Pavillon des Sources : "On doit le faire et on va le faire", réagit Marc Joliot, l'un des arrière-petits-fils de Marie Curie favorable à la démolition

La démolition de ce bâtiment historique de l'Institut Curie à Paris a été suspendue par la ministre de la Culture. "Je suis un fervent défenseur du projet scientifique" de lutte contre le cancer, défend l'arrière-petit-fils de Marie Curie, samedi 6 janvier sur franceinfo.
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Marc Joliot, l'un des arrière-petits-fils de Marie Curie, le 8 novembre 2021 à Washington DC, aux Etats-Unis. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

"On doit le faire et on va le faire", réagit en exclusivité samedi 6 janvier sur franceinfo, Marc Joliot, un des arrière-petits-fils de Marie Curie et directeur de recherche en image biomédicale multimodale au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Face à la polémique et la mobilisation de défenseurs du patrimoine comme Stéphane Bern, la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a annoncé vendredi la suspension de la démolition du Pavillon des Sources, l'un des bâtiments historiques de l'Institut Marie Curie.

L'Institut Curie avait obtenu un permis de démolir de la Ville de Paris, le 24 mars 2023, pour y construire un immeuble plus grand, dans le cadre d'un projet d'agrandissement du campus Pierre-et-Marie-Curie-Val-de-Grâce. Le futur bâtiment doit abriter le premier centre de chimie biologique sur le cancer en Europe. "Je suis un fervent défenseur du projet scientifique", ajoute Marc Joliot. Il "aurait bien aimé conserver ce bâtiment" mais la recherche contre le cancer est "extraordinairement importante".

franceinfo : Les travaux sont pour l'instant suspendus, est-ce qu'on n'est pas en train de perdre du temps alors que la recherche contre le cancer pourrait bénéficier d'un nouveau bâtiment ?

Marc Joliot : C'est clair que l'on perd du temps, mais il y a une polémique qui dépasse le côté scientifique et même de la médecine. Une polémique politique, on va dire, qui fait qu'on est forcé de reculer un peu le démarrage de cette construction. Mais je pense que ce n'est pas la fin de l'histoire. La chose intéressante qui ressort de ce rendez-vous entre Thierry Philip [président de l'Institut Curie] et Rima Abdul Malak, la ministre de la Culture, c'est qu'ils se sont mis d'accord pour mettre en place un moratoire pour pouvoir étudier une solution qui va permettre de construire ce nouveau bâtiment de recherche dans les meilleures conditions.

Les défenseurs du bâtiment disent que Marie Curie, prix Nobel de physique, y a travaillé, mais au sein de l'Institut, on dit plutôt que c'était un bâtiment de stockage de déchets radioactifs. Quel est votre point de vue ?

L'Institut du radium est en fait composé de trois bâtiments. Il y a le bâtiment du radium, le Pavillon des Sources et le Pavillon Pasteur. Ce sont trois bâtiments historiques, sachant que le laboratoire de Marie Curie était principalement dans le premier. Elle a travaillé, comme d'autres, dans le Pavillon des Sources, mais de manière épisodique, quand il fallait faire des sources radioactives justement, et on les stockait aussi.

Ce bâtiment est aujourd'hui abandonné et pollué. Est-ce que la préservation du patrimoine ne va pas parfois à l'encontre des intérêts scientifiques de l'Institut Curie, voire de la France ?

C'est très compliqué. J'avoue que je suis un fervent défenseur du projet scientifique. Actuellement, c'est un projet scientifique très important de recherche fondamentale sur le cancer. C'est un très beau projet qui a été plébiscité par le conseil scientifique de l'Institut Curie, avec des gens qui sont de tous les horizons. 

Pour ce bâtiment, que dire ? J'aurais bien aimé qu'on puisse le conserver, mais il fait 100 mètres carrés, il est pollué. Il a été officiellement dit qu'on ne peut pas rentrer dans ce bâtiment.

Marc Joliot, arrière-petit-fils de Marie Curie

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Il n'y a aucun problème pour ce qu'il y a à l'extérieur, mais on ne peut pas y travailler à l'intérieur. Donc d'un côté, on a une recherche qui me paraît extraordinairement importante pour lutter contre le cancer, de l'autre côté, on a un patrimoine certes qui est important, mais qui n'est pas l'ensemble du patrimoine. Il faut considérer que c'est 5% du patrimoine qu'on a et que l'Institut Curie défend, finance en même temps que le musée, etc.

Stéphane Bern, par exemple, monte au créneau pour défendre le Pavillon des Sources. Cela rend le dossier un peu plus compliqué quand même. Non ?

Ce sont des postures, chacun est dans son domaine. Stéphane Bern va défendre ce qu'il connaît. Il ne connaît pas particulièrement la recherche, donc il va s'intéresser au patrimoine. Rachida Dati [maire du 7e arrondissement] considère qu'on va bétonner Paris. L'Institut Curie, que je représente aujourd'hui, se retrouve au centre d'une polémique qui le dépasse. Cette fois, c'est moi qui parle : je trouve que c'est dommage de ralentir parce qu'on va le faire ce projet. On doit le faire et on va le faire parce que c'est extrêmement important. C'est exactement ce pour quoi Curie est fait et continue, c'est-à-dire un lien entre la recherche et la médecine. Il y a un hôpital, il y a un centre de recherche et Curie, ce sont les deux. Si nous, on ne peut pas le faire, il n'y a pas beaucoup d'institutions dans le monde qui pourront le faire. 

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