Patrimoine : l'Afghanistan est "une terre promise" en péril, alertent des archéologues après la prise de pouvoir des talibans

Si les talibans assurent avoir changé, les archéologues craignent de nouveaux pillages, comme au musée de Kaboul dans les années 1990, ou la destruction de trésors culturels, à l'image du dynamitage des Bouddhas de Bâmiyân, en 2001.

Article rédigé par
Boris Hallier - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 1 min.
En 2001, les talibans ont détruit les Bouddhas de Bâmiyân, de gigantesques statues religieuses enserrées dans les montagnes, en Afghanistan. Vingt ans plus tard, des trous béants occupent toujours leurs anciens emplacements.  (WAKIL KOHSAR / AFP)

"Pour le moment, on retient notre souffle !" Comme beaucoup d'autres archéologues, Sophie Makariou, la présidente du musée Guimet, le musée national des arts asiatiques, à Paris, est très inquiète. "C'est notre devoir plus que jamais de raconter cette histoire extrêmement importante", estime-t-elle. Raconter l'histoire d'un pays "au patrimoine archéologique de premier ordre"

"Une terre promise d'archéologie", comme elle le décrit, menacée par l'arrivée des talibans au pouvoir, dimanche 15 août. Ils assurent avoir changé. Mais les pays occidentaux, et les archéologues, restent sceptiques. Ces derniers ont en mémoire les images, terribles, du dynamitage des bouddhas de Bâmiyân par ces mêmes talibans, en mars 2001. 

Piller les œuvres d'art pour financer la guerre

Julio Bendezu-Sarmiento a sillonné l'Afghanistan pendant des années. L'ancien directeur de la délégation archéologique française en Afghanistan craint, plus que les destructions, les pilleurs qui pourraient profiter de l'instabilité en cours dans le pays. "N'oublions pas qu'à l'époque de la guerre civile, durant les années 1990, le musée de Kaboul avait été pillé à 70%, rappelle Julio Bendezu-Sarmiento. Ça peut se dérouler de nouveau. On a toujours pillé en Afghanistan. Depuis les années 1970, cela ne s'est jamais arrêté."

"On sait que, comme pour Daech en Syrie, le trafic d'œuvres d'art devait financer une partie de la guerre terroriste."

Julio Bendezu-Sarmiento, ancien directeur de la délégation archéologique française en Afghanistan

à franceinfo

Au vu des risques encourus, certains ont pris les devants avant l'arrivée des talibans au pouvoir. Des objets, "les plus précieux, notamment en or" ont été mis à l'abri, précise l'archéologue, "déplacés vers le palais présidentiel, dans un coffre-fort." Il ne sait pas si les talibans y ont accès. C'est aussi là qu'étaient cachés, rappelle Julio Bendezu-Sarmiento, "une partie des trésors du Tillya Tepe, un site de plusieurs tombes de nomades très riches avec des objets en or."

L'archéologue s'interroge sur l'avenir de ces trésors. Pour le moment, le musée national de Kaboul est fermé, ses employés sont contraints de rester chez eux. 

L'Afghanistan, "une terre promise" en péril, alertent des archéologues après la prise de pouvoir des talibans - Boris Hallier
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