Tour de France 2021 : quatre questions sur la chute collective causée par une spectatrice pendant la première étape

Une spectatrice insouciante a été à l’origine d’une importante chute du peloton, samedi, lors de la première étape du Tour de France 2021. L'organisation du Tour a décidé de porter plainte.

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de notre envoyé spécial - Théo Gicquel - franceinfo: sport
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Des coureurs au sol lors d'une chute survenue sur la première étape du Tour de France 2021.  (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / POOL / AFP)

La première étape du Tour de France, samedi 26 juin, a été marquée bien sûr par la victoire de Julian Alaphilippe, qui s’empare du premier maillot jaune, mais aussi par la chute spectaculaire survenue à 45 kilomètres de l’arrivée. Tony Martin (Jumbo-Visma) a heurté la pancarte qui dépassait sur la chaussée d’une spectatrice négligente. Placé en deuxième position du peloton, l’Allemand a chuté, entraînant à la suite une immense partie du peloton au sol. L'organisateur, Amaury Sport Organisation, a décidé de porter plainte contre X.

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Quels sont les précédents ?

Alors que le monde du cyclisme se réjouissait de retrouver le public sur les routes du Tour après une édition 2020 qui en était sevrée, cet incident lève le voile sur les risques liés à la présence parfois encombrante de supporters au bord de la route. Visiblement désintéressée de la course, la spectatrice ne regardait pas les coureurs arriver vers elle. Les conséquences sont lourdes : Jasha Sütterlin (Team DSM) a été contraint à l’abandon, Ben O’Connor (AG2R-Citroën) a lui été sévèrement touché comme plusieurs coureurs de sa formation.

Un incident qui rappelle celui survenu sur le Tour de France 2018, lorsque Vincenzo Nibali avait touché le téléphone d’un spectateur, le déstabilisant avant de l’envoyer au sol puis de le contraindre à l'abandon. Miguel Angel Lopez s'était fait justice personnellement en frappant le spectateur qui avait causé sa chute, lors du Tour d’Italie 2019.

En 1999, le coureur italien Giuseppe Guerini, qui avait chuté par la faute d’un spectateur photographe placé au milieu de la route sur les pentes de l’Alpe d’Huez, avait finalement accepté ensuite de serrer la main du responsable. 

Le Tour de France peut-il être tenu responsable ?

Si l'on se réfère au règlement de l'Union cycliste internationale (UCI), l'article 12.4.014 dispose que "tout organisateur répond de l’ordre et de la sécurité sur le parcours de la course et dans ses abords immédiats. Il répond de tout incident et est passible de mesures disciplinaires, à moins qu’il ne puisse prouver que les mesures organisationnelles concrètement mises en œuvre correspondaient aux normes de sécurité applicables en la matière et que, compte tenu des circonstances concrètes, elles étaient suffisantes sur les plans qualitatifs et quantitatifs."

En résumé, l’organisateur de la Grande Boucle, Amaury Sport Organisation (A.S.O) pourrait être tenu responsable en cas d’action disciplinaire si sa négligence dans les mesures de protection mises en œuvre était avérée.

Une action en justice envers la spectatrice est-elle possible ?

Comme l'expliquait l’UCI à Libération en 2018, les sanctions peuvent être de trois types pour l’auteur, ici la spectatrice : disciplinaire, civil et pénal. La peine disciplinaire, la moins lourde, est simple : "Si le spectateur n'est pas un licencié de l'UCI, il n'est pas soumis aux règlements de la Fédération et ne peut être sanctionné à ce titre", explique Libération.

Une action au civil est possible à l’encontre de l’auteur de l’infraction. "Toute personne ou entité ayant subi un préjudice économique du fait de la chute serait légitime à demander réparation. Cela pourrait donc également inclure l'équipe et l'organisateur suivant le cas de figure." Amaury Sport Organisation (ASO) a décidé de porter plainte contre X. Charge désormais aux autorités d'enquêter pour découvrir l'identité de la personne.

Dans un communiqué, la gendarmerie du Finistère affirme que "la spectatrice à l'origine de cet accident a quitté les lieux avant l'arrivée des enquêteurs", et appelle "toute personne en mesure d'apporter des éléments d'identification" à prendre contact avec les autorités. Une enquête est ouverte pour "blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence".

Enfin, le volet pénal, le plus lourd, incombe uniquement au coureur blessé par la chute survenue par un élément extérieur. En l’espèce, Tony Martin, qui est tombé le premier, voire Jasha Sütterlin, qui a abandonné par la suite, pourraient faire une action au pénal car "seul le coureur blessé dispose a priori d'une action à l'encontre du spectateur l'ayant fait tomber", complète l'UCI. Mais il reste rare que l’organisateur soit sanctionné pour l’action d’un spectateur, tout comme il est difficile de trouver trace d’une action juridique intentée par un coureur ou une formation envers un spectateur.

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Qu’en disent les acteurs du cyclisme ?

Mathieu van der Poel (Alpecin-Fenix) : "J’étais à l’arrière du peloton, on a dû s’arrêter, il y avait 30-40 coureurs par terre. C’est dommage qu’il y ait des chutes comme ça. Il faut être prudent et ne pas s’approcher trop des coureurs. Ils arrivent plus vite qu’on ne le pense. Cela faisait plaisir de retrouver le public, mais laissez-nous faire la course."

Laurent Jalabert (ancien coureur, consultant francetv sport) : "C’est toute la problématique de notre sport. Notre terrain de jeu, c’est la route. C’est la beauté du cyclisme, mais on ne peut pas mettre des barrières sur 190 kilomètres de parcours, ce n’est pas possible."

Ben O’Connor (AG2R-Citroën) : "C’est vraiment une honte. Nous n’avions rien fait de mal, et beaucoup de coureurs sont allés au sol. C’est vraiment une honte, ce n’est pas notre faute, ça vient de l’extérieur, c’est décevant. Mais ce sont des choses qui arrivent dans notre sport et nous devons vivre avec."

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Yoann Offredo (ancien coureur, consultant francetv sport) : "Pour la plupart des gens, c’est sans intention de faire tomber, c’est l’euphorie de la course. Il va y avoir des conséquences lourdes pour beaucoup de coureurs. Même si plusieurs leaders ne sont pas tombés, beaucoup d’équipiers le sont : Tony Martin, Sepp Kuss…"

Bernard Hinault (ancien coureur) : "Malheureusement, ça a toujours existé. Il existe des gens inconscients qui feraient n’importe quoi pour se montrer."

Julien Jurdie (directeur sportif de AG2R-Citroën) : "C’est le pire qu’on pouvait imaginer pour cette première étape. Dans la descente, pratiquement l’ensemble de l’équipe est tombé. Les huit coureurs sont touchés. C’est catastrophique. La ferveur populaire, c’est ce qui fait la notoriété du Tour. L’ensemble de la famille du vélo fait bien le job. On prend des risques insensés sur le vélo, et tomber à cause d’une pancarte, c’est vraiment dommage et lourd de conséquences."

Wout van Aert (Jumbo-Visma) : "Ce n'était pas le meilleur jour pour nous mais ça aurait pu être bien pire aussi. J'ai apprécié ma première journée avec le maillot de champion de Belgique jusqu'à la grosse chute. Espérons que tout le monde se rétablisse et puisse continuer la course. Je le dis aux fans: nous vous aimons mais soyez plus prudents !"

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