Scandale à la Fifa : ce que la justice suisse reproche à Sepp Blatter

Le procureur général a ouvert, vendredi, une procédure pénale à l'encontre du président de la Fédération internationale de football. La justice le soupçonne de "gestion déloyale" et d'"abus de confiance".

Le président de la Fifa, Sepp Blatter, quitte la tribune après avoir annoncé sa démission, le 2 juin 2015, à Zurich (Suisse).
Le président de la Fifa, Sepp Blatter, quitte la tribune après avoir annoncé sa démission, le 2 juin 2015, à Zurich (Suisse). (RUBEN SPRICH / REUTERS)

"Je suis réglo. Il n'y a aucune corruption dans le football", affirmait Sepp Blatter, le président démissionnaire de la Fédération internationale de football (Fifa) le 24 août à la BBC. Un mois après cette déclaration, le patron du football mondial est pourtant inquiété par la justice suisse. Le procureur général du pays a ouvert, vendredi 25 septembre, une procédure pénale pour "gestion déloyale" et "abus de confiance".

>> Perquisitions, corruption et abus de confiance à la Fifa : suivez notre direct

Des perquisitions et des entretiens ont été organisés au siège de la Fifa à Zurich (Suisse) vendredi, et l'organisation a assuré qu'elle s'était conformée à toutes les demandes exprimées par la justice. Francetv info revient sur ce qui est reproché à Sepp Blatter.

La signature d'un contrat contraire aux intérêts de la Fifa 

En premier lieu, le parquet suisse soupçonne Joseph Blatter d'avoir signé "un contrat défavorable à la Fifa avec l'Union caribéenne de football (...) et d'avoir également agi de manière contraire aux intérêts de la Fifa", décrit un communiqué du ministère vendredi après-midi.

 

Communiqué du Ministère public suisse le 25 septembre 2015.
Communiqué du Ministère public suisse le 25 septembre 2015. (MINISTERE PUBLIC SUISSE)

Le 12 septembre, la chaîne de télévision suisse SFR révélait avoir eu accès à un document (en anglais) détaillant le contrat très suspect conclu en 2005 entre Sepp Blatter et Jack Warner, concernant les droits télévisés des Coupes du monde 2010 en Afrique du Sud et 2014 au Brésil. Jack Warner est, à l'époque, vice-président de la Fifa, et président de la Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf).

 

L\'ancien vice-président de la Fifa Jack Warner lors d\'un meeting politique à Marabella (Trinidad-et-Tobago), le 3 juin 2015.
L'ancien vice-président de la Fifa Jack Warner lors d'un meeting politique à Marabella (Trinidad-et-Tobago), le 3 juin 2015. (ANDREA DE SILVA / REUTERS)

Ce document détaille comment la Fifa a vendu ces droits télévisés à la société de Jack Warner, pour un prix estimé à 5% de la valeur du marché de l'époque : 600 000 dollars (environ 536 000 euros). Le patron de la Concacaf aurait ensuite revendu ces droits, via sa société JDI basée aux îles Caïmans, à la chaîne SportsMax pour 15 à 20 millions de dollars, moins de deux ans plus tard, moyennant une plus-value de plus de 10 millions de dollars, détaille le journal Mirror (en anglais).

Le versement "déloyal" d'1,83 million d'euros à Michel Platini

Le parquet reproche également à Joseph Blatter un paiement déloyal de 2 millions de francs suisses (1,83 million d'euros) en faveur de Michel Platini, le président de l'Union des associations européennes de football (UEFA), au préjudice de la Fifa. 

Président de l\'UEFA, Michel Platini en conférence de presse le 28 mai 2015 à Zurich (Suisse)
Président de l'UEFA, Michel Platini en conférence de presse le 28 mai 2015 à Zurich (Suisse) (FABRICE COFFRINI / AFP)

Selon Grégoire Mangeat, spécialiste en droit pénal des affaires à Genève, contacté par 20 Minutes, "la gestion déloyale en droit suisse constitue une forme d'abus de biens sociaux en droit français." Le paiement aurait eu lieu en février 2011, pour un travail effectué par Michel Platini "entre 1999 et 2002", souligne la justice suisse, sans donner plus de détails et préciser donc la nature de ces travaux. Michel Platini, a été interrogé vendredi "en qualité de personne appelée à donner des renseignements", mais ne fait, pour l'instant, pas l'objet d'une procédure judiciaire.

En réponse, l'ancien meneur de jeu tricolore a reconnu dans la soirée "un montant versé pour un travail accompli de manière contractuelle pour la Fifa. Je suis content d'avoir pu éclaircir ce point avec les autorités."