Sanctions contre le Paris-FC et Lyon : "Je ne suis pas sûr que cela résolve quoi que ce soit sur le long terme", estime le journaliste Vincent Duluc

Le grand reporter au journal l'Equipe fustige la "faible pédagogie des sanctions collectives" et appelle le monde du foot à "pacifier les tribunes". 

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Radio France
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De violents incidents avaient éclaté à la mi-temps du match Paris FC-Lyon en Coupe de France, à Charléty, le 17 décembre 2021, entraînant l'arrêt de la rencontre.  (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

"Je ne suis pas sûr que cela résolve quoi que ce soit sur le long terme", a réagi lundi 27 décembre sur franceinfo Vincent Duluc, grand reporter au journal l’Equipe, après les sanctions infligées par la Fédération française de football au Paris-FC et à l'Olympique lyonnais. Les deux équipes sont éliminées de la Coupe de France de football après les incidents en tribunes survenus lors de leur 32e de finale. L'OL est en plus exclu avec sursis de la compétition à partir de 2022-23 et sera privé de ses supporters en déplacement jusqu'à la fin de la saison.

Pour Vincent Duluc, les débordements naissent "de la faible pédagogie des sanctions collectives". Selon lui, "les instances du foot se sentent obligées d'avoir des sanctions collectives à la hauteur de l'émotion du gouvernement". Il estime que "la vraie tâche, qui appartient à la fois au monde du foot et au monde politique, c'est de pacifier les tribunes". Vincent Duluc juge par ailleurs "complétement stupide" la jauge de 5 000 personnes dans les tribunes extérieures des stades. "Une jauge d'un tiers des places d'un stade aurait été quelque chose de beaucoup plus rationnel."

Franceinfo : Est-ce que punir les joueurs, les clubs, les supporters, est juste ?

Vincent Duluc : C'est le vrai débat. C'est un débat qui naît de la faible pédagogie des sanctions collectives qui ne fonctionnent pas. Et effectivement, pour l'instant, la seule logique qui existe, c'est de les rendre de plus en plus sévères, mais sous la pression du gouvernement. Ce ne sont pas les instances sportives qui, par elles-mêmes, ont déplacé le curseur depuis le début de la saison.

Le problème, c'est que la jurisprudence n'est pas du tout tenue, que des mêmes incidents ont eu lieu lors du match Angers-Marseille, puis lors du match Lens-Lille, que le match à l'époque avait repris, qu'il n'a pas été donné perdu. Mais là, le match de Coupe de France à Charléty avait eu lieu le lendemain d'une réunion interministérielle. Et depuis, les instances du foot se sentent obligées d'avoir des sanctions collectives à la hauteur de l'émotion du gouvernement. Mais je ne suis pas sûr que cela résolve quoi que ce soit sur le long terme. La seule solution ce sont des sanctions individuelles.

Est-ce que l'on ne rentre pas un cercle infernal ?

L'idéal, c'est que cela s'arrête tout de suite. Il faut quand même que l'Etat aide le foot et pas seulement en s'émouvant de la sorte et en demandant des sanctions collectives spectaculaires pour montrer que quelque chose est fait. Il faut que l'Etat aide le foot en créant notamment des amendes et un dispositif législatif qui donne des armes aux instances du foot et aux clubs pour poursuivre individuellement ces supporteurs et les écarter du stade un peu plus longtemps. En France, c'est limité à cinq ans d'interdiction de stade, alors qu'en Angleterre, c'est dix ans. Tout l'encadrement de ces limitations-là est encore trop faible.

La solution c'est de sortir des stades les coupables, mais sûrement pas après qu'un match a été interrompu par un lancer de bouteille d'eau, d'interdire les bouteilles d'eau dans un stade."

Vincent Duluc, grand reporter au journal L'Equipe

à franceinfo

Ce n'est pas une solution. Ça, c'est un pis-aller. C'est une sanction vaguement démagogique et ponctuelle. Mais la vraie tâche, qui appartient à la fois au monde du foot et au monde politique, c'est de pacifier les tribunes.

Est-ce que les sanctions contre l'OL vous paraissent justifiées ?

C'est une annus horribilis pour l'Olympique Lyonnais. Le club est 14ème en Ligue 1. Il est éliminé de la Coupe de France sur tapis vert. Il a déjà perdu un point en championnat sur tapis vert. Il a perdu toute la recette du match contre Marseille. Il va perdre, à cause de la jauge, la recette du match contre Paris et la recette du match contre Saint-Etienne, soit une perte sur ces trois matchs de l'ordre de 12 à 15 millions d'euros. Et il n'aura plus du tout le moindre supporteur jusqu'à la fin de la saison à l'extérieur. Donc c'est une année assez noire.

Mais au moins, je trouve que depuis les incidents de Charléty, le club s'est assez bien comporté. Ils ont seulement communiqué les sanctions individuelles qu'ils avaient prises contre leurs propres supporters. Aujourd'hui encore, après les sanctions, ils ont décidé de ne pas communiquer, de ne pas se plaindre. Je pense que c'est une bonne manière d'aborder ces sanctions. Une bonne partie de ces sanctions sont méritées. Une autre partie l'est un peu moins. Car la jurisprudence a frappé plus durement l'Olympique Lyonnais que les autres clubs. Mais parce que c'était le troisième ou quatrième incident de la sorte et qu'il fallait montrer l'exemple.

"Malheureusement pour les Lyonnais, c'est à eux qu'on demande de montrer l'exemple. C'est eux qui vont payer un petit peu pour les autres."

Vincent Duluc, grand reporter au journal L'Equipe

à franceinfo

Les tribunes vont sonner creux. Pour lutter contre la progression du Covid-19, le gouvernement a décidé de fixer une jauge de 5 000 personnes en extérieur. Est-ce que cela vous paraît acceptable ?

C'est complètement stupide de laisser 5 000 personnes entrer dans un stade de 5 000 personnes et de limiter à 5 000 personnes un stade qui pourrait en compter 60 000. C'est stupide de dire que dans un stade, toutes les places vont être occupées, et que dans un autre, il y aura une place sur douze qui sera occupée. C'est très difficile de faire comprendre que cette décision a un sens pédagogique.

En l'occurrence, cette décision n'a aucune cohérence. Alors je sais qu'elle repose notamment sur la volonté de désengorger les transports en commun à l'approche des stades. Mais jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas de jauge dans les métros ni dans les trains. Donc, c'est vraiment une décision qui est un petit peu surprenante. Je pense qu'une jauge d'un tiers des places d'un stade aurait été quelque chose de beaucoup plus rationnel.

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