Le biathlète Simon Desthieux annonce sa retraite sportive : "J'ai toujours eu cette volonté d'arrêter à un moment où ça va encore"

Après dix ans au plus haut niveau et après une dernière médaille d’argent aux Jeux olympiques de Pékin en relais, le biathlète Simon Desthieux a décidé de prendre sa retraite à la fin de la saison dans quelques semaines. À 30 ans, le Franc-Comtois veut s’inventer une nouvelle vie, en famille et sans doute loin du biathlon.

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Radio France
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Simon Desthieux lors de l'individuel des Jeux olympiques de Pékin, à Zhangjiakou, le 8 février 2022. (ODD ANDERSEN / AFP)

Il a démarré sa carrière il y a presque une décennie et en équipe de France. Simon Desthieux a toujours été dans l’ombre de Martin Fourcade puis de Quentin Fillon-Maillet. Cela ne l’a pas empêché de se forger un riche palmarès, avec notamment une médaille d’or aux Jeux olympiques de Peyongchang en relais mixte et une en argent en relais à Pékin. Il compte également deux médailles aux Championnats du monde. Papa d’un petit garçon depuis l’été dernier, le doyen des Bleus a pris la lourde décision de ranger les skis et la carabine. Il se confie à franceinfo.

franceinfo : Comment avez-vous pris la décision d’arrêter ?

Simon Desthieux : Ça fait un moment que je me pose la question. Mais après les Jeux de Pékin de février 2022, je me suis dit que c'était le moment, qu’il était temps de changer. J'avoue que depuis la naissance de mon fils l'été dernier, les choses ont un peu évolué. Ça bouleverse beaucoup de choses. Le plaisir et l'envie sont encore là, j'aime cette vie, j'aime le haut niveau mais un petit peu moins par moment. La compétition, ça demande d'être hyper investi et parfois, ça devient compliqué.

Est-ce que c’est une décision difficile à prendre ?

Oui c’est clair. Tout le monde se dit sans doute que c'est un peu tôt mais moi, j'ai toujours eu cette volonté d'arrêter à un moment où ça va encore. On est réellement passionnés par notre sport et on a envie de pousser toujours à fond et de continuer. Mais je sens sur cette saison que je suis sur la pente descendante. En arrivant à la trentaine, on arrête de progresser physiquement. Le tir, c'est autre chose, mais j'ai toujours eu cette volonté d'arrêter au bon moment, au moment où il y a encore du plaisir. On parle souvent de l'année de trop et j'en suis clairement là. J’étais à fond sur les Jeux et j'avoue que la suite me fait un peu moins rêver. Les Mondiaux, j'en ai déjà fait sept. J'ai fait trois olympiades.

"Le haut niveau, ça laisse des traces, ça ne peut pas se faire à 99%. Il faut absolument être à 100% pour espérer continuer à garder son niveau et pour essayer d'évoluer encore."

Simon Desthieux

à franceinfo

Quel est le souvenir qui va rester ?

En choisir un, c'est toujours un peu délicat. Il y a tellement de choses. Mais je retiendrai la médaille d'or au relais mixte aux Jeux olympique de Pyongchang. Ça a été un moment extrêmement fort partagé avec toute l'équipe. Cet hiver, on a aussi vécu les Jeux avec le relais des gars : des moments incroyables et beaucoup d'émotion. Les deux médailles olympiques ont été totalement différentes. Mais un titre olympique, ça reste autre chose.

Quelle est la personne qui vous a le plus marqué dans votre carrière?

J’ai envie de dire Martin Fourcade parce que j'ai fait toute ma carrière avec lui. C'était quelqu'un de très inspirant. Quand je suis arrivé dans l'équipe, je le regardais avec des grands yeux en me disant : "Je rêve de faire ça un jour aussi". Et quand je vois la réussite de Quentin Fillon-Maillet, je suis content d’avoir eu ce chemin commun. C'est beau d'avoir évolué parmi ces gars-là.

Quelle empreinte espérez-vous laisser dans le biathlon ?

Je ne sais pas, j'ai reçu beaucoup de messages ces derniers jours, des messages des plus jeunes aussi, me disant : "Tu as toujours été là, tu as accompli des belles choses, même si tu n'as pas toujours été sur le devant de la scène comme ont pu l’être mes meilleurs coéquipiers." Tous ceux avec qui j'ai évolué dans le biathlon et qui n'ont pas réussi se rendent compte finalement de ce que j'ai fait. Ils sont heureux de me voir grandir. J’ai réussi à progresser, à augmenter mon niveau d'année en année, jusqu'à faire une carrière longue en Coupe du monde avec des résultats que chaque sportif a envie d'espérer : un titre mondial et un titre olympique. Ça, ça parle aux gens.

Est-ce qu'il y a des choses qui vont vous manquer ?

Je pense qu'il y a des choses qui vont me faire bizarre. Avec mes coéquipiers de l’équipe de France, on vit ensemble toute l'année. On partage des moments et ce sont ces moments qui vont me manquer. J'en ai discuté avec Martin Fourcade aux Jeux et il me disait la même chose. Ça me manquera plus que la compétition. Je ne suis pas un énorme compétiteur dans l'âme. J'aime ce que je fais, mais je n’ai jamais été là pour écraser les autres. J'étais là pour faire mon biathlon, faire du mieux de ce que je pouvais. Et c'est aussi pour ça qu’aujourd’hui, je prends cette décision.

"Ce qui a changé, c'est l'ampleur qu'a pris le biathlon en France."

Simon Desthieux

à franceinfo

Votre carrière a duré une décennie. Qu'est ce qui a changé depuis vos débuts ?

Ce qui a changé, c'est l'ampleur qu'a pris le biathlon en France. Ça a évolué extrêmement vite. Et aujourd'hui, les jeunes qui vont débarquer ont intérêt à être prêts parce que ça peut faire bizarre. Je connais la valeur de ces choses-là. Et d’un autre côté, j'ai envie de dire aussi que le biathlon a assez peu évolué dans son fonctionnement depuis mes débuts. Il y a très peu de nouveaux sites. On fait souvent les mêmes choses. C'est assez redondant de faire toujours les mêmes ouvertures de Coupe du monde, les mêmes finales, les mêmes sites. Après dix ans, j'en ai assez.

À quoi la suite va-t-elle ressembler pour vous ? Allez-vous poursuivre dans le biathlon ? 

Pour l'instant non, pas dans le biathlon. Je ne sais pas trop si un jour j'y reviendrai. Mon envie du moment, c'est de passer du temps en famille. Il y a un paquet de choses qui me tiennent à cœur. On a des projets avec ma compagne et ça va se décider dès le printemps, mais en tout cas, il y a beaucoup de choses qui me font envie et c'est un peu le souci. Par exemple, on veut racheter une maison dans laquelle il y a un restaurant. Et notre idée, c'est de faire une espèce de restaurant à la ferme en proposant un petit peu des activités un peu ludiques, des choses autour de la nature, autour de la musique.

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