Coronavirus : le Festival de Cannes renonce aux paillettes mais sauvegarde son Marché du film en virtuel

Dorénavant officiellement "reporté", pour ne pas dire annulé, le plus grand festival de cinéma du monde cherche des solutions alternatives, et inaugurera une version online de son Marché du film.

Le tapis rouge du festival de Cannes désert.
Le tapis rouge du festival de Cannes désert. (J.M EMPORTES / ONLY FRANCE)

Prévu à l’origine du 12 au 23 mai, puis reporté du 23 juin au 4 juillet, le 73e Festival de Cannes a été annulé à cette date, suite à l’annonce de l’interdiction des grands rassemblements festifs au moins jusqu’au 15 juillet en raison du Coronavirus. Mais Cannes, ce n’est pas seulement la montée des marches et la Palme d’or. Pour les professionnels, c’est surtout le premier marché du film mondial qui, lui, a trouvé sa formule en s’exportant sur la Toile.

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Label Cannes2020

Thierry Frémaux "ne lâche rien", annonçait le Figaro du 17 avril en prélude d’une interview du délégué général du Festival de Cannes. L’annulation pure et simple de cette 73e édition n’est pas à l’ordre du jour, à l’inverse de cet autre grand festival qu’est celui d’Avignon, renvoyé à l’an prochain. Les sections parallèles cannoises, elles, ont baissé les bras : il n’y aura pas de Semaine de la critique, ni de Quinzaine des réalisateurs, ou de sélection de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour la diffusion). Alors, quelles solutions ?

Thierry Frémaux balaye d’un revers de la main un Festival de Cannes en ligne sur une quelconque plateforme de streaming. Cannes c’est la salle, et la défense de la projection au cinéma, comme événement à l’origine de phénomènes comme l’a été celui de Parasite l’an dernier.

L’objectif en ligne de mire est la rentrée de septembre, afin d’exposer avant la fin de l’année les films déjà retenus et ceux qui pourraient l’être encore d’ici fin juin. Car les sélectionneurs continuent de voir des films en télétravail grâce à des liens de visionnage. Thierry Frémaux envisage dans ce sens un "Label Cannes2020" auquel pourraient être associées les sections parallèles qui font partie intégrante du Festival.

Concurrence

Mais à la rentrée, c’est la Mostra de Venise qui, elle, a maintenu ses dates, du 2 au 12 septembre. Il y a aussi le Festival international du film de Toronto (TIFF), prévu du 10 au 20 septembre, sans parler du Festival du film francophone d’Angoulême (25 août-3 septembre) et du Festival du cinéma américain de Deauville (4-13 septembre). Ça se bouscule au portillon…

La Mostra (plus ancien festival de film du monde, né en 1932) est le plus prestigieux festival de cinéma, après Cannes et devant Berlin (qui se tient en février). Venise a son propre marché du film depuis 2012, tout comme le festival allemand, depuis longtemps, et qui gagne en prestige. C’est également le cas de Toronto qui prend de plus en plus d’ampleur d’année en année. Il tient de surcroît une place stratégique pour les Américains, en raison de sa proximité géographique. Toutes ces manifestations sont évidemment en forte concurrence et menacent Cannes, même si ce dernier demeure en tête.

Dans ce contexte, la solution de faire adopter un label Cannes2020 pour certains films sélectionnés à Cannes, mais projetés à Venise, Toronto ou même Deauville, également pourvu d’un marché, est difficilement envisageable. Si elle demeure possible, des pourparlers difficiles s’annoncent.

L\'entré du Marche du Film au Festival de Cannes en 2019.
L'entré du Marche du Film au Festival de Cannes en 2019. (BOESL / DPA)

Marché virtuel

"Peut-être que Cannes 2020 pourrait être un mélange de physique et de virtuel", estime Cécile Gaget, directrice de production et de distribution internationales de Gaumont. "Nous travaillons comme si le Festival allait avoir lieu. Mais pour les films d’auteur, s’il (le Festival) devait se dérouler sans presse, sans buzz, nous pourrions être tentés d’attendre les festivals de rentrée", envisage-t-elle.

Etienne Ollagnier, distributeur et exportateur de Jour2Fête, prône un Cannes "dans un format exceptionnel" pour que le buzz perdure et pour "fluidifier le flux des sorties" de la rentrée. Car un autre problème se profile en septembre : la priorité donnée de sortir les films non distribués depuis le début du confinement (16 mars). Dans ce contexte le label Cannes2020 pour ces films est-il envisageable, et assez convaincant pour faire venir les spectateurs ?

Cécile Gaget et Etienne Ollagnier confirment toutefois l’attachement des professionnels internationaux au Marché cannois. C’est ce qui ressort d’une enquête du Festival qui révèle que "80% d’entre eux sont intéressés par un Marché en ligne, et 66% en capacité de réaliser des acquisitions", selon Jérôme Paillard, directeur de l’institution. La solution est donc devenue évidente : la tenue d’un Marché du film virtuel du 22 au 26 juin, via un site spécialement dédié aux professionnels qui recréera au maximum l’expérience cannoise.

Pour ce faire, producteurs et distributeurs auront accès à des stands virtuels afin d'exposer leurs nouveautés et projets, comme c’est le cas habituellement dans les sous-sols du Palais des festivals. Le "Village international", où les institutions du monde entier présentent leur cinématographie nationale et leurs possibilités de tournages, aura un espace virtuel permettant des rencontres entre les professionnels, sa vocation première. Des réunions vidéo s’effectueront via l’application Match&Meet et des projections en ligne hyper sécurisées seront organisées, en tenant compte des fuseaux horaires de chaque pays. Une logistique qui, selon le Festival, sera opérationnelle à la date prévue du 12 juin.