Coupe du monde de football : Canada, Espagne, Nigeria… Comme les Bleues, ces équipes sont entrées en conflit avec leur fédération en marge du Mondial

Le Canada et le Nigeria s’affrontent, vendredi, à l’occasion de la première journée du Mondial. De son côté, la Roja fait son entrée dans la compétition face au Costa Rica.
Article rédigé par Maÿlice Lavorel - envoyée spéciale à Sydney
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Les Canadiennes lors de leur match amical contre l'équipe de France, le 11 avril 2023. (MELANIE LAURENT / AFP)

Un climat loin d’être apaisé. A l’entame de la Coupe du monde en Australie et Nouvelle-Zélande, plusieurs équipes sont arrivées en situation de conflit avec leur fédération. En France, Wendie Renard demandait en mars un changement dans un "système" qu’elle ne pouvait plus cautionner. Les revendications des joueuses à travers le monde, portant aussi bien sur la gestion des primes que sur les infrastructures mises à disposition, se sont additionnées. De l’Espagne à la Jamaïque en passant par le Nigeria, l’Afrique du Sud, l'Angleterre et le Canada, revue d’effectif des préparations mouvementées.

Canada : une crise économique et une grève avortée

Début 2023, les Canadiennes se sont dressées face à leur fédération car cette dernière a annoncé la nécessité de faire des coupes budgétaires significatives. "Révoltées" et "très inquiètes", soutenues par leurs homologues masculins, les championnes olympiques ont menacé de se mettre en grève en février, juste avant le tournoi amical de la SheBelievesCup.

Avant de vite stopper leur action, assurant par un communiqué avoir été menacées d’une action légale à leur encontre pour les forcer à revenir sur le terrain. La situation n’a pas été résolue, et fin juin, le secrétaire général par intérim de la fédération, Jason de Vos, a révélé dans une interview à TSN que l’instance était proche de la faillite. Malgré la possibilité d’organiser quatre amicaux en fin d’année pour son équipe féminine, Canada Soccer y a renoncé, faute de moyens.

Nigeria : entre retards de paiements et interférences

Au Nigeria, c’est le sélectionneur qui a directement fustigé sa direction. Le 6 juillet dernier, Randy Waldrum, à la tête des Super Falcons depuis 2020, a dévoilé dans un entretien pour le podcast Sounding off on Soccer que la fédération avait de nombreux retards dans les paiements des salaires et des primes, pour lui et certaines joueuses. 

Le coach a également dénoncé des ingérences dans le choix des joueuses sélectionnées pour le Mondial. "Ils voulaient que je choisisse une gardienne que je n'ai jamais vu et qui n'a jamais participé à nos rassemblements", a-t-il expliqué. Des bruits de couloir ont même suggéré un risque de boycott de la part de l'équipe pour son entrée en lice contre le Canada. Rumeurs balayées par la capitaine Onome Ebi dans une vidéo partagée par la fédération. 

Espagne : 15 joueuses se mettent en retrait de la sélection

La révolte au sein de l’équipe espagnole a éclaté à l’automne 2022, quand 15 joueuses ont décidé de se mettre en retrait de la sélection pour demander des changements dans les conditions matérielles, d’encadrement et de gestion en équipe nationale. Dans leur communiqué, les joueuses dénonçaient "une situation qui affecte [leur] état personnel, émotionnel, [leur] performance, et donc les résultats de la sélection."

La fédération espagnole, avait répondu aux joueuses, qualifiant leur comportement comme loin d’être "exemplaire" et "en dehors des valeurs du football et du sport". L'instance avait assuré qu’elle réintégrerait les joueuses uniquement si elles "reconnaissaient leur erreur" et "demandaient pardon".

Pour disputer la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, 12 des 15 concernées n’ont pas été rappelées par le clivant sélectionneur Jorge Vilda. Parmi elles, les têtes d’affiche Mapi Leon et Patri Guijarro, récentes vainqueures de la Ligue des champions avec Barcelone.

Angleterre : les Lionesses réclament des bonus

"Avec notre premier match à l’horizon, nous avons décidé de suspendre les discussions, avec la ferme intention de les réexaminer à l’issue du tournoi. Nous nous sentons collectivement investies de la responsabilité de faire progresser le football." C'est par ce communiqué, publié mardi via le compte Instagram de leur capitaine Millie Bright, que les Anglaises ont mis en pause leurs négociations avec la fédération anglaise pour tenter d'obtenir les bonus de performance qu'elles réclament.

Concrètement, la FA, habituée à verser une somme aux joueuses en fonction du tour atteint à chaque grande compétition, a considéré qu'il n'était plus nécessaire de le faire comme la FIFA accorde des primes cette année. Cela ne passe pas auprès des Lionesses, qui reviendront donc à la charge pour toucher cet argent distinct de celui de la FIFA.

Jamaïque : une "désorganisation extrême" dénoncée

Un mois avant le début du Mondial, les Jamaïcaines ont partagé sur leurs réseaux sociaux une lettre ouverte pour exprimer leur "grande déception" vis-à-vis de leur fédération. Reprochant un soutien "en dessous des standards", les joueuses ont révélé subir des retards dans des paiements contractuellement garantis, un manque d’accès à des "ressources correctes" et ont critiqué l’annulation de matchs amicaux à cause d’une "désorganisation extrême". Selon elles, "des changements immédiats et systématiques" sont nécessaires. La situation est telle que pour couvrir les frais du camp de base de l'équipe en Australie, des campagnes de crowdfunding ont été lancées par la mère d’une des joueuses, et par la fondation Reggae Girlz.

Afrique du Sud : un match de préparation manqué sur fond de tensions liées aux primes

Les championnes d’Afrique ont aussi vu leur préparation secouée par un conflit autour du paiement des primes. Les Sud-Africaines ont boycotté leur dernier match amical, début juillet, contre le Botswana, après avoir reçu des contrats qui, selon elles, n'incluaient pas la dotation individuelle de 30 000 dollars promise par la FIFA.

La fédération a ainsi convoqué une équipe B à la dernière minute avec des éléments issues de ligues inférieures, dont une joueuse de 13 ans. La sélectionneuse nationale, Desiree Ellis, avait alors reconnu à Reuters qu’il y avait des tensions, en appelant à "aller de l'avant". Le 5 juillet, la fédération a annoncé que le conflit était résolu, après l’intervention du ministre des Sports, des Arts et de la Culture, Zizi Kodwa, et d’une fondation qui a donné son accord pour faire un don et couvrir les frais.

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