Gand-Wevelgem : qui est le jeune érythréen Biniam Girmay, premier Africain vainqueur d'une Classique World Tour ?

Biniam Girmay a explosé aux yeux du grand public en remportant d'une main de maître la classique Gand-Wevelgem, dimanche.

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La joie du jeune érythréen, Biniam Girmay, premier coureur africain à avoir remporté une Classique cycliste après sa victoire surprise sur Gand-Wevelgem, dimanche 27 mars 2022. (KURT DESPLENTER / AFP)

Il était la grosse cote du final. Dans un groupe de quatre coureurs pour la gagne avec le Français Christophe Laporte, actuellement dans la forme de sa vie, ou encore Jasper Stuyven, vainqueur de Milan-San Remo en 2021, peu auraient misé sur Biniam Girmay (21 ans). C'est pourtant bien le coureur de la formation belge Intermaché – Wanty – Gobert Matériaux qui a remporté, dimanche 27 mars, Gand-Wevelgem, l'un des grands rendez-vous de la saison des Classiques. Mais qui est cet homme, à l'origine de cette surprise retentissante dans le monde du cyclisme ?

Il est l'avenir du cyclisme africain, mais déjà dans son histoire

Il est une star en Erythrée. Et sa victoire, dimanche, devrait encore renforcer son statut de héros sportif local. Biniam Girmay est devenu le premier coureur africain de l'histoire à remporter une Classique World Tour. D'autres coureurs du continent s'étaient déjà révélés avant lui ces dernières saisons, comme son compatriote Daniel Teklehaimanot, premier coureur d'Afrique noire à disputer le Tour de France en 2012, et à en porter un maillot distinctif, celui à pois en 2015. Ou encore le Sud-africain Daryl Impey, vainqueur d'étape et porteur du maillot jaune de la Grande Boucle en 2019. Mais Girmay en est à son deuxième fait d'armes dans les annales du cyclisme africain.

Avant sa victoire magnifique sur Gand-Wevelgem, il s'était déjà signalé en devenant le premier cycliste d'Afrique noire médaillé aux Mondiaux. Il avait décroché l'argent de la course U23, à Louvain, en septembre. Biniam Girmay n'en est donc pas à son coup d'essai. Et sa performance dimanche en appelle d'autres, qui pourraient accélérer encore le développement de la discipline sur tout le continent, alors que le Rwanda accueillera les Mondiaux en 2025. "Cette victoire va changer beaucoup de choses pour moi et pour toute l'Erythrée, a-t-il réagi. Le futur est brillant pour tous les coureurs africains."

Il ne fait que découvrir les pavés

Brillant à Louvain lors des Mondiaux l'an passé, Girmay semble particulièrement à l'aise sur les pavés. Ce qui était loin d'être une évidence. Il n'avait jamais couru sur les pavés avant de crever l'écran en étant l'un des derniers à résister aux assauts de la Jumbo-Visma et de Wout van Aert sur le Grand Prix E3, vendredi dernier, avant de prendre la cinquième place. Il n'avait même pas reconnu le parcours, car il n'était pas prévu par son équipe cette semaine ! Il ne lui aura ainsi fallu que deux jours de course dans ces conditions pour lever les bras, loin de l'adage qui veut que l'expérience soit la clé sur les pavés.

Le spectacle de dimanche offre de belles promesses avant les principales flandriennes du calendrier. Mais Girmay préfère tempérer. "Je ne suis pas rentré chez moi depuis longtemps, je n'ai pas vu ma femme, ma fille depuis trois mois et elles me manquent, assurait-il à l'arrivée dimanche. Je vais rentrer à la maison." "Mais à l'avenir, je serai là, c'est sûr, toutes les classiques en Belgique sont dans mon cœur alors je dois vraiment plus courir ici", insistait-il auprès de Cyclingnews vendredi.

Le jeune érythréen Biniam Girmay (Intermarché - Wanty-Gobert) ici à l'occasion de la 6e étape de Paris-Nice, le 11 mars 2022. (FRANCK FIFE / AFP)

"Mon objectif cette année c'est le Giroannonçait-t-il à L'Equipe en début de saison. Je veux être le premier noir africain à gagner une étape. Surtout en Italie, dont l'Érythrée était une colonie. Ça serait un beau symbole."

Il est de cette génération de talents (très) précoces

Son histoire détonne parmi les traditionnels CV de vainqueurs de grandes courses d'un jour. Son âge aussi. À seulement 21 ans, Biniam Girmay n'a pas attendu pour démontrer son talent de puncheur, dans la lignée des champions précoces de ces dernières saisons comme Egan Bernal (25 ans), Tadej Pogacar (23 ans) ou Remco Evenepoel (22 ans).

Les observateurs du cyclisme international avaient décelé depuis longtemps les aptitudes hors-normes de Girmay. Pour sa première grande course internationale, la Tropicale Amissa Bongo, en 2019, il s'était imposé dès la troisième étape, s'offrant au sprint des références comme Niccolo Bonifazio ou André Greipel. Pour sa deuxième course professionnelle européenne sur le sol européen, seul Giulio Ciccone, meilleur grimpeur du Tour d'Italie l'année précédente l'avait devancé sur le Trophée Laigueglia, en 2020.

Surtout, Biniam Girmay allie deux qualités rares en étant aussi jeune : la soif d'apprendre, et une mentalité de vainqueur. "C'est un leader dans l'âme, le décrivait Luc Cheilan, ancien responsable performance de la formation Delko, pour DirectVélo en juin dernier. Il a gagné dès sa première course avec nous. Il a rapidement prouvé qu’il avait des capacités et qu’on pouvait lui faire confiance. Mentalement, c’est un gagneur." "Je cours pour gagner, pas simplement pour faire de la figuration", disait le principal intéressé au journal belge Het Nieuwsblad avant le Grand Prix E3.

Il a couru en France pendant une saison et demie

Le cyclisme français pourra se targuer d'avoir été la couveuse d'une nouvelle promesse du cyclisme mondial. Si Biniam Girmay évolue au sein de la formation belge Intermarché – Wanty – Gobert Matériaux, il en aurait peut-être été autrement sans une histoire de gros sous. L'Erythréen avait été amené sur le continent européen pour y faire carrière par Delko, équipe provençale, en 2020.

Girmay s'y était engagé jusqu'en 2024 dans l'espoir de faire son trou petit à petit dans le peloton. Mais d'importants problèmes financiers ont empêché Delko de payer son personnel, avant de totalement disparaître en fin de saison dernière. Intermarché – Wanty – Groupe Gobert n'a pas laissé passer l'occasion pour attirer le cycliste en son sein et le promouvoir sur la scène World Tour.

"C’est un coureur sur lequel on s’est vite appuyé, racontait Benjamin Giraud, ex-directeur sportif de Delko à DirectVélo. Il comptait dans l’effectif, c’était un élément important pour aller chercher des résultats. Je lui vois un bel avenir, c’est un énorme talent avec un gros potentiel." Giraud avait vu juste. Et Biniam Girmay n'a probablement pas fini de faire parler de lui. Intermarché – Wanty – Groupe Gobert s'en frotte les mains, tout en pansant ses plaies. Il y a six ans jour pour jour, son espoir Antoine Demoitié perdait la vie durant Gand-Wevelgem, renversé par une moto après avoir chuté. Le plus grand des drames, avant le retour, dimanche, du plus beau des sourires.

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