Nobel de littérature : qui sont ces 16 femmes (contre 101 hommes) couronnées depuis la création du prix ?

Louise Glück, poétesse américaine, est la seizième femme récompensée par le Prix Nobel de littérature depuis sa création en 1901. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Les 16 femmes couronnées par le prix Nobel de littérature depuis 1901 (FRANCEINFO)

Depuis sa création en 1901, l'Académie suédoise a décerné son Nobel de littérature à 117 écrivains. Seize femmes, si on ajoute Louise Glück, lauréate 2020, ont reçu le prestigieux prix. Qui sont ces femmes écrivaines ? Auteures majeures de la littérature mondiale, elles ont en commun d'être toutes des femmes engagées, usant de la plume pour défendre leurs idées.

Selma Lagerlöf en 1909

Selma Lagerlöf, en 1918 (Henry B. Goodwin / Kungliga Biblioteket, Stockholm)

Selma Lagerlöf est la première femme à avoir reçu le prix Nobel de littérature, "en hommage à l’idéalisme élevé, à la brillante imagination, et au sens spirituel, qui caractérisent ses ouvrages", avait déclaré le jury. Selma Lagerlöf, née en 1858 dans le Varmland, a elle aussi surtout écrit de la poésie, comme Louise Glück, récompensée cette année par le jury suédois. Selma Lagerlöf fût aussi la première femme élue à l’Académie suédoise, quelques années après avoir reçu son Nobel.

Grazia Deledda en 1926

La romancière Grazia Deledda, prix Nobel de Littérature 1926 (Leemage via AFP)

L'Académie suédoise décerna le prix Nobel de littérature en 1926 à cette écrivaine italienne "pour ses écrits toujours empreints d’idéalisme et qui peignent avec lucidité la vie de son île natale; et avec profondeur la douleur des êtres en général". Son œuvre est composée de nouvelles, de pièces de théâtre et de poésie.

Sigrid Undset en 1928

Sigrid Undset au début des années 1920 (MARY EVANS/SIPA / SIPA)

Deux ans seulement après Grazia Deledda, l'Académie décerne à nouveau son prix à une femme, Sigrid Undset, écrivaine danoise. Polémiste, catholique dans un pays où domine le protestantisme, Grazia Deledda est l'auteure d'une œuvre prolifique. Elle a signé près de quarante romans, et des dizaines d'essais. Ecrivaine engagée, elle s'est opposée à l'idéologie national-socialiste au début des années trente mais elle n'était en revanche pas favorable aux combats féministes, estimant que la femme devait rester au foyer et s'occuper de ses enfants.  Kristin Lavransdatter, une trilogie publiée entre 1920 et 1922 est l'œuvre qui lui a valu son Nobel, "pour ses descriptions puissantes de la vie nordique au Moyen Âge" et "sa justesse historique et ethnologique".

Pearl Buck en 1938

La romancière américaine Pearl Buck en 1938  (AFP / FRANCE PRESSE VOIR)

L'auteure de La terre chinoise, est elle aussi une écrivaine prolifique et éclectique. Elle a publié des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des essais, des recueils de poèmes et même un livre de cuisine. Née en 1892 à Hillboro, en Virginie, elle a grandi en Chine, avec ses parents missionnaires presbytériens. Après être rentrée aux Etats-Unis pour faire ses études, elle retourne en Chine avec son mari, ingénieur agronome. Elle vivra quelques années en Chine, puis au Japon, avant de rentrer aux Etats-Unis. Très populaire en Chine, où on la considère comme comme une vraie auteure chinoise, Pearl Buck connaît un succès mondial avec La Terre chinoise publié en 1931. Elle reçoit le Nobel de littérature en 1938, pour "ses descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d'œuvre biographiques."

Gabriela Mistral en 1945

L'écrivaine chilienne Gabriela Mistral le 10 mars 1946 (ACME / AFP)

Educatrice, diplomate, et poétesse chilienne, Gabriela Mistral (1890-1957) a reçu le Nobel de littérature en 1945 pour "sa poésie lyrique, inspirée par des émotions puissantes et qui a fait de son nom le symbole des aspirations idéalistes de tout le monde de l’Amérique latine". Fille d'un instituteur qui a très vite abandonné sa famille, elle grandit dans la pauvreté et commence à travailler dans les écoles à l'âge de quatorze ans, avant de devenir à son tour institutrice. Très engagée sur les questions d'éducation, elle contribue au début des années 20 à mettre en place des bibliothèques et des écoles pour les enfants au Mexique. Gabriela Mistral a commencé à publier très jeune, sous pseudonyme dans des revues. Elle adopte en 1914 le pseudonyme de Gabriela Mistral, composé à partir des noms de deux poètes qu'elle admire :  Gabriele D'Annunzio et Frédéric Mistral. Premier écrivain d'Amérique latine à obtenir le Prix Nobel de littérature, Gabriela Mistral est considérée au Chili comme une figure littéraire aussi majeure Pablo Neruda, autre poète chilien couronné par le Nobel de littérature en 1971.  

Nelly Sachs en 1966

L'écrivaine Nelly Sachs, en mai 1970 (MARY EVANS/SIPA / SIPA)

Nelly Sachs (1891-1970) est née dans une famille juive allemande en 1891. La jeune fille commence à écrire de la poésie à l'âge de 17 ans. Elle échappe aux persécutions nazies grâce à Selma Lagerlöf, avec qui elle entretient une relation épistolaire. La première lauréate du Nobel de littérature accueille la jeune fille et sa mère chez elle à Stockholm, ville où Nelly Sachs s'installe définitivement. Mais une grande partie de sa famille a disparu dans les camps nazis, et la jeune femme en est marquée à vie. Son œuvre est profondément hantée par la Shoah. La poétesse naturalisée en Suède a été récompensée par l'Académie "pour sa remarquable œuvre lyrique et dramatique qui interprète le destin d'Israël avec sensibilité et force".

Nadine Gordimer en 1991

L'écrivaine Nadine Gordimer en 1988 (ULF ANDERSEN / ULF ANDERSEN)

Il faut attendre quasiment trente ans avant que l'Académie suédoise décerne à nouveau son prix à une femme. Il revient à une écrivaine sud-africaine, Nadine Gordimer (1923-2014), "dont l’œuvre épique a rendu à l'humanité d'éminents services".  C'est son combat contre l'apartheid que souhaite ainsi saluer le jury. De santé fragile, Nadine Gordimer grandit dans une famille aisée dans la banlieue de Johannesburg. Ellle écrit à l'âge de neuf ans sa première nouvelle, qui lui est inspirée par la fouille de la chambre de sa domestique noire par la police. Son œuvre est imprégnée par le souci de décrire la société inégalitaire sud-africaine et par son engagement contre l'apartheid. En 1958, son roman Un monde d'étrangers qui raconte une amitié impossible entre un jeune Anglais et un jeune Sud-Africain, est condamné et interdit par le régime de Pretoria.  

Toni Morrison en  1993

La romancière américaine Toni Morrison, prix Nobel de littérature en 1994, ici en 1999 (MARCELLO MENCARINI / MARCELLO MENCARINI)

Descendante d'une famille d'esclaves, Toni Morrison née Chloé Ardella Wofford à Lorain, dans l'Ohio, s'est fait connaître avec son roman Beloved, prix Pulitzer en 1988. Parmi ses autres romans marquants figurent Jazz (1992) et Paradise (1997),  trois livres constituant une trilogie emblématique sur l'histoire des Afro-Américains. Elle avait publié plus récemment Home (Christian Bourgois, 2012) ou Délivrances (2015) des romans plus courts mais tout aussi intenses. "Ne pas écrire deux pages quand une phrase peut tout contenir. C'est bien plus difficile que de s'étaler. Et c'est ce que je veux désormais. C'est à la fois une envie et une nécessité — j'ai 81 ans, il faut que je fasse vite, donc que j'écrive court !". Toni Morrison, premier écrivain noir récompensé par le Nobel, déclarait au New York Times lors de la sortie de Délivrances aux Etats-Unis. "Il est important que mon œuvre soit afro-américaine". Un Nobel décerné pour une œuvre marquée "par une force visionnaire et une grande puissance poétique, qui peint un aspect essentiel de la réalité américaine".

Wisława Szymborska en 1996

La poétesse polonaise Wislawa Szymborska le 27 janvier 2009 à Cracovie (JANEK SKARZYNSKI / AFP)

Wisława Szymborska (1923-2012), poétesse polonaise est la dixième femme récompensée par le prix Nobel de littérature. D'abord communiste dans les années d'après-guerre, l'écrivaine s'en est peu à peu détachée dans les années 50 pour quitter le parti en 1966. Même si elle adhère à l'idéologie socialiste, son premier livre est pourtant censuré en 1949, jugé non conforme aux exigences socialistes. Elle rencontre le succès public dans son pays avec son recueil Le Cas où  paru en 1972. En 1996, la poétesse est couronnée du prix Nobel de littérature "pour une poésie qui, avec une précision ironique, permet au contexte historique et biologique de se manifester en fragments de vérité humaine." Le Nobel a permis de révéler au monde l'œuvre de cette auteure peu connue exceptée dans son pays et en Allemagne.

Elfriede Jelinek en 2004

L'écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek en 1969 (OTTO BREICHA / IMAGNO)

Elfriede Jelinek est née à Mürzzuschlag en Autriche le 20 octobre 1946. Elle est la fille d'un chimiste juif d’origine tchèque, et d'une mère germano-roumaine catholique, qu'elle décrit comme "despotique et paranoïaque". Traumatisée par une éducation rigide, Elfriede Jelinek reste enfermé pendant un an dans l'appartement familial à l'âge de 18 ans, victime de crises d'agoraphobie. Une période qu'elle consacre à la lecture. Elle commence à publier dans les années 70, des textes qui suscitent presque toujours la polémique dans son pays. Son roman La Pianiste, a été adapté au cinéma en 2001 par Michael Haneke. Elfriede Jelinek, écrivaine de la contre-culture, manie l'ironie et la provocation dans une œuvre expérimentale. Son Nobel, en 2004 qu'elle reçoit "pour le flot de voix et de contre-voix dans ses romans, et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux", provoque la polémique, certains voyant dan son oeuvre "une noirceur à la limite de la caricature".  

Doris Lessing en 2007

L'auteure britannique Doris Lessing, à Francfort (Allemagne), le 14 octobre 1981. (ROLAND HOLSCHNEIDER / MAXPP)

Doris Lessing (1919 – 2013) est née en Iran (Perse) en 1919, puis elle a été  élevée dans la brousse africaine en Rhodésie du Sud (colonie britannique aujourd'hui Zimbabwe), où son père s'installe quand elle a cinq ans. Pensionnaire d'une institution religieuse qu'elle supporte mal, elle quitte définitivement l'école à 14 ans pour travailler comme jeune fille au pair puis comme standardiste. Très critique de la colonie blanche, elle dresse un portrait saisissant de l'Afrique australe dans son recueil de Nouvelles africaines (1964) en trois volumes. Inspirée par sa vie en Afrique, Doris Lessing est auteure d'une cinquantaine de romans, dont le best-seller international Le Carnet d'or (1962). Elle s'est rendue célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950) et a aussi été associée au combat des féministes. Communiste jusqu'en 1956 et connue pour son engagement anti-apartheid, elle s'en prend au début des années 2000 au régime dictatorial du président Robert Mugabe et est déclarée indésirable au Zimbabwe. Selon J.M. Coetzee, Doris Lessing est "l'un des grands romanciers visionnaires de notre époque". Elle a reçu le prix Nobel de littérature en 2007, à 88 ans, ce qui fait d'elle l'auteur le plus âgée et la 11ème femme récompensée par le jury suédois, qui la décrit alors comme une "conteuse épique de l'expérience féminine, qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée".  

Herta Müller en 2009

Portrait de l'écrivaine Herta Muller en juin 2010 (Marcello Mencarini / Leemage / AFP)

L'Académie surprend tout le monde, comme souvent, en 2009, en récompensant Herta Müller, romancière allemande d'origine roumaine, née en 1953 en Roumanie dans un village germanophone. Comme de nombreux Roumains germanophones, sa mère est déportée en 1945 et internée en URSS pendant cinq ans dans un goulag. Son père, ancien soldat de la Waffen-SS gagne sa vie comme chauffeur routier. A partir de 1979, Herta Müller est dans le collimateur du régime parce qu'elle refuse de coopérer avec la police roumaine. Son premier livre, Dépressions ("Niederungen"), publié en 1982, est censuré. La publication en Allemagne de son livre lui vaut une interdiction de publier en Roumanie. En 1987, elle émigre en Allemagne pour fuir la dictature de Nicolae Ceausescu. Son œuvre rend compte de l’histoire des populations germanophones d'Europe de l'Est et particulièrement en Roumanie, victimes de persécutions, empêchés de parler leur langue et parfois même expulsés du pays à partir de 1945. L'Académie suédoise décerne son prix Nobel de littérature à Herta Muller en 2009 pour avoir "avec la concentration de la poésie et l’objectivité de la prose, dessiné les paysages de l’abandon".  

Alice Munro en 2013

L'auteure canadienne Alice Munro lors d'une conférence de presse à Dublin (Irlande), le 25 juin 2009. (PETER MORRISON / AP / SIPA)

En 2013, l'Académie suédoise récompense à nouveau une femme avec un Nobel décerné à la canadienne Alice Munro, considérée comme  "la maîtresse de la nouvelle contemporaine". La nouvelliste obtient à 82 ans le premier prix Nobel de littérature accordé à un auteur canadien. Alice Munro s'était fait connaître en 1968 avec son premier recueil de nouvelles, La Danse des ombres heureuses, ("Dance of the Happy Shades"). Elle conquiert un large public en publiant ses nouvelles dans des magazines comme The New Yorker et The Atlantic Monthly. Ses premières nouvelles, ancrées dans la vie des campagnes de l'Ontario, lui ont valu d'être comparée à Anton Tchekhov. Les œuvres d'Alice Munro explorent dans un style dépouillé  la banalité du quotidien des gens "normaux". "Je n'ai aucun autre talent, je ne suis pas intellectuelle et me débrouille mal comme maîtresse de maison. Donc rien ne vient perturber ce que je fais", déclarait-elle avant de recevoir le prestigieux Man Booker International Prize en 2009.  

Svetlana Alexievitch en 2015

La journaliste et écrivaine biélorusse Svetlana Alexievich à Bogota (Colombie), le 19 avril 2016. (GUILLERMO LEGARIA / AFP)

Née le 31 mai 1948 dans l'ouest de l'Ukraine, Svetlana Alexievitch est la 14e femme à avoir reçu le prix Nobel de littérature. Née dans une famille d'instituteurs de campagne, diplômée de la faculté de journalisme de l'Université de Minsk, Svetlana Alexievitch travaille dans les années 1970 comme comme journaliste à la rubrique courrier de Selskaïa gazeta, le journal des kolkhoziens soviétiques. Puis elle commence à enregistrer sur son magnétophone des récits de femmes qui ont combattu pendant la Seconde guerre mondiale. Ces témoignages serviront de base à son premier roman, La guerre n'a pas un visage de femme. Le livre, accusé de "briser l'image héroïque de la femme soviétique" devra attendre la Pérestroïka la pour être édité. Publié en 1985, il offre à Svetlana Alexievitch la célébrité en URSS mais aussi dans le reste du monde. Elle est également l'auteure d'un autre livre polémique,  La Supplication, consacré à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Ses livres sont interdits dans son pays, qui ne lui pardonne pas le portrait qu'elle fait de l'"homo sovieticus", incapable d'être libre. Son œuvre, à la frontière entre le reportage et le roman, est récompensée par l'Académie suédoise en 2015, qui salue une "œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque".  

Olga Tokarczuk en 2018 (décerné en 2019)

L'écrivaine polonaise Olga Tokarczuk, prix Nobel de Littérature 2018 (ELMAR KREMSER/SVEN SIMON / SVEN SIMON)

Le prix avait été décerné avec un an de retard à la suite d’un scandale sexuel ayant touché l’Académie suédoise. Considérée comme la plus douée des romancières de sa génération en Pologne, Olga Tokarczuk est l'auteure d'une douzaine d'ouvrages, traduits dans plus de 25 langues et portés sur scène ou à l'écran. Son œuvre très variée a été récompensée par l'Académie suédoise pour son "imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, symbolise le dépassement des frontières comme forme de vie". Olga Tokarczuk est une écrivaine engagée, écologiste et végétarienne et opposante du gouvernement conservateur nationaliste de Droit et Justice (PiS).

Louise Glück en 2020

La poétesse Louise Glück en 2003 (SIGRID ESTRADA/AP/SIPA / LIBRARY OF CONGRESS)

Née à New York en 1943, dans une famille juive hongroise, Louise Glück a débuts en 1968 avec le recueil de poésie Firstborn. Considérée comme une écrivaine majeure aux Etats-Unis, elle a publié 12 recueils et des essais sur la poésie.   Professeure d'anglais à l'université de Yale, elle s'est dite "surprise et heureuse" en apprenant cette récompense à une heure très matinale aux Etats-Unis, a rapporté le secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, Mats Malm.  Son travail, explique le comité Nobel, "se caractérise par sa recherche de clarté. L’enfance et la vie de famille, les relations intimes avec les parents et les frères et sœurs, est une thématique centrale chez elle. (...) Elle recherche l’universel, et s’inspire pour cela des mythes et des motifs classiques, présents dans la plupart de ses œuvres". Ce Nobel permettra peut-être de faire publier en France cette auteure américaine très peu traduite de ce côté de l'Atlantique.

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