Coupe du monde 2022 : l'Allemagne critique largement la tenue de la compétition au Qatar

Comme de nombreux autres pays, l’Allemagne est très virulente vis-à-vis du pays organisateur de la Coupe du monde 2022. Des contestations qui se ressentent aussi bien dans les bars de Berlin que dans les instances nationales du football et au gouvernement.

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Radio France
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Une affiche appelant au boycott de la Coupe du monde au Qatar sur la porte d'entrée d'un bar à Hambourg, en Allemagne, le 23 novembre 2022. (JONAS WALZBERG / DPA / MAXPPP)

La Mannschaft, l'équipe allemande de football, quadruple championne du monde, s'est inclinée deux buts à un face au Japon pour son premier match de la Coupe du monde 2022 au Qatar, mercredi 23 novembre. Une entrée ratée dans la compétition que la sélection allemande avait décidé de marquer par un geste de protestation : pour la photo d'avant match, les joueurs se sont très ostensiblement mis la main devant la bouche. Pas sûr que cette défaite surprise réconcilie les Allemands avec cette Coupe du monde, mal partie avant même d'avoir commencé.

>> Coupe du monde 2022 au Qatar : silence des Iraniens, bâillon des Allemands, genou à terre des Anglais... Un début de compétition très politique

La Coupe du monde est plutôt mal vue au pays, à tel point que plusieurs bars allemands ont décidé de la boycotter. Des dizaines d'établissements se sont réunis derrière le slogan "Kein Katar in meiner Kneip", "Pas de Qatar dans mon café" en allemand. Ils refusent de diffuser les rencontres, même si cela signifie pour certains une perte de chiffre d'affaires de 20 ou de 30% pendant quatre semaines. Peu importe, pour ce patron d'un bar berlinois : "Le principal, c'est que je puisse payer mon loyer et mes employés." 

"Cette Coupe du monde, c'est sans moi. A cause de tous les travailleurs morts, les droits de l'homme, l'homosexualité, je n'ai vraiment pas envie de regarder."

Le patron d'un bar de Berlin

à franceinfo

Il n'y a pas non plus de retransmission des matchs de l'Allemagne sur grand écran, près de la porte de Brandebourg à Berlin. C'est le rendez vous pourtant incontournable des fans.

Le directeur de l'ONG Human Rights Watch en Allemagne, Wenzel Michalski, aurait aussi aimé que des signes de protestation soient visibles au Qatar, à commencer par le brassard contre les discriminations "One Love", que le capitaine de l'équipe allemande avait promis de porter. Comme les équipes de six autre pays, dont la France, la Mannschaft y a finalement renoncé, refroidie par les menaces de sanctions sportives qui ont été brandies par la Fédération internationale de football. "Quel aurait été le risque ?, demande Wenzel Michalski. La Fifa aurait suspendu notre capitaine et cette Coupe du monde aurait été un scandale encore plus grand."

"Parfois, il faut accepter une sanction pour rester fidèle à ses valeurs."

Wenzel Michalski, directeur de Human Rights Watch en Allemagne

à franceinfo

La fédération allemande de foot examine les recours possibles

L'équipe, par la voix de son entraîneur, Hans-Dieter Flick, a fait savoir qu'elle était très mécontente et choquée de ne pas pouvoir porter ce brassard arc-en-ciel. Mardi 22 novembre, la Fédération allemande de football a affirmé que les équipes avaient subi un chantage extrême pour renoncer à cette initiative. Son porte-parole examine d'ailleurs les recours possibles devant le Tribunal arbitral du sport contre l'interdiction du brassard.

La ministre allemande de l'Intérieur, Nancy Faeser, s'en est mêlée également. Elle évoque une énorme erreur de la FIFA et elle a incité les fans à porter le brassard. Présente dans les tribunes du stade pour le match de l'Allemagne mercredi 23 novembre, elle arborait, elle, un brassard "One Love".

De son côté, le vice-chancelier Robert Habeck avait encouragé les joueurs à porter ce fameux brassard. Rien au bras des joueurs pendant leur match face au Japon, mais la Mannschaft a tout de même eu ce geste de protestation, avec cette main devant la bouche qui, sur le terrain, face au Japon, ne lui a pas porté chance. Avec cette explication officielle de la DFB, la fédération allemande : "Il ne s'agit pas d'un message politique : les droits de l'homme ne sont pas négociables (...) Nous interdire le bandeau, c'est comme nous bâillonner. Nous maintenons notre position."

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