Paris 2024 : les huit choses à savoir pour comprendre la classification dans le parasport

A 200 jours des premiers Jeux paralympiques d'été en France, franceinfo: sport détaille les dessous de la classification, élément essentiel afin de définir quel athlète est éligible pour participer en fonction de son handicap.
France Télévisions - Rédaction Sport
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Le départ de la finale du 100m T51 lors des Mondiaux de para-athlétisme au Stade Charléty, à Paris le 16 juillet 2023. (HERVIO JEAN-MARIE / AFP)

Dans 200 jours, le 28 août 2024, les délégations paralympiques du monde entier investiront la place de la Concorde, à Paris, pour une cérémonie d'ouverture inédite, en plein cœur de la capitale. Cet événement annoncera le top départ de dix jours de compétitions, jusqu'au 8 septembre, lors desquels les athlètes seront amenés à briller.

Vitrine ultime célébrant le parasport et symbolisant la reconnaissance du handicap, les Jeux paralympiques n'en gardent pas moins certains codes qu'il convient de maîtriser, afin de comprendre les épreuves et les différentes catégories sportives. Mais qu'est-ce que la classification des athlètes ? Comment les catégories de handicap sont-elles prises en compte au sein des disciplines ? Quel est le rôle de celles et ceux qui classifient ? Franceinfo: sport détaille tout ce qu'il faut savoir sur la question.

La classification, de quoi parle-t-on ?

L'objectif de la classification est de définir qui est éligible pour pratiquer un parasport en compétition et peut devenir un athlète paralympique. Les pratiquants sont rassemblés en différentes classes sportives ou catégories, en s'assurant que l'incidence du handicap de chacun soit minimisée et que tous aient des chances de réussite sportive équitables lors des compétitions.

"C'est la base des sports paralympiques, à savoir neutraliser les inégalités dont les personnes ne sont pas responsables, complète le directeur des sports au sein du Comité paralympique et sportif français (CPSF), Jean Minier. Ensuite, il y a tout un tas d'inégalités qui sont inhérentes au sport de haut niveau, des critères discriminants qui existent aussi dans le monde olympique et contre lesquels la classification ne changera rien." Par exemple, un lanceur de poids paralympique d'1,80 m, placé dans une catégorie prenant en compte son handicap fonctionnel dans sa pratique sportive, sera en difficulté contre un concurrent de 2,10 m qui pourra envoyer le poids plus haut, et possiblement plus loin.

Le para-athlète français Ahmed Andaloussi sur l'avenue des Champs-Elysées, le 19 août 2023, lors d'un événement test des Jeux paralympiques de Paris 2024. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Différents modèles de classification, selon les sports

En fonction de la discipline pratiquée, des aptitudes vont être mobilisées, rappelle le CPSF : courir, propulser un fauteuil, tirer à l’arc, ramer… Toutes n'ont pas la même conséquence selon le type de handicap. Ainsi, pour veiller au maintien de l'équité sportive, le modèle de classification est établi par chaque sport, en fonction de sa culture et de son histoire.

Plusieurs modèles existent. En para-athlétisme, des grandes catégories sont mises en place : des athlètes amputés concourent entre eux, idem pour les infirmes moteurs cérébraux, les déficients visuels, les athlètes en fauteuil... Pour ce qui est de la paranatation, il s'agit d'un modèle intégré : des nageurs avec des handicaps différents peuvent s'affronter mais, via la classification, il sera admis que leur capacité à être performant dans l'eau est comparable. Le paratennis de table reprend, peu ou prou, le même mode de fonctionnement. Ces deux modèles sont basés sur celui des catégories de poids de corps dans les sports de combat, appliqué au monde du handicap physique, visuel et mental.

Dans des sports collectifs comme le basket fauteuil ou le rugby fauteuil, un système de points est attribué à chaque joueur en fonction de son handicap. Un total de points à ne pas dépasser est fixé pour pouvoir évoluer sur le terrain. Certains sports sont, eux, uniquement dédiés aux athlètes déficients visuels : le parajudo, le goalball, le cécifoot (excepté le gardien de but). 

Un diagnostic nécessaire avant d'être classifié

Avant d'être classifié par sa fédération, l'athlète doit disposer d'un diagnostic clair sur la nature de son handicap. Docteur spécialisée en médecine physique et de réadaptation au CHU de Montpellier et médecin auprès du CPSF, Orianne Lopez est souvent sollicitée lors des dépôts de dossiers de classification. "Parfois, il y a des situations où il faut vraiment prendre le temps de faire le lien entre la pathologie, les symptômes et l'examen clinique, explique-t-elle. Par exemple, il n'est pas possible d'être reçu en classification si vous êtes en fauteuil et que vous ne savez pas précisément quelles sont vos limitations fonctionnelles."

Tous les handicaps ne sont pas éligibles

Une fois le diagnostic établi, il convient de vérifier qu'il est en cohérence avec une des 10 déficiences éligibles par le code paralympique. Celles-ci sont obligatoirement des handicaps permanents.

Pour les personnes touchées par un handicap auditif ou ayant des atteintes cardiovasculaires ou métaboliques, il est en revanche impossible de rejoindre le mouvement paralympique.

Être vigilant au critère minimum de handicap 

Parmi les déficiences éligibles, un critère minimum existe dans certaines catégories de handicaps. "Pour les personnes de petite taille par exemple, il va falloir vérifier qu'ils sont d'assez petite taille pour prétendre s'aligner dans tel ou tel sport paralympique, précise Orianne Lopez. C'est la même chose pour les athlètes ayant une différence de longueur de jambe. S'ils ont deux centimètres de moins d'une jambe à l'autre, cela ne va pas suffire. Dans la plupart des parasports, la limite est fixée à 7 cm. Mais si on parle de la paranatation, cela passe à 20 cm."

Les Jeux paralympiques de Paris 2024 débuteront le 28 août prochain. (FRANCEINFO: SPORT / Henri Lauriano)

Une évaluation réalisée par des classificateurs bénévoles

Après avoir réalisé le diagnostic, vérifié que le handicap fait partie des 10 déficiences reconnues par le code paralympique et que l'on respecte le critère minimum de handicap dans le sport visé, l'heure est enfin à la classification. Celle-ci intervient d'abord au niveau national, puis international. 

"Deux ou trois personnes, issues du monde médical [médecins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes] et du monde technique [anciens entraîneurs ou athlètes, enseignants en activité physique adaptée], reçoivent l'athlète, explique Jean Minier. Ils vont lui faire passer toute une batterie de tests, sur une journée environ, pour évaluer ses capacités physiques en lien avec la motricité spécifique de son sport. C'est là qu'une catégorie de handicap va être déterminée, mais elle va devoir être validée sur le terrain."

Ce panel de classificateurs – très majoritairement bénévoles – va venir observer l'athlète en compétition pour voir si la catégorie correspond. Ils se réuniront ensuite pour fixer le statut de classe sportive (voir ci-dessous), pour savoir s'ils ont besoin, ou non, de le revoir prochainement. Une réclamation peut être formulée si le sportif ou la sportive est en désaccord avec sa catégorie. L'athlète peut alors demander à être revu par un autre panel au cours de l'année.

Un athlète déformant intentionnellement ses capacités ou son degré de handicap lors d'une classification peut être sévèrement sanctionné. En plus d'être disqualifié de toutes ses compétitions, il risque une suspension pouvant aller de 12 à 48 mois.

Un statut de classe sportive, pour déterminer la fréquence de classification

Une fois classifié, tout n'est pas encore fini pour l'athlète. "Avec chaque catégorie, quand on attribue une classe, il y a toujours un statut de classe sportive qui lui est affilié et détermine, d'une certaine façon, la fréquence de la classification", décortique Orianne Lopez.

Celle qui est également classificatrice nationale en rugby fauteuil, para-athlétisme et paratennis de table détaille : "Plusieurs statuts sont possibles : 'nouveau', avant la première apparition devant un panel, ; 'confirmé', quand le panel estime que le handicap restera stable dans le temps [amputés, non-voyants...] ; 'révisable', si une poursuite de l'évaluation est nécessaire avant d'être 'confirmé' ; et 'à revoir avec date de révision fixe', avec une nouvelle évaluation à une date définie."

Une vue de ce que sera la parade des athlètes lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques de Paris en 2024, sur la place de la Concorde. (Florian HULLEU / PARIS2024)

Là encore, ces statuts diffèrent selon les sports. En rugby fauteuil, pour être "confirmé", il faut passer trois fois en classification au minimum, avec onze mois d'écart entre chaque classification. "Cela s'explique par le fait qu'au départ, le sport comprend beaucoup de personnes tétraplégiques, avec des lésions qui peuvent évoluer sur le tard et nécessitent un contrôle."

"Je suis malvoyante et suis classée en catégorie B3, c'est-à-dire que j'ai moins de 1/10e au niveau de mon acuité visuelle. Je dois repasser en classification tous les quatre ans. La dernière fois, c'était lors des Mondiaux en 2022. Là, je suis tranquille jusqu'en 2026."

Gwendoline Matos, joueuse de l'équipe de France de goalball

à franceinfo: sport

Des difficultés inhérentes à la classification

"Aujourd'hui, assez peu de gens mettent en doute la classification", affirme Jean Minier. Pour le directeur des sports du CPSF, "cela montre que le niveau de maturité du monde paralympique est arrivé à un certain point et qu'on peut faire confiance au système." Néanmoins, des problématiques réelles existent tout au long de ce processus.

Les sessions de classification au niveau international ne sont pas légion dans certains sports, et elles peuvent avoir un coût. Toutes les fédérations ne peuvent pas payer le déplacement d'un jeune athlète qui veut passer en classification lors d'une compétition internationale. Un frein d'autant plus significatif qu'aujourd'hui, la stratégie des nations est d'emmener les athlètes le plus tôt possible en classification pour s'éviter d'autres soucis liés à leur progression.

"Un classificateur va affecter tel sportif à une catégorie. Ensuite, celui-ci va travailler, progresser, trouver des moyens sur le plan technique de compenser son handicap, de nager plus vite, sauter plus haut... Cela peut perturber le regard des classificateurs. Si tu vois qu'un nageur a une grosse limitation sur la table d'observation lors des tests, et que derrière, dans l'eau, il ondule comme un furieux, cela pose question."

Jean Minier, directeur des sports au Comité paralympique et sportif français

à franceinfo: sport

Dès lors, plus un athlète va être conduit tardivement en classification – et à l'approche d'une grosse échéance – plus les classificateurs vont avoir tendance à être prudents dans la détermination de sa catégorie. Cela afin d'éviter qu'un sportif méconnu ne débarque de nulle part pour décrocher l'or aux Jeux paralympiques.

Une autre imperfection du système peut concerner les athlètes ayant un cumul de handicaps. "En para-athlétisme, si un sportif est amputé tibial à une jambe, il va être classé dans la catégorie T64, explique Orianne Lopez. Mais s'il est également amputé des deux bras, on va considérer que c'est l'amputation tibiale qui est la plus gênante, donc il va rester en T64. Par rapport à certains concurrents, il va être désavantagé, mais on ne pourra rien y faire."

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