Arsenic dans l'Aude, plomb à Notre-Dame... Quand les problèmes environnementaux perturbent la rentrée

A Paris, cinq écoles privées n'ont pas pu accueillir des élèves tandis que, dans l'Aude, des parents inquiets ont manifesté pour dénoncer la pollution liée à l'ancienne mine d'arsenic.

Une parent d\'élève à Conques-sur-Orbiel (Aude) manifeste le 2 septembre 2019 pour dénoncer la pollution liée à l\'ancienne mine d\'arsenic dans la vallée de l\'Orbiel.
Une parent d'élève à Conques-sur-Orbiel (Aude) manifeste le 2 septembre 2019 pour dénoncer la pollution liée à l'ancienne mine d'arsenic dans la vallée de l'Orbiel. (PASCAL PAVANI / AFP)
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"Enfants en danger, on veut la vérité" : des parents d'élèves ont manifesté, lundi 2 septembre, dans les rues de Conques-sur-Orbiel (Aude) pour dénoncer la pollution liée à l'ancienne mine d'arsenic aggravée par les inondations d'octobre 2018. Mais les enfants, eux, ont pu effectuer leur rentrée scolaire comme prévu. 

Ce n'est pas le cas des élèves de cinq écoles privées proches de Notre-Dame de Paris, qui ont trouvé porte close. L'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France a en effet recommandé de nouvelles analyses de détection du plomb, qui s'est répandu après l'incendie de la cathédrale le 15 avril.

En revanche, à Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique), où 17 cas de cancers pédiatriques ont été recensés entre 2015 et 2019, l'école privée a bien ouvert ses portes.

Une manifestation de parents d'élèves dans la "vallée de l'arsenic"

Conques-sur-Orbiel, dans l'Aude, les 200 enfants de l'école élémentaire sont entrés en classe comme prévu à 8h30. Mais une demi-heure plus tard, alors qu'ils ouvraient leurs cahiers, leurs parents déployaient une banderole avec écrit en rouge et noir : "Enfants en danger, on veut la vérité." Entre 30 et 50 d'entre eux avaient choisi de manifester le jour de la rentrée, pour dénoncer la pollution liée à l'ancienne mine d'arsenic, laquelle a été aggravée lors des inondations d'octobre 2018.

Partis de l'école, les parents d'élèves se sont rendus jusqu'à la mairie. "On souhaite que la santé de nos enfants soit mieux prise en compte. On a voulu marquer le coup. Tout s'est passé calmement. Maintenant on attend que la mairie nous donne un rendez-vous pour discuter", indique à franceinfo Sébastien Lacuve, délégué de parents d'élèves. Certaines familles sont allées plus loin et n'ont pas scolarisé leurs enfants lundi. "C'est vrai, confirme Sébastien Lacuve. Mais on n'a aucun chiffre." Le parent d'élève précise que la grande majorité des enfants ont été à l'école.

Conques-sur-Orbiel est située en aval de la mine d'or et d'arsenic de Salsigne (fermée en 2004) qui a légué des millions de tonnes de déchets toxiques. Les terribles orages qui s'y sont abattus en octobre 2018 ont provoqué des ruissellements vers les cours d'eau, dont l'Orbiel. Les écoles, dans le bas du village, ont été inondées. La maternelle a déménagé en zone non-inondable, mais pas les classes élémentaires. "Ce n'est juste pas possible de nous laisser comme ça, dans le flou, avec des taux aussi hauts, sur des tout petits êtres", a argué Vanessa lundi au micro de franceinfo. Mais pour la préfecture, les locaux ne présentent "à ce jour (...) pas de risques pour les élèves et les personnels".

Au total, dans la vallée de l'Orbiel, 46 d'enfants présentent actuellement une surexposition à l'arsenic. A Lastours, où trois enfants ont été intoxiqués, la rentrée s'est déroulée "sans vague". "Tout le monde a déposé les enfants tranquillement", rapporte à franceinfo Emeline Févotte, déléguée de parents d'élèves. Elle dit ne pas être inquiète car des travaux ont été engagés dans la cour de l'école juste avant l'été pour éviter le soulèvement de poussières dans des endroits chargés en arsenic. "A ma connaissance, seules deux familles font école à la maison", ajoute-t-elle.

Cinq écoles fermées après la pollution au plomb près de Notre-Dame

La rentrée était particulière autour de Notre-Dame à Paris, où les craintes de pollution au plomb ne sont pas totalement dissipées cinq mois après l'incendie de la cathédrale. Vendredi, le rectorat a demandé le report de la rentrée scolaire dans cinq établissements privés pour laisser l'ARS effectuer de nouvelles analyses. Car l'Agence régionale de santé estime que les prélèvements de détection au plomb déjà effectués ne sont pas suffisants. "Ce report concerne cinq écoles élémentaires et maternelles, car les taux recommandés concernent les enfants de moins de 7 ans", a expliqué à France 3 Ile-de-France, Jean-François Canteneur, directeur diocésain de l'enseignement catholique à Paris. Car pour les écoles privées, chaque chef d'établissement est responsable pour faire procéder aux analyses et aux travaux éventuellement nécessaires.

En revanche, toutes les écoles publiques, dont la gestion incombe à la Ville de Paris, ont pu ouvrir leurs portes. "La rentrée s'est bien passée", affirme à franceinfo Anne Souyris, adjointe à la santé à la maire de la capitale. Selon elle, sur les 37 écoles concernées, seules quatre classes sont fermées, car au-dessus du seuil de 70 µg/m2 recommandé par le Haut conseil de la santé publique pour les enfants de moins de 7 ans. Mais dans les locaux de la Segpa du collège Jacques-Prévert, le taux de plomb est encore important. Les huit élèves ont donc été "rapatriés dans une autre école". "Une réunion de médecins scolaires est prévue pour rassurer les parents", ajoute Anne Souyris.

Toutefois, Zackia, membre de l'association des parents d'élèves de l'école Saint-Benoît, fermée pendant l'été pour des travaux de décontamination, n'est pas totalement rassurée. Elle attend les résultats de la prise de sang de son enfant, testé au plomb, et regrette auprès de l'AFP un "manque d'informations". "Nos enfants sont tout le temps par terre, ils peuvent être largement contaminés", déplore cette mère qui se dit "en colère contre l'école et la mairie" et qui aurait souhaité un report de la rentrée. Mais ces inquiétudes ne sont pas partagés par tous les parents. Certains refusent de tomber dans la psychose.

L'école de Sainte-Pazanne ouverte en attendant de nouvelles analyses

C'était annoncé depuis jeudi soir : l'école privée catholique de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique), où des parents ont alerté les autorités sur une série de cancers pédiatriques, a accueilli sans "agitation particulière" les élèves pour la rentrée. "Tous les enfants inscrits étaient là", confirme à franceinfo la direction de l'enseignement catholique de Loire-Atlantique, qui précise que l'école privée Notre-Dame-de-Lourdes compte 414 élèves de la maternelle au CM2. A Sainte-Pazanne, 17 cas de cancers pédiatriques ont été recensés entre 2015 et 2019.

"Il n'y a pas de risques qui dépassent les valeurs de références en l'état des connaissances actuelles", a garanti à l'AFP Nicolas Durand, directeur général adjoint de l'ARS des Pays de la Loire, lors d'une réunion organisée pour présenter une série d'analyses effectuée durant l'été. Une autre réunion est prévue dans la semaine avec les parents d'élèves pour faire le point sur ces résultats. "On a mesuré des concentrations de radon [un gaz radioactif d'origine naturelle] importantes", a constaté Nicolas Durand. "La recommandation qui a été faite, c'est de prendre immédiatement des mesures simples d'aération systématique des salles de classes."

"C'est ce qui a été fait", affirme lundi la direction de l'enseignement catholique de Loire-Atlantique. Mais ces résultats sont encore partiels et d'autres prélèvements doivent être effectués. "Les analyses ont été réalisées l'été dans une école fermée donc ils vont en refaire pendant l'hiver quand les locaux seront chauffés", précise la direction de l'enseignement catholique de Loire-Atlantique. Et d'ajouter : "On ne sait pas quand ce sera exactement, mais ce qui est important c'est d'avoir pu ouvrir l'école sans danger."