Brésil : pourquoi des émeutes éclatent à Rio à quelques semaines du Mondial

Une personne est morte au cours de violentes émeutes qui ont éclaté dans une favela de Copacabana, à quelques semaines du coup d'envoi de la Coupe du monde de football.

Un policier dans une favela du quartier de Copacabana, à Rio de Janeiro (Brésil), le 22 avril 2014. 
Un policier dans une favela du quartier de Copacabana, à Rio de Janeiro (Brésil), le 22 avril 2014.  (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

A quelques semaines du Mondial de foot, de violentes émeutes ont éclaté mardi 22 avril à Rio de Janeiro (Brésil) dans une favela du quartier touristique de Copacabana. Loin de l'image de carte postale de Rio, la situation inquiète les autorités. Pourquoi ces émeutes ont-elles éclaté et pourquoi le climat est-il particulièrement tendu au Brésil ? Eléments de réponse.

La mort d'un danseur met le feu aux poudres

Barricades en feu, échanges de tirs, jeunes jetant des pierres et des bouteilles en verre depuis les hauteurs de la favela de Copacabana sur la police et les voitures sortant du tunnel de la grande avenue Nossa Senhora de Copacabana : le plus célèbre quartier de Rio semble en pleine Intifada. C'est l'annonce, dans l'après-midi, de la mort de Douglas Rafael Pereira, alias "DJ", retrouvé mort dans une crèche de la favela, qui a déclenché la fureur de ce quartier misérable perché à flanc de colline.

"DJ", 25 ans, habitant de la favela, était danseur pour un programme de TV Globo, la fierté des jeunes du quartier. Pris à tort pour un trafiquant de drogue, il a, selon des amis, été rossé à mort par des agents de l'Unité pacificatrice installée dans cette communauté depuis 2009 en prévision du Mondial (12 juin-13 juillet) et des JO-2016.

Selon un bref communiqué de la police, "le rapport fait sur place indique que les blessures de Douglas sont compatibles avec une mort occasionnée par une chute". La mère du jeune homme, l'infirmière Maria de Fatima da Silva, raconte, elle, au site d'information G1 : "Il est mort à 1 heure du matin et présentait des traces de coups. Plus de 12 heures après, on a réussi à voir son corps. Il était en position de défense, avec des blessures partout. Il n'y avait pas de marque de balles."

Des émeutes éclatent et font un mort

Peu après l'annonce de la mort de Douglas et le début de l'émeute, des policiers encerclés par la foule se réfugient dans une maison. IIs menacent de tirer si les habitants tentent d'y entrer, selon des témoins. Puis les troupes d'élites de la police arrivent, uniformes noirs, fusils mitrailleurs, pistolets automatiques. Des coups de feu éclatent. Des trafiquants auraient tiré sur les policiers, racontent certains. "Mateus", un déficient mental de 27 ans qui participait à la révolte, est tué d'une balle en pleine tête.

APTN

Un contexte social explosif

Ces évènements inquiètent les autorités à quelques semaines de la Coupe du monde de football, qui doit notamment se tenir à Rio de Janeiro, en juin. A l'instar d'autres villes du Brésil, Rio est périodiquement secouée par des émeutes ou des manifestations qui dégénèrent en violents affrontements. De violentes manifestations anti-gouvernementales ont déjà marqué la Coupe des Confédérations, en juin 2013. Depuis, des groupes de citoyens et des partis politiques multiplient les mobilisations massives, et parfois très violentes, pour exiger davantage d'investissements dans les services publics, notamment les transports, que dans le ballon rond. Un contexte social explosif, auquel il faut ajouter des risques sécuritaires pas totalement maîtrisés, comme le notait francetv info.

"Quelle est cette Coupe du monde, quels sont ces Jeux olympiques qui s'abreuvent du sang de jeunes innocents ?", s'interroge au milieu de barricades fumantes, Daisy Carvalho, militante des droits de l'Homme à Rio. Elle poursuit : "Les favelas doivent s'unir et descendre dans la rue pour dire que nous voulons la paix, mais pas de cette police assassine. Je dis aux touristes : 'ne venez pas pour la Coupe du monde !'"