JO 2021 - Football : les trois raisons de la débâcle de l'équipe de France olympique au Japon

Assommée par le Japon (0-4) mercredi, lors de son dernier match de groupe, l'équipe de France a quitté Tokyo par la petite porte, sans réels points positifs à retirer dans le jeu.

Article rédigé par
Hugo Lauzy - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
L'attaquant français André-Pierre Gignac a été la principale satisfaction des Bleus lors de ce tournoi olympique, comme face à l'Afrique du Sud, dimanche 25 juillet 2021. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

La France n'aura finalement fait illusion que 27 petites minutes face au Japon (0-4), mercredi 28 juillet. Dans ce match de la survie pour continuer l'aventure dans le tournoi olympique, le collectif tricolore a véritablement sombré une fois de plus. Loin de faire oublier le revers inaugural fracassant contre le Mexique (1-4) et une performance longtemps insuffisante contre l'Afrique du Sud (4-3), mais magnifiée par un final renversant et un but de l'espoir signé Téji Savanier dans le temps additionnel.

Un véritable mirage pour l'équipe de Sylvain Ripoll et le symbole d'un tournoi olympique raté de A à Z. De joueurs sélectionnés par défaut, en passant par une préparation raccourcie et un jeu collectif quasi inexistant : retour sur les raisons d'un échec grandeur nature pour cette équipe de France "olympique".

Des institutions qui ne jouent pas le jeu et des désistements à répétition

Eduardo Camavinga, Amine Gouiri, Jonathan Ikoné, Maxence Caqueret ou encore William Saliba... Tous ces joueurs présentent un dénominateur commun : celui de ne pas avoir été libérés par leurs clubs respectifs pour participer au tournoi olympique de Tokyo. Entre préparation estivale des clubs professionnels ou tours préliminaires de Coupes d'Europe pour certains, les dirigeants français et étrangers se sont montrés inflexibles. Un camouflet retentissant pour la Fédération française de football qui n'a pas réussi à mettre son sélectionneur Sylvain Ripoll dans les meilleures conditions pour préparer une échéance à laquelle la France n'avait plus participé depuis les Jeux olympiques d'Atlanta en 1996. 

Face à cette épidémie de refus, deux versions de listes de joueurs sélectionnés ont été confectionnées. Un groupe de 18 joueurs a finalement été composé par défaut, début juillet, où certains jeunes de moins de 24 ans (autorisés pour ces Jeux de Tokyo en raison du report d'un an) n'avaient même aucune sélection avec les Espoirs (Ismaël Doukouré), ou jamais voire très peu joué en Ligue 1 et dans leurs championnats respectifs (Alexis Beka Beka, Timothée Pembélé, Niels Nkounkou, Modibo Sagnan...).

Pour renforcer le collectif, plusieurs cadres sont venus remettre du liant dans ce désordre avec le statut des trois joueurs de plus de 23 ans : le Montpelliérain Téji Savanier et deux joueurs des Tigres de Monterrey au Mexique, à l'expérience internationale confirmée, André-Pierre Gignac et Florian Thauvin. Pas suffisant pour remettre d'aplomb un groupe constitué à la dernière minute et où les différences de niveau et d'(im)préparation ont rapidement sauté aux yeux.

Une préparation raccourcie et perturbée

18 jours de préparation... Moins de trois semaines pour des Bleuets qui ont effectué, à partir du 5 juillet à Clairefontaine, leur premier entraînement collectif. Le premier rendez-vous officiel étant prévu le 22 juillet, contre le Mexique. Pas une excuse en temps normal, mais au vu des circonstances, les carences collectives dans un groupe ultra remanié n'ont pas pu être comblées avec un début de préparation repoussé et des matchs amicaux annulés. Le départ pour le seul stage de préparation en Corée du Sud, le 10 juillet, a permis aux Bleuets de mieux se connaître en dehors du terrain, mais pas de régler des automatismes de jeu indispensables pour préparer une compétition internationale avec un format resserré. 

Dans des conditions de chaleur et d'humidité extrêmes, le seul match de préparation des Bleuets s'est déroulé à Séoul, le 16 juillet, contre la Corée du Sud. Résultat : une victoire (déjà) en demi-teinte sur le score de 2-1. Menés à la marque, les Français avaient une première fois renversé la tendance de manière miraculeuse grâce à deux réalisations dans les dix dernières minutes de Randal Kolo Muani et Nathanaël Mbuku. Le premier épisode d'un échec déjà annoncé, et qui plus est dans les grandes largeurs.

Une défense aux abonnés absents et des collectifs bien supérieurs dans le jeu

Trois rencontres pour trois onze de départ différents... Sans véritable schéma tactique préférentiel – entre 4-3-3 et 4-2-3-1 – et une approche mentale bien différente de celle de leurs adversaires, la France n'a tout simplement pas existé en 270 minutes de jeu. Un tableau bien noir, marqué par une passivité collective à l'envi avec onze buts encaissés au cœur d'une défense aux abonnés absents. Des placements approximatifs sur le terrain et un nombre d'erreurs incalculables dans l'axe comme sur les côtés : l'arrière garde de l'équipe de France a enchaîné les mauvaises sorties et précipité les Bleuets vers le gouffre de l'élimination.

Un constat général partagé par André-Pierre Gignac qui a déclaré, mercredi après la rencontre, au journal L'Equipe : "On a vu que prendre au sérieux les Jeux, c'est important. Ça fait mal, car ce groupe a envie et donne beaucoup de choses, et au final il n'y a rien pour nous car les autres sont meilleurs, a-t-il concédé. La marche était trop haute pour nous. [...] Mais j'espère qu'en 2024 (pour les Jeux olympiques de Paris), comme c'est à la maison, ils vont faire l'équipe qu'il faut pour aller le plus loin possible. Bâcler des Jeux comme ça et mettre en difficulté ton pays, ce n'est pas terrible."

Face aux Français, des formations bien plus propres techniquement et affutées physiquement comme le Mexique et le Japon, habituées à envoyer des groupes taillés sur mesure pour décrocher une médaille olympique. Candidate déclarée au titre, l'Espagne a même pris la décision de sélectionner six joueurs déjà présents durant le dernier Euro.

L'éclaircie bleue aperçue face à l'Afrique du Sud (4-3), dimanche, a porté la marque d'individualités. Celles des cadres comme André-Pierre Gignac (35 ans), auteur d'un triplé, de la maîtrise de Téji Savanier, seule boussole du milieu de terrain et d'un gardien Paul Bernardoni, générateur de plusieurs parades et de deux pénalties ratés, mais trop souvent livré à lui-même. Un arbre qui masque désespérément une forêt remplie de vide et de doutes.

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