Al-Khelaïfi, Rummenigge, Perez, Agnelli... Qui sont les gagnants et les perdants du fiasco de la Super Ligue européenne ?

Si certains dirigeants, comme Aleksander Ceferin, Nasser Al-Khelaïfi et Karl-Heinz Rummenigge sont sortis grandis de ce fiasco de la Super Ligue européenne, d'autres comme Florentino Perez et Andrea Agnelli ont perdu gros.
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France Télévisions
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Nasser Al-Khelaïfi aux côtés du président de l'UEFA, Aleksander Ceferin. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY)

Trois jours après l'annonce de la mise en place de la Super Ligue européenne, le projet a déjà pris fin, ce mercredi 21 avril. Une bonne nouvelle pour les supporters et certains entraîneurs des clubs concernés, qui avaient attaqué frontalement cette nouvelle compétition. Voici les gagnants et les perdants de cette crise qui restera dans les annales.

• Les "super gagnants" de le crise

Il a tenu bon, et derrière lui, ses troupes n’ont jamais rompu. Le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, l’avait déjà annoncé il y a près de trois ans : "Il n'y aura pas de Super Ligue. C'est une sorte de fiction, ou un rêve", avait-il ainsi lancé à la BBC. Dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 avril, le patron de l’instance européenne a sans doute fait quelques cauchemars, et maudit ceux qui, comme Andrea Agnelli, l’avaient trahi. Pour autant, Ceferin, appuyé notamment par les ligues de football professionnel des différents championnats, mais aussi par les Fédérations et surtout la Fifa, ne s’est jamais mis à genoux devant les membres fondateurs de la Super Ligue. Au contraire, restant ferme sur sa position, Aleksander Ceferin a finalement renforcé le pouvoir de l’UEFA et de tous ses alliés.

Dans son sillage, deux clubs parmi les plus riches ont joué la carte de la fidélité. En effet, les présidents du PSG et du Bayern Munich, Nasser Al-Khelaïfi et Karl-Heinz Rummenigge, ont refusé de participer à cette Super Ligue européenne. Une prise de position qui a ravi le président de l’UEFA. "Merci du fond du cœur. Tu as montré que tu étais un grand homme et que tu respectais le football et ses valeurs", a déclaré Aleksander Ceferin, à l'adresse du patron du club de la capitale. Le dirigeant du Paris Saint-Germain a même été nommé ce mercredi 21 avril à la tête de l’Association européenne des clubs (ECA). Une belle marque de confiance pour le Qatari qui n’a jamais lâché l’UEFA et la Ligue des champions, dans ces moments de tourmente. 

Autres grands gagnants : les acteurs du football, dans leur ensemble. Ils n’ont pas flanché. Il y a les acteurs du jeu. De Milner, en passant par Jürgen Klopp et en terminant par Pep Guardiola, les membres des clubs appartenant à la Super Ligue européenne se sont mobilisés contre les désirs de leurs gestionnaires. "Ce n'est pas du sport, si le succès est garanti ou si perdre n'a aucune importance. Ce n'est pas du sport s'il n'y a pas de relation entre l'effort et la récompense", avait lancé l’entraîneur des Cityzens en conférence de presse. Le capitaine de Liverpool, Jordan Henderson a aussi pris la parole pour dénoncer cette nouvelle compétition : "Nous n’aimons pas ça et nous ne voulons pas que ça se passe", a écrit le milieu de terrain des Reds, sur son compte Twitter. En somme, toutes les équipes ont marché main dans la main, et surtout pas seule.

Il y a aussi tous ces fans, absents des stades depuis plus d'un an mais qui se sont fait entendre. Les supporters ont montré que le football leur appartenait. Dès l’annonce de ce projet de Super Ligue européenne, les fans des équipes concernées ont de suite réagi. "Honte à vous", "RIP LFC", "LFC contre la Super Ligue", ont écrit les amoureux des Reds sur des banderoles. En Angleterre, les fans de Chelsea sont venus attendre le bus des Blues avec des messages âpres, avant le match contre Brighton. "Cupidité, trahison ultime" pouvait-on lire sur les affiches. Dans l’Europe entière, une multitude de groupes de supporters, à l’image du communiqué officiel de l’Association nationale des supporters (l’ANS représente une majorité des groupes Ultras français), ont également désapprouvé ce projet. 

• Ils ont limité les dégâts 

Même s’ils faisaient partie de la Super Ligue européenne, les clubs comme Arsenal, Tottenham et Manchester City sont passés entre les gouttes. Les présidents des deux formations britanniques ne sont pas sur le banc des accusés au contraire de Florentino Perez et d’Andrea Agnelli. Peut-être parce que les Cityzens ont ouvert le bal des déserteurs de  la Super Ligue, et que les Gunners ont été les premiers à s’excuser : "Nous avons fait une erreur et nous nous excusons pour cela", a écrit le 9e de Premier League, dans un communiqué.

Investir, c’est bien. Gagner de l’argent, c’est encore mieux quand on est actionnaire. Pour tous ceux qui détiennent quelques parts de clubs, ou même pour ceux qui détiennent majoritairement des clubs comme la Juventus ou Mancherter United, ce fiasco autour de la Super Ligue aurait pu être un vrai cataclysme. Finalement, et c’est presque surprenant, les dégâts ont été limités quand on s’intéresse aux courbes boursières. En annonçant leur retrait de la compétition dissidente, la Juve et le club mancunien ont évidemment vu le cours de leurs actions chuter, alors qu'il avait connu une progression énorme lundi et mardi. Celle des Italiens s'est même écroulée de plus de 13% ce mercredi 21 avril au soir à la Bourse de Milan. Pour autant, la valeur de leurs actions s'est stabilisée à nouveau à un cours "normal". 

Le cours des actions de Manchester United pendant la crise de la Super Ligue.

• Les "Super perdants" de la crise

Pendant ces trois jours, il était l’homme à abattre. Pour faire partie de cette Super Ligue, Andrea Agnelli a démissionné de son poste de président de l'ECA, de membre du comité exécutif de l'UEFA, et a trahi son ami, Aleksander Ceferin. Mais la rancœur envers le président de la Juventus ne se limite pas à l'Europe. En effet, chez lui, en Italie, certains présidents de clubs de la Serie A comme celui de la Sampdoria, Massimo Ferrerro a vivement taclé son homologue bianconero : "Vous voulez vraiment que je vous dise ce que je pense d'Andrea Agnelli ? Si je le fais, ils vont censurer votre émission", a attaqué le président génois pour Radio Marte. Une période tumultueuse pour le dirigeant de la Juventus.

De l’autre côté des Pyrénées, l’ambiance n’est pas non plus au beau fixe pour Florentino Perez. Récemment réélu pour un quatrième mandat consécutif, son sixième au total, à la tête du Real Madrid, le PDG du groupe ACS, a été à l’origine de la création de cette Super Ligue européenne. Et il a été complètement discrédité. Pourtant, le dirigeant du club espagnol était très sûr de lui lors de son intervention dans l’émission à sensation El Chiringuito : "Nous allons sauver le football européen". Cette compétition a été tuée dans l’œuf et le président du Real Madrid n’a pour l’heure toujours pas réagi. 

Si pour l’heure, les têtes n’ont pas été coupées à Turin et Madrid, l’une d’elles l’a été à Manchester. Dans un communiqué publié ce mardi 20 avril, les Red Devils ont annoncé que le vice-président de leur comité exécutif, Ed Woodward, allait démissionner à la fin de l’année 2021. Cette annonce intervient après le fiasco de la Super Ligue européenne, où Manchester United avait un rôle prépondérant. Vice-président de cette nouvelle compétition, Joel Glazer s’est excusé mercredi 21 avril dans une lettre ouverte aux supporters : "Bien que les blessures soient à vif et que je comprenne qu'il faudra du temps pour que les cicatrices se referment, je m'engage personnellement à rétablir la confiance avec nos fans".

Comme les cinq clubs anglais, Liverpool s’est retiré du projet de la Super Ligue ce mardi. Après avoir subi les foudres de ses joueurs, de ses supporters et de son entraîneur, le propriétaire du club de la Mersey, John W. Henry, a fait acte de contrition dans une vidéo diffusée par le tenant du titre de la Premier League : "Je veux m'excuser auprès de Jürgen (Klopp), Billy (Hogan, directeur général du club), de tous les joueurs et de tous ceux qui travaillent si dur à Liverpool pour rendre nos supporters fiers. Ils n'ont aucune responsabilité dans ce qu'il s'est passé. [...] Je vous ai laissé tomber". Comme le dit l’adage : faute avouée à moitié pardonnée.

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