Boxe : "Qu'on prouve que nos athlètes n'ont pas mérité de gagner à Rio", affirme Brahim Asloum après les accusations du rapport McLaren

Champion olympique à Sydney en 2000, l'ancien boxeur français réagit au rapport McLaren qui a mis en cause les résultats des boxeurs français aux Jeux de Rio en 2016.

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France Télévisions
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L'ancien boxeur, Brahim Asloum, champion olympique à Sydney en 2000, lors des obsèques de Jean-Paul Belmondo le 10 septembre 2021. (JP PARIENTE/SIPA)

A Rio en 2016 comme à Tokyo en 2021, Brahim Asloum était aux premières loges pour suivre les combats des boxeurs français aux Jeux olympiques. Le champion olympique 2000, consultant France Télévisions aux JO, revient sur les premières conclusions du rapport McLaren, publié jeudi 30 septembre et qui met en cause l'arbitrage lors de certains combats des boxeurs français au Brésil. Dans un sport olympique où les soupçons de corruption pullulent, il avance même une proposition simple pour mettre fin aux suspicions.

Franceinfo sport : Vous étiez au courant des soupçons de trucage ?

Brahim Asloum : Les soupçons de trucages ne datent pas d'hier. Dans mon souvenir, il faut remonter à Christophe Mendy aux Jeux d'Atlanta en 1996 qui voit sa médaille supprimée sur un coup sous la ceinture qui n'existe pas. 

Ce rapport est une bonne chose car ce sont les athlètes qui subissent les conséquences injustes de ces polémiques alors qu'ils ne sont pas impliqués. Pour moi le rapport mérite d'être publié. Je remercie monsieur McLaren même s'il se focalise beaucoup sur les Français alors qu'il ne devrait pas. Si la France a toujours performé aux Jeux, elle n'a jamais été avantagée.

On a conscience que la boxe est liée à un jugement subjectif humain. La France a été lésée par le passé, comme en 2008 et 2012 avec Alexis Vastine (son parcours olympique avait été stoppé net à Pékin et à Londres par deux décisions d'arbitrages litigieuses). Mais ces réclamations-là n'ont pas abouti. On a toujours crié au vol, à l'injustice, mais on n'a jamais été écoutés. Le dernier litige en date : la discussion aux Jeux de Tokyo avec la commission des arbitres autour du combat de Mourad Aliev. Si l'erreur d'arbitrage a été avouée, la commission n'est pas revenue sur la décision. On a demandé au CNOSF de nous aider, on a été appuyé, mais ça n'a rien donné

"Le rapport est à charge, et sans preuves"

Quel est votre regard sur le rapport McLaren ?

Le rapport est légitime. Il y a eu des vols à chaque JO. On a toujours fait des reproches aux juges dans la boxe. Sur Rio, la France n'a pas à se plaindre. En 2016, on a gagné les combats, on a mérité les victoires. Qu'on montre avec des preuves que nos athlètes n'ont pas mérité de gagner. 

On ne maîtrise pas le timing du rapport, mais mieux vaut tard que jamais. Les Anglais nous en voulaient. De là à dire qu'ils étaient derrière ce rapport et qu'ils l'ont poussé, je ne sais pas. A Rio, les combats ont été équilibrés et je tiens à dire que les instances et les athlètes français n'ont joué aucun rôle. Mais eux ont fait le lien avec le DG français. 

Quand on fait le récap' sur les cinq athlètes qui étaient engagés à Tokyo, les cinq étaient potentiellement médaillables. Tous les combats étaient serrés : ça aurait pu basculer d'un côté comme de l'autre, mais on n'a pas été avantagés par les non-avertissements qu'auraient pu se prendre leurs adversaires. 

Selon John Dovi, il est important d'avoir des Français dans les instances internationales. C'est un constat que vous partagez ?

Avoir de l'influence, c'est crucial. Un ménage a été fait par l'AIBA après Rio, mais seuls des Français ont été écartés. Or, la France a également été négligée à Tokyo, alors que le tournoi était organisé par une commission gérée par le CIO et non plus par l'AIBA. 

A qui profite le crime ? Qui empoche l'argent ? Pas la France. On nous attribue un pouvoir et des moyens financiers qu'on n'a pas. En dehors du ring, on ne maîtrise rien du tout. Le rapport a le mérite d'exister mais il est à charge, et ce, sans preuve. 

"Pourquoi est-ce qu'on n'utilise pas la vidéo avec un système de gants connectés ?"

Quelle solution faudrait-il mettre en place pour éviter ces polémiques ?

Je ne suis pas au centre du système des arbitres mais je me pose la question : pourquoi est-ce qu'on n'utilise pas la vidéo avec un système de gants connectés ? On devrait investir dans cette nouvelle technologie qui pourrait lever les doutes sur tous les combats et éviter toutes les polémiques. On reste sur une notation humaine, mais on s'aide de la technologie pour s'appuyer sur des statistiques, des faits. Pourquoi ça ne se fait pas ? Nos dirigeants, au niveau international, n'ont rien fait.

Il y a 15 ans, ce n'était pas possible, mais aujourd'hui ce serait facile. On ne peut pas revenir sur le passé malheureusement, mais on peut faire en sorte d'améliorer les choses pour les futures compétitions. On a trois ans pour se préparer pour les Jeux de Paris. Ce serait une solution concrète pour aller vers plus de transparence, comme l'utilisation des plastrons connectés au taekwondo. Il faut arrêter de se plaindre et agir pour qu'on parle de la boxe différement à l'avenir.

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