Roland-Garros 2021 : pourquoi les "night sessions" ont mangé la poussière sur la terre battue parisienne

Le tournoi de la porte d'Auteuil inaugurait cette année les matchs en nocturne. Mais on était encore loin de l'ambiance électrique de l'US Open ou de l'Open d'Australie.

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France Télévisions
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Le court Philippe-Chatrier à Roland-Garros, dans la soirée du 7 juin 2021. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Les "night sessions" cherchent (encore) la lumière à Roland-Garros. Considérés comme la grande nouveauté du tournoi 2021, ces matchs disputés le soir à partir de 21 heures n'ont pas tout à fait conquis les amateurs de la balle jaune. Les organisateurs n'y sont pas pour grand-chose : les restrictions sanitaires liées à l'épidémie de Covid-19 et le manque de visibilité du nouveau diffuseur Amazon n'ont pas aidé à mettre en valeur le concept, en vogue sur d'autres tournois du Grand Chelem comme l'US Open et l'Open d'Australie. Après la dixième et dernière "session de nuit", qui s'est jouée mercredi 9 juin, franceinfo compte les points.

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Parce que c'est diffusé sur Amazon

Comme chaque année, la très grande majorité des matchs de Roland-Garros est diffusée sur France Télévisions. Mais c'est la plateforme de streaming vidéo Amazon Prime, nouvelle venue sur le marché des droits sportifs, qui a hérité en exclusivité des fameuses "night sessions". Encore faut-il s'y retrouver. "Il est évident que des téléspectateurs se sont perdus en route, explique à franceinfo Pierre Maes, économiste spécialiste des droits télé. C'est quelque chose de nouveau, on vous demande de vous abonner pour regarder, mais on vous propose de tester gratuitement. Cela a pu en effrayer quelques-uns, notamment ceux pour qui Roland-Garros, c'est gratuit en clair et pas autrement." 

Et ça se ressent dans les audiences. Selon les chiffres de Médiamétrie-Harris Interactive, auxquels franceinfo a eu accès, "une moyenne de 101 300 streamers quotidiens" ont regardé Roland-Garros sur la plateforme américaine depuis le début du tournoi (du 30 mai au 9 juin). Jusque-là, la journée la plus suivie est celle du mercredi 9 juin avec 221 000 téléspectateurs, suivie du vendredi 4 juin (139 000) et du samedi 5 juin (133 000). Contacté par franceinfo, Amazon s'est refusé à tout commentaire.

Parce qu'il n'y a (presque) pas eu de public

Sur les dix "night sessions", neuf ont eu lieu à huis clos. A cause du couvre-feu à 21 heures, impossible en effet d'accueillir des spectateurs dans les gradins. Ces soirs-là, les joueurs ont donc tapé la balle dans un silence de cathédrale, seulement applaudis par leurs proches autorisés à s'asseoir en tribunes. Et certains ne se sont pas gênés pour le dire tout haut. Daniil Medvedev a par exemple peu apprécié de disputer son quart de finale sur la plateforme américaine, entouré de tribunes vides. "Roland-Garros a préféré Amazon aux spectateurs, c'est aussi simple que ça", a pesté le Russe après sa défaite face au Grec Stefanos Tsitsipas. "Belle programmation, bravo", a aussi ironisé sur Twitter le Français Benoît Paire après avoir joué (et perdu) son match en double sur un court Simonne-Mathieu où l'on pouvait entendre les mouches voler. "C'est sûr que je préfère jouer l'après-midi, je ne vais pas dire le contraire", faisait déjà remarquer Richard Gasquet après avoir bataillé contre Rafael Nadal sur un court Central bien silencieux. 

Seule la toute dernière "night session", le mercredi 9 juin, commençait à ressembler à ce qui se fait à l'US Open ou à l'Open d'Australie. Le couvre-feu passant à 23 heures, 5 000 personnes avaient été autorisées à prendre place sur le court Philippe-Chatrier (sur une capacité de 15 000) pour assister au dernier quart de finale de la quinzaine entre Novak Djokovic et Matteo Berrettini. Oh, ce n'est pas pour autant qu'ils ont vu le Serbe s'imposer : vers 22h30, le speaker a pris son micro pour leur demander de bien vouloir quitter les lieux parce que (tic-tac) le couvre-feu arrivait. Nous en étions alors à 3-2 dans le quatrième set. Quelques "Remboursez !", "C'est une honte, merci Amazon !", ont alors fusé.

Parce que les "night sessions" ont perdu de leur intérêt

L'ancienne joueuse Camille Pin a résumé en quelques mots le sentiment de beaucoup, sur Eurosport : "La 'night session' fait rêver à partir du moment où c'est un spectacle." Autrement dit : était-il finalement judicieux de maintenir ces matchs vu le contexte ? "Contractuellement, il était impossible de les annuler, rappelle Pierre Maes. Il y a un contrat, des conditions, tout ça n'est pas modifiable." 

D'autres n'hésitent pas à critiquer la programmation des "night sessions". "On nous promet 'l'affiche du jour' à chaque fois. Affiche, affiche, bon, tout cela est assez subjectif", sourit l'économiste spécialiste des droits télé.

"Dans ces arbitrages, on est cinq ou six personnes autour de la table : l'ATP, la responsable des diffuseurs qui essaye de répondre aux demandes des télés françaises et étrangères, le président de la Fédération… On doit chaque jour préparer un programme à peu près cohérent pour le lendemain, qui tienne compte des volontés des chaînes, des joueurs qui jouent parfois en simple et en double, d'autres qui ont telle préférence", détaillait récemment Guy Forget dans les colonnes d'Ouest-France.

Le directeur du tournoi, qui n'est pas pour grand-chose dans la mise en place des restrictions sanitaires, veut rappeler qu'il était difficile de prévoir l'instauration d'un couvre-feu. "Quand on a signé ce partenariat avec Amazon, on ne savait pas que ces matchs se joueraient dans un stade vide. Pour les joueurs, pour les spectateurs, c'est très désagréable." Pour 2022, l'ancien joueur n'est pas contre muscler les futures "night sessions" de la porte d'Auteuil en programmant non pas une, mais deux rencontres. "On pourrait l'envisager. Il faudra jouer un match de moins l'après-midi. Il faudrait commencer la session de soirée à 18h30, 19 heures. Ce sont des discussions qu'on aura avec Amazon. Toutes les hypothèses sont à l'étude. L'important reste que les téléspectateurs et auditeurs soient contents du spectacle."

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