Incendie de la cathédrale de Nantes : comment l'enquête est-elle menée ?

Un bénévole du diocèse de la ville, qui avait été placé en garde à vue samedi, a été remis en liberté dimanche soir. Les investigations sur les conditions et l'origine du sinistre se poursuivent.

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La cathédrale de Nantes (Loire-Atlantique), le 19 juillet 2020, au lendemain de l'incendie qui a détruit son grand orgue. (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)

Au lendemain de l'incendie qui a endommagé la cathédrale de Nantes (Loire-Atlantique), l'enquête se poursuit. Le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès, a annoncé, dimanche 19 juillet, qu'un bénévole du diocèse de Nantes avait été placé en garde à vue, la veille. L'homme a été remis en liberté dans la soirée de dimanche. Franceinfo revient sur la façon dont les investigations sont menées.

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Ouverture d'une enquête pour "incendie volontaire"

"Quand vous arrivez sur un endroit où il y a un incendie, que vous voyez trois points de feu distincts, c'est une question de bon sens, vous ouvrez une enquête", a expliqué Pierre Sennès, samedi. Le magistrat a insisté sur le fait qu'"on ne peut pas laisser un événement comme celui-là sans qu'il y ait des investigations judiciaires". Aussitôt, des enquêteurs de la police judiciaire ont procédé aux premières constatations.

Analyses des départs de feu

Dans le détail, deux départs de feu ont été constatés au sol, à gauche et à droite de la nef de l'édifice. Le troisième se trouve à plus de 30 mètres du sol, au niveau du grand orgue, qui a été complètement détruit par les flammes. 

"Entre le grand orgue, qui est sur la façade au premier étage, et les autres feux, vous avez quasiment toute la distance de la cathédrale, ils sont quand même à une distance conséquente les uns des autres", a relevé le procureur de Nantes. "Ce n'est pas le fait du hasard, c'est même une signature", a commenté le magistrat. Il a également indiqué, samedi après-midi, que les enquêteurs n'avaient "pas trouvé dans les accès extérieurs de traces d'effraction".

Malgré ces toutes premières constatations, pour l'instant, aucune piste n'est écartée : l'hypothèse d'un acte criminel et celle d'un accident sont sur la table. Mais l'orientation de l'enquête "peut aller vite si, visuellement, on retrouve quelque chose de probant", indique un enquêteur spécialisé au service police-justice de France Télévisions. "Il est facile de voir si un fil a été en surtension électrique, à condition que la chaleur n'ait pas fait fondre la totalité du cuivre".

La police judiciaire a été saisie dès samedi matin. Des experts incendie du laboratoire de police scientifique et technique sont arrivés sur place en fin d'après-midi pour examiner les points de départ de feu et l'installation électrique de la cathédrale. "Il est important qu'ils réalisent ces constatations le plus rapidement avant que la scène soit polluée", fait-on savoir auprès du service police-justice de France Télévisions. Dans le détail, les enquêteurs prélèvent des indices, tamisent les cendres pour voir ce qu'on y retrouve. Si rien de probant n'est trouvé, il faut attendre les analyses plus poussées. Cela peut prendre des jours, voire des mois, en fonction des prélèvements. 

"On fait entièrement confiance à l'institution judiciaire qui mènera l'enquête et qui permettra de déterminer les causes exactes de l'incendie de manière à ce que tout soit le plus transparent sur les causes de cet incendie", a déclaré sur franceinfo Bassem Asseh, premier adjoint à la mairie de Nantes.

Analyse des agendas

Le procureur de la République de Nantes a ensuite annoncé, dimanche matin, qu'un homme avait été placé en garde à vue. Il s'agit d'un bénévole du diocèse, entendu par la police depuis samedi après-midi pour des incohérences dans son emploi du temps.

Cet individu de 39 ans était chargé de fermer la cathédrale vendredi soir. Les enquêteurs veulent vérifier son agenda et notamment la façon dont il a fermé l'édifice. C'est un choix procédural, précise le procureur de Nantes à franceinfo. "Toute interprétation qui pourrait impliquer cette personne dans la commission des faits est prématurée et hâtive", a insisté Pierre Sennès. L'homme a été remis en liberté dans la soirée de dimanche.

"Il n'y a aucun élément qui rattache mon client à l'incendie de la cathédrale", a déclaré l'avocat de l'homme en garde à vue face à la presse, dimanche, comme le rapporte BFMTV. Il a également tenu à rappeler "que personne n'a été blessé physiquement", invitant "à faire la part des choses". Et d'ajouter : "Je rappelle la présomption d'innocence attachée à mon client et à la nécessité que la procédure soit respectée."

Sécurisation du site par les pompiers

A coté de l'enquête proprement dite, le capitaine Eric Brocardi a indiqué, samedi, que les pompiers devaient rester sur place pour "effectuer le déblai" après la maîtrise du feu. En clair : "évacuer les parties brûlées qui pourraient générer un départ de feu et protéger toutes les parties patrimoniales qui sont à l'intérieur, tableaux, statues, qui pourraient être impactées et les sortir pour qu'elles ne soient pas plus dégradées"

France 3 Pays de la Loire rapporte que "les sapeurs-pompiers [étaient] toujours sur place dimanche matin pour sécuriser le site. Ils ont veillé toute la nuit pour éviter toute reprise de feu. Les secours devraient quitter les lieux à la mi-journée pour laisser place aux agents de la direction régionale des affaires culturelles".

Les experts de la police scientifique et technique attendent toujours le feu vert des pompiers pour accéder à la plateforme où se trouvait le grand orgue détruit par les flammes. "On espère le faire dans la journée", a indiqué le procureur de la République de Nantes. Pour l'heure, celle-ci n'est toujours pas sécurisée.

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