Coupe du monde 2022 : comment la qualification historique du Maroc résonne dans le monde arabe et en Afrique

Du Sénégal au Liban, des fans de foot sont descendus dans les rues pour saluer la performance des Marocains, tombeurs de l'Espagne en huitièmes de finale. Eux-mêmes ont évoqué la signification de leur exploit pour tous les pays arabes, et brandi un drapeau de la Palestine, symbole omniprésent au Qatar.
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La victoire du Maroc contre l'Espagne fêtée à Gaza City, dans la bande de Gaza, le 6 décembre 2022. (ALI JADALLAH / ANADOLU AGENCY / AFP)

Leur exploit a été fêté bien au-delà des frontières du Maroc. Mardi 6 décembre, les Lions de l'Atlas ont éliminé l'Espagne en huitièmes de finale de la Coupe du monde, aux tirs au but, accédant pour la première fois de leur histoire au top 8 d'un Mondial. Une performance fêtée jusqu'au bout de la nuit dans les rues du royaume, au Qatar et bien sûr en France, aux Pays-Bas ou encore en Belgique, des pays qui comptent une importante communauté marocaine.

L'affiche avait d'ailleurs une saveur particulière, du fait des liens historiques entre les deux pays. Une partie du Maroc a été sous protectorat espagnol et certains joueurs marocains sont nés et ont grandi en Espagne : le tir au but décisif a été inscrit par le latéral du PSG Achraf Hakimi, natif de Madrid. De l'autre côté des Pyrénées aussi, alors que l'essentiel du pays digérait la désillusion de son équipe, des supporters en rouge et vert jubilaient dans les rues de plusieurs grandes villes.

Des soutiens du Maghreb au Levant

Mais cette scène s'est répétée dans des pays plus inattendus. Sur Twitter, des internautes ont partagé des images de liesse en Irak, au Liban ou encore en Algérie. La reine Rania de Jordanie a félicité l'équipe sur Twitter, et un pont de la capitale Amman a été éclairé aux couleurs du drapeau marocain.


Si les relations entre l'Algérie et le Maroc sont houleuses, seule la principale chaîne d'information publique algérienne boude les exploits marocains, passant sous silence le nom du pays quand elle rapporte les résultats, raconte à franceinfo Mehdi Dahak, rédacteur en chef du site DZ Foot, spécialisé dans le foot algérien. Mais la population "suit cette équipe et s'y identifie, comme les Marocains s'identifiaient à l'Algérie quand elle gagnait à la Coupe du monde", estime-t-il. Le parallèle est criant jusque sur le terrain : "C'est le même football. On trouve dans l'équipe du Maroc le même type de joueurs que dans celle d'Algérie qui a gagné la Coupe d'Afrique des nations en 2019, et leur sélectionneur a dit s'inspirer du travail de Djamel Belmadi", le coach algérien. De quoi se consoler de l'échec des Fennecs à décrocher leur billet pour le Qatar.

Une victoire dédiée à "tous les peuples arabes"

Le pays hôte de ce Mondial semble également se réjouir de cette qualification du Maroc. Le Qatar vend depuis longtemps son "premier Mondial du monde arabe" pour balayer les critiques au sujet de sa désignation. L'Arabie saoudite, la Tunisie et le Maroc, auteurs de performances notables cette année, ont été portés par des tribunes bruyantes, du fait du grand nombre de supporters ayant fait le voyage et du soutien des spectateurs qataris ou des pays voisins.

Dans ce contexte particulier, le drapeau de la Palestine, omniprésent dans les stades, constitue un des traits d'union entre ces supporters. Mardi, après leur exploit, les joueurs marocains ont posé autour de cette bannière sur la pelouse. De quoi améliorer leur image dans la région, même si leur pays s'est récemment rapproché d'Israël. En Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza aussi, leur match a été suivi avec enthousiasme.


"Année après année, nos études montrent que de 75% à 80% des ressortissants des pays arabes que nous interrogeons disent partager une même identité et de mêmes valeurs"
, explique au Monde le politologue Mohamed Al-Masri, directeur de recherches à l'Arab Center de Doha (Qatar). C'est aussi le discours tenu par l'un des artisans de la victoire du Maroc, Sofiane Boufal, au micro de beIN Sports : "Cette victoire appartient à tout le peuple marocain, à tous les peuples arabes et à tous les peuples musulmans."

Une joie "un peu différente" dans le reste de l'Afrique

Un discours qui n'a sans doute pas échappé au reste du continent africain. "Au Maghreb, le peuple se sent arabe avant tout, et c'est ce qu'on entend dans leurs discours", analyse le journaliste mauritanien Lassana Camara. En Afrique subsaharienne, la joie après cette victoire est donc  "un peu différente" de celle qui aurait accompagné un exploit du Ghana, du Sénégal ou du Cameroun, les autres pays africains qui ont déjà atteint un quart de finale de Mondial. Reste que, là aussi, la satisfaction l'emporte sur les rivalités régionales, et que des scènes de liesse ont aussi été observées à Dakar (Sénégal), Mogadiscio (Somalie) ou Lagos (Nigeria).


Sportivement, la qualification du Maroc est en effet un exploit à l'échelle de l'Afrique. C'est la première fois qu'un pays africain bat une nation européenne dans une rencontre à élimination directe. Et c'est la première qualification en quarts d'un sélectionneur du continent (même s'il est né en France), le Marocain Walid Regragui. "Les gens se disent que c'est la preuve qu'on peut réussir par nous-mêmes", souligne Lassana Camara. Pour le rédacteur en chef du site Panafrican football, la victoire de mardi est la plus marquante d'une compétition qui a redoré l'image des équipes africaines : alors qu'elles n'avaient gagné aucun match en 2018 en Russie, "on compte huit victoires africaines au Qatar, dont la Tunisie qui bat la France, le Cameroun qui bat le Brésil…"

Et l'euphorie peut durer : samedi, en cas de victoire face au Portugal, les Lions de l'Atlas pourraient briser le plafond de verre des sélections africaines à la Coupe du monde, jamais présentes dans le dernier carré.

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