieira en 2008 avaient à chaque fois alimenté la chronique, faisant monter la pression médiatique. Pire, les joueurs appelés à les remplacer se sont parfois sentis vexés par la "catastrophe" annoncée en cas d''indisponibilité du titulaire habituel, comme l'a reconnu Roger Lemerre après le cataclysme du Mondial en Corée et au Japon.

Cette fois, pas de suspense, chaque joueur sait s'il sera ou non dans les 23 et que tout dépendra uniquement de ses performances. D'après les visages souriants aperçus pendant le stage à Biarritz puis lors du rassemblement à Clairefontaine, l'ambiance est détendue dans le groupe France. "C'est sans doute le meilleur groupe que j'aie connu en sélection, avance ainsi le milieu de terrain Moussa Sissoko. Il y a un bon mélange entre les anciens et les plus jeunes, on prend beaucoup de plaisir ensemble sur le terrain, et il y a une bonne ambiance en dehors."

Un couac aurait pourtant pu tout gâcher après le forfait de Raphaël Varane. En appelant Adil Rami pour le remplacer dans les 23, Didier Deschamps a fait venir un joueur qui ne faisait pas partie des huit réservistes impliqués dans la préparation. Le jeune Lyonnais Samuel Umtiti, susceptible de remplacer Varane, aurait pu en prendre ombrage. "Je comprends qu'il puisse être déçu, mais ce n'est pas un manque de confiance en lui", a affirmé le sélectionneur, arguant avoir besoin d'un défenseur central droitier, alors qu'Umtiti est gaucher.


Certains, comme Eurosport, y voient une erreur de management de la part de Didier Deschamps, qui aurait pu anticiper cette situation au moment de sa sélection, en prévoyant un neuvième réserviste droitier. Ce n'est pas l'avis d'Elie Baup, ancien coach de Bordeaux, de Saint-Etienne et de l'OM, interrogé par L'Equipe : "Il a clairement expliqué que les réservistes n'étaient pas des titulaires mais des joueurs à potentiel qu'il retenait pour qu'ils goûtent au groupe France en songeant à l'avenir. Donc Samuel Umtiti, s'il a bien écouté ce que Deschamps a dit au départ, il n'a pas à être déçu. Il était prévenu."

Mais, comme l'explique La Voix du Nord, Didier Deschamps semble tout de même se méfier d'une possible fissure naissante entre les 23 sélectionnés et les 8 réservistes. Du coup, ces derniers vont plier bagages avec 48 heures d'avance. Au lieu de quitter Clairefontaine mardi, au lendemain du match de préparation contre le Cameroun, ils s'en iront dès dimanche. "Travailler avec 30 joueurs, ce n’est pas facile, s'est expliqué "DD". C’est un passage nécessaire. Je veux que le groupe des 23 soit déjà dans un mode compétition."