Super Ligue : entre indignation et fronde, les supporters veulent peser dans les décisions de leur club

Après l'annonce du lancement de la Super Ligue européenne, les supporters sont "indignés" mais pourraient être des acteurs majeurs quant au destin de cette compétition, qui fait déjà polémique.
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France Télévisions
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Les Ultras du Paris Saint-Germain devant le Parc des Princes.  (JULIEN MATTIA / ANADOLU AGENCY)

La nouvelle a eu l’effet d’un tremblement de terre. Ce lundi 19 avril, la Super Ligue a été créée via un communiqué avec 12 clubs. Les répliques se poursuivent encore, et cela va au-delà des simples instances sportives. Une décision qui a fait réagir les supporters. Et certains, en Espagne et en Allemagne, auront leur mot à dire sur la tenue de cette compétition. Explications.

A la surprise générale, le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich ne font, pour l’instant, pas partie des fondateurs de cette Super Ligue. Une bonne chose pour Antoine Bories, membre du Collectif Ultras Paris (CUP) : "A très court terme, je suis satisfait que le PSG ne participe pas à cette Super Ligue, parce que je suis farouchement opposé à ce type de compétition. On pourrait faire grève si on y va, mais je doute que ça marche".

Pour Rudy Matias, également supporter du club de la capitale, la raison de cette satisfaction est toute autre : "Ce que je trouve génial, c’est que le PSG refuse de participer à cette compétition alors qu’il y a toujours eu des tensions avec l’UEFA. L’instance avait mis en place le fair-play financier et là, le PSG soutient la Ligue des champions, alors que les clubs historiques l’abandonnent".

"Si le PSG ne participe pas à cette compétition, c’est par stratégie"

Pour Rudy Matias, si le club refuse de participer à cette nouvelle compétition, c’est aussi pour un enjeu politique : "C’est un mouvement stratégique intéressant. Si le club voit un véritable intérêt dans cette compétition, il y participera à coup sûr. Ce qui est intéressant c’est d’analyser ce refus au-delà du PSG. Le club est géré par des Qatari et le Qatar va organiser le Mondial 2022. Je pense que c’est aussi pour ça que le Paris Saint-Germain n’y participe pas", développe le supporter. Mais après 2022, qu'en sera-t-il ?

Même son de cloche pour Antoine Bories, qui dénonce 'l’américanisation' de cette compétition : "Il y a des perspectives financières qui encouragent les clubs à s’orienter vers ce type de système. On pourrait parler d’américanisation, parce que ce n’est pas le modèle qui est suivi pour le sport en Europe : le système de ligue fermée, c’est du divertissement, et c’est une autre manière de consommer le sport. On prend le chemin d’une NBA du football", explique-t-il avant d’évoquer la méritocratie dans le football. "Je suis content quand il y a Bergame en quarts de finale ou des clubs comme Villarreal, Valence... Avec une ligue comme celle-ci, on s’écarte d'une qualification au mérite".

Les socios espagnols et les Allemands, sauveurs du football européen ?

Et si la Super Ligue européenne ne reposait pas sur des bases si solides que ça ?  En effet, le Real Madrid et le FC Barcelone appartiennent à leurs socios, des supporters actionnaires qui ont un pouvoir de décision dans le club. S’ils ont un impact moindre sur la politique générale et quotidienne de l’équipe, ils peuvent se prononcer lorsque des grandes décisions sont prises. Surtout que certains amoureux des deux clubs espagnols ne sont pas d’accord avec cette Super Ligue européenne. "Personnellement, cela ne me plaît pas du tout. Je comprends que les grands clubs veuillent ce type de compétition parce que cela va générer plus de bénéfices. Mais ils sont en train de mercantiliser le football et l’essence de ce sport", réagit Antonio Armero, 57 ans, socio du Real Madrid depuis 1985 et membre de l’influente peña "La Gran Familia", dans des propos rapportés par Ouest France

Antoine Blouin, grand fan des Merengues, va encore plus loin : "En tant que supporter de ce club depuis gamin, je suis indigné, j'ai honte que le Real fasse partie de cette ligue, mais encore plus que le président du club soit la tête de proue de ce projet. Le Real Madrid incarnait déjà depuis longtemps les dérives du foot business ; là, il vient de franchir un cap. Plus les années passent, moins je reconnais le club que j'ai aimé depuis mon plus jeune âge", s’indigne-t-il.

"Florentino Perez a toujours manié l'art de diriger sans forcément passer par l'approbation des socios."

Les socios pourraient donc être consultés, dans le cadre de cette nouvelle compétition. "J'ai bien peur qu'ici, leur rôle soit limité. D'une part, Florentino Perez a déjà réussi à embarquer le club dans cette Super Ligue sans les consulter au préalable. D'autre part, si un vote devait avoir lieu dans les prochaines semaines, seuls les socios compromisarios élus l'année dernière pourront participer. Donc on peut facilement imaginer qu'il arrivera à avoir la majorité pour faire valider tout ce qu'il veut. Florentino Perez a toujours su manier l'art de diriger sans forcément passer par l'approbation des socios", nous explique-t-il. Pour l’heure, aucune assemblée générale n’est prévue. 

En Angleterre, les fans des Reds ont également pris partie leur club, et l'ont exprimé vertement sur les grilles du stade d'Anfield.

La situation espagnole est quasi-similaire en Allemagne. Même si, pour l’instant, le Bayern Munich, le Borussia Dortmund et Leipzig ont refusé de participer à cette Super ligue européenne, leur destin pourrait être différent, s’ils donnaient leur accord. En effet, la règle du ‘’50+1" déclare que les supporters de chaque club conservent la majorité des votes en assemblée générale. Ainsi, ils auront un certain pouvoir quant à l’avenir de leurs équipes favorites. Et celui du football européen en général. 

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