NBA : dimension physique, intégration aux Spurs, médias... Quels sont les défis qui attendent Victor Wembanyama à San Antonio ?

Le Français, drafté en première position par les San Antonio Spurs, va faire ses débuts en NBA dans la nuit de mercredi à jeudi.
Article rédigé par franceinfo: sport, Julien Faure
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Victor Wembanyama fait son entrée sur le parquet de la Frost Bank Center de San Antonio, pour affronter les Houston Rockets en match de préparation à la saison NBA, le 16 octobre 2023. (RONALD CORTES / AFP)

De Roland-Garros au Madison Square Garden, il n'y avait qu'un pas. De la Mecque new-yorkaise du basket, aux débuts de Victor Wembanyama en NBA, il ne reste aujourd'hui plus que quelques heures. Mais pour celui qui est devenu, en juin dernier, le premier joueur français à être drafté en première position, le temps semble passer plus vite que pour d'autres. À 19 ans, le désormais ex-joueur des Mets de Boulogne-Levallois fait face à son plus grand challenge : celui de justifier tout le tumulte provoqué par son arrivée dans la ligue américaine.

Au Texas et en NBA, quatre grands défis se dresseront face à lui. Et ça commence dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 octobre, contre Dallas (3h30, heure française).

Résister physiquement

Victor Wembanyama a quitté l'Asvel pour les Mets pour disputer moins de matchs dans la saison et avoir plus de temps pour s'entraîner en vue de son arrivée en NBA. À titre d'exemple, l'Asvel a joué 81 matchs cette saison, quand les Mets n'en ont joué "que" 48. Aux Etats-Unis, l'enchaînement des rencontres sera beaucoup plus important, et "Wemby" devra s'adapter, puisqu'il sera amené à jouer tous les deux ou trois jours, au cours d'une saison qui devrait s'étaler sur... 80 matchs, comme annoncé par le très bien informé journaliste américain, Shams Charania. Pour Jacques Monclar, ancien international français, aujourd'hui consultant sur BeIN Sports, cela n'est pas pour autant un obstacle : " Il a eu un rythme cette année qui peut s'apparenter à un joueur universitaire." Le principal problème potentiel réside ailleurs selon lui. " Ce qui sera inquiétant, c'est s'il souffre de tendinites ou d'a ponévrosite plantaire."


Le plus gros défi physique que devra relever le natif du Chesnay sera celui de son gabarit. Avec 107 kilos sur la balance pour accompagner ses 2,24 mètres, "Wemby" doit encore s'étoffer. Amené à se frotter aux pivots de la ligue, et même s'il s'éloignera certainement du cercle, " rester dans la peinture, c'est s'exposer au fait d'être enfoncé par des mecs à qui il rend près de 15 kilos", souligne Jacques Monclar. Il paraît aujourd'hui impossible de le voir bousculer physiquement un Nikola Jokic ou Joel Embiid. Mais le consultant, qui insiste sur le fait " qu"il n'est pas un pivot à la Shaquille O'Neal", note aussi qu'il ne faut pas espérer qu’il change totalement de morphologie. " Il a le développement naturel d'un jeune homme de 19 ans et demi, il va s'étoffer. Tout ça sera complété par des programmes de musculation. La nature de ce garçon, c'est d'être longiligne."

Appréhender la pression

Victor Wembanyama n'est pas seulement le numéro un de la draft, il est bien plus. Rookie (joueur dans sa première année dans la ligue) le plus attendu en NBA depuis LeBron James en 2003, la planète basket tout entière scrutera ses moindres faits et gestes, à l'occasion de ses premiers pas dans la ligue. L'attention médiatique autour de lui était déjà très importante et inédite en France cette saison, la NBA faisant même en sorte de diffuser ses matchs en direct sur ses plateformes. Pas de quoi inquiéter Jacques Monclar : " Il a toujours répondu présent, en étant lui-même, c’est-à-dire un gamin de 19 ans, nature". Dont la maturité semble déjà à toute épreuve : "Je sais ce que je veux. Je suis déterminé du plus profond de mon cœur et rien ne peut m'écarter de mon chemin. Je fais tout pour vraiment mériter ce que j'obtiens", a-t-il dit voici quelques jours lors d'un podcast avec un ancien joueur NBA.

Chacune de ses performances sera décryptée et analysée, sans forcément être toujours mise en relief avec son statut de rookie. Les sollicitations seront plus nombreuses, et il ne faudra pas s'éparpiller. Pour cela, il pourra compter sur un environnement propice à son développement – Tim Duncan et David Robinson, numéros un de draft pris par les Spurs, sont devenus des légendes à San Antonio – et qui a déjà connu quelques Français à la réussite maximale à Fort Alamo comme Tony Parker ou Boris Diaw. Pour Jacques Monclar, tout cela est secondaire pour un joueur habitué aux projecteurs depuis tout jeune. "Il a toujours eu l'œil des gens sur lui. Il a dû entendre et vivre plein de choses, et pas que des choses agréables." Surtout, l'ancien coach champion de France souligne que "c eux qui ont la pression, ce sont surtout ceux qui vont le faire travailler."

Faire gagner les Spurs, avant-derniers de la saison passée

Malgré ses 19 ans et son inexpérience dans la ligue, Victor Wembanyama n'aura pas droit au traitement de faveur d'un rookie classique. Ni même d'un "first pick" (n°1 de la draft) classique. Si une bonne partie des franchises NBA étaient prêtes à sacrifier une ou deux saisons et à se délester de leurs meilleurs joueurs pour espérer l'accueillir, c'est parce que tout le monde s'attend à ce qu'il change le visage de son équipe. Un constat que Jacques Monclar tend à nuancer : " LeBron James a mis neuf ans à être champion, Michael Jordan, sept."

À San Antonio, qui a terminé la saison dernière avec 22 victoires et 60 défaites à la dernière place de la conférence ouest, tout le monde s'attend à ce que le prodige français ramène la franchise en playoffs rapidement. Pour y parvenir, il devra composer tout de même avec certains jeunes talents à ses côtés (Keldon Johnson, Jeremy Sochan, Devin Vassell, Zach Collins), même si là encore, l'ancien international se veut plus mesuré. " Il arrive dans une équipe avec un effectif très court. Il y a des joueurs intéressants mais beaucoup à reconstruire. S’ils sont dans la lutte pour le play-in, c'est déjà bien."

S'adapter à la NBA

Aussi préparé soit-il, Victor Wembanyama va changer d'environnement du tout au tout et découvrir les joies des voyages NBA. Avec un territoire immense et des déplacements beaucoup plus longs, il lui faudra adapter son rythme de récupération, que son staff devra optimiser.

Il faudra aussi apprivoiser les spécificités du jeu NBA, les petites règles changeantes en comparaison du basket européen ou encore la façon de jouer. Sur ce point-là, il convient toutefois de se remémorer ce dont il a été capable lorsque son équipe des Mets est venue jouer aux Etats-Unis pour deux matchs en octobre dernier, dans un voyage organisé pour le voir évoluer avec plus de liberté, il est vrai. Il a surtout confirmé ces belles promesses à l'occasion des quelques matchs de pré-saison, début octobre, où il a régalé les observateurs avec des gestes spectaculaires et un impact défensif impressionnant.

Avec un statut de joueur "générationnel" souligné par le patron de la NBA, Adam Silver, Victor Wembanyama aura fort à faire pour sa première saison en NBA. Il lui faudra du temps, à l'image d'un Dirk Nowitzki, qui a " fait peur aux Mavericks à ses débuts", comme le rappelle Jacques Monclar. Mais Wemby " s'est ajusté à chaque fois qu'on lui a proposé un niveau supérieur".

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