Afghanistan : 20 ans après leur destruction par les talibans, la restauration des bouddhas de Bâmiyân n'est pas achevée

En mars 2001, les talibans détruisaient les trois bouddhas géants de la vallée de Bâmiyân, en Afghanistan. Pour la première fois, le saccage d’un site patrimonial exceptionnel était médiatisé à des fins politiques. Vingt ans après, qu’est devenu le site de Bâmiyân ?

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Radio France
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Un policier patrouille sur le site des statues des Bouddhas de Bamiyan (Afghanistan), le 3 mars 2021. (WAKIL KOHSAR / AFP)

Le 11 Mars 2001, les talibans filmaient l'explosion des deux bouddhas géants de la falaise de Bâmiyân, en Afghanistan. Des statues qui ont veillé pendant des siècles sur la vallée. Des images restées gravées dans les mémoires. "Si vous demandez à toute personne d'essayer de se rappeler les images les plus fortes de destruction du patrimoine, vous allez avoir la destruction de Bâmiyân, assure Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture à l'Unesco. Et ça, c'est une réalité pour notre génération ou des générations futures."

Construits entre le IVe et le VIIIe siècle, les bouddhas, dont le plus grand mesure 53 mètres de haut, font de Bâmiyân un haut lieu de la religion bouddhiste. Situé sur la route de la soie, les trois statues monumentales sont témoins du passage des commerçants et des pèlerins, de l'arrivée de l'islam dans la région au IXe siècle, du passage de la horde mongole au Moyen-Âge et de l'occupation soviétique au XXe siècle.

27 millions de dollars investis pour sa sauvegarde

Suite au choc provoqué par cette destruction, en 2003, Bâmiyân a été simultanément classé au patrimoine mondial de l'Unesco et inscrit sur la liste des sites en péril. Depuis, 27 millions de dollars ont été investis pour sa sauvegarde, le Japon étant le plus gros contributeur avec 14 millions de dollars. De l'argent utilisé notamment pour consolider la falaise. "Ces 15 dernières années, les experts ont essayé de sauver les niches où étaient conservés les bouddhas, puisqu'ils ont été complètement détruits et il y avait des risques de pertes complètes de tout l'entourage qu'il y avait autour de ces bouddhas", détaille Ernesto Ottone.

"La niche est, où était le plus petit bouddha, est achevée, et il y a des travaux qui continuent, presque 20 ans après encore, pour sauvegarder la niche ouest."

Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture à l'Unesco

à franceinfo

Vingt ans après, la restauration du site n'est donc pas achevée. Le débat sur la reconstruction des bouddhas se poursuit entre experts et au sein des communautés locales. Une reconstruction qui paraît de plus en plus improbable avec le possible retour au pouvoir des talibans.

Sophie Makariou, la directrice du musée des arts asiatiques Guimet, est inquiète pour l'avenir du site mais elle se félicite du travail de documentation effectué sur place par des Français. Le photographe Pascal Convert a ainsi réalisé une vue panoramique de 16 mètres de long de la falaise de Bâmiyân que l'on pourra découvrir dès la réouverture du musée. "Cette image, c'est un tuilage de 4 000 images, explique-t-elle. Donc quand on s'approche, on voit les choses avec un niveau de détails absolument inouïe. Et ça veut dire qu'en fait Pascal Convert a pu faire une capture à l'échelle 1 de toute la falaise, il a scanné l'intégralité de la falaise. C'est extraordinairement précieux."

Si l'avenir du site reste incertain, tout le monde s'accorde à dire qu'il y a eu un avant et un après Bâmiyân. Les atteintes au patrimoine peuvent être désormais qualifiées de crimes de guerre.

Afghanistan : la restauration de Bâmiyân n'est pas achevée - Reportage d'Anne Chépeau
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