''Cette fois, tout est clair dans ma tête'': Jérémie Beyou s'élance sereinement dans le Vendée Globe

Jérémie Beyou, l'un des grands favoris du Vendée Globe, va s'élancer dimanche des Sables d'Olonne. Entretien.

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Radio France
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Arrivé troisième en 2017, le skipper francais est favori cette année pour le Vendée-Globe, qui s'élance dimanche. 
 (Gauthier Lebec / Charal Sailing Team)

Il est l’un des grands favoris du Vendée Globe qui s’élance dimanche 7 novembre des Sables-d’Olonne : Jérémie Beyou (Charal) part pour son quatrième tour du monde en solitaire et sans escale. Avec détermination, une grande sérénité et après une préparation millimétrée.

franceinfo : Avoir trois Vendée Globe dans les jambes vous a-t-il aidé pour la préparation ?

Jérémie Beyou : Il est sûr que sur ce quatrième Vendée Globe, par rapport au premier et même aux deux autres, il y a moins d’inconnues, de questions que je ne me pose plus en terme d’avitaillement, de pièce de rechanges, d’outils embarqués. Cela libère l’esprit et on perd moins de temps. Je me souviens qu’au début, cela durait un mois pour savoir ce que j’allais embarquer comme vêtement, nourriture, etc. Cette fois, tout est clair dans ma tête et c’est validé par l’expérience de mes précédentes courses. Je n’aurai pas de mauvaise surprise en mer.

Visiblement vous aimez bien les olives vertes, puisque vous en embarquez beaucoup de boîtes pour cette course...

(Rires) Oui, j’aime bien les olives, il y en a partout ! J’aime bien les noisettes, noix de cajou, noix de pécan et avec une petite olive, c’est sympa ! En fait, il y a des produits très spécifiques, les produits déshydratés, les plats stérilisés faits spécialement pour moi par Charal (son sponsor, NDLR) et pour cette course-là. Et puis il y a ce qu’on achète en supermarché notamment les olives qui sont en conserves et que l’on reconditionne pour que cela pèse moins lourd. Chacun a ses préférences et il faut trouver un peu de plaisir dans des petites choses comme ça quand on est en mer.

Combien de jours de nourriture embarquez-vous ?

On a calé 70 jours (le record d’Armel Le Cléac'h en 2017 est de 74 jours, NDLR). Mais cela ne veut pas dire grand-chose parce qu’on n’a plutôt plus que pas assez pour chaque jour. Cela permet d’avoir un peu de variété et de pouvoir choisir certains jours entre deux plats.  

Il y a eu pas mal de pépins sur les bateaux pendant la préparation. Est-ce que vous avez confiance en 100% dans votre bateau ?

Oui, Charal est un bateau qui a beaucoup navigué. On a eu aussi nos soucis mais que l’on a pu régler car ils ne sont pas tombés au dernier moment heureusement. Mais cela ne veut pas dire que demain on ne va pas taper quelque chose dans l’eau, que je ne vais pas faire une bêtise en manœuvre et abîmer du matériel. Quand on part sur le Vendée Globe, il faut partir confiant dans ses capacités et celles de son bateau. Et la confiance ça se gagne, il a gagné ma confiance.

Vos objectifs ne sont pas cachés pour cette édition !

En effet, nous sommes là pour gagner la course. Étant donné le bateau, la préparation et mon expérience, nous pensons que c’est une place à laquelle on peut prétendre. De là à ce que cela se passe, il va falloir fournir beaucoup d’efforts, faire très peu d’erreur sur l’eau, avoir un peu de chance aussi. On sait tous que pour réussir un tour du monde et surtout pour le gagner, il faut que les planètes soient alignées pour le skipper. Et d’autres ont aussi de belles ambitions et de beaux arguments. Cela va être une belle bagarre en tout cas !

On salive tous d’avance de voir avancer votre bateau équipé de foil. Avez-vous évalué sur un tour du monde la possibilité que ce bateau vole et aille à des vitesses impressionnantes ?

Quasiment les deux-tiers du parcours, ça va vite. Les foils sont tout le temps dans l’eau mais ils ne poussent pas tout le temps. On a refait des simulations en reprenant des historiques de vents de dix ou vingt ans, tous les temps du tour du monde sont en dessous de 70 jours. Donc cela veut dire que ça va vite ! Et qu’il y a des moments où les vitesses sont très elevées et très longtemps ! Donc il va falloir que le bateau tienne le choc et que le marin soit bien réveillé (rires).

Justement, vous êtes protégé ?

Non, seulement s’il faut monter au mât ou s’il faut aller au fond du bateau à l’avant faire des vérifications. Mais je ne vis pas avec des protections en permanence. Vivre 70 jours avec un casque et des genouillères ce ne serait pas très agréable. J’espère savoir où il faut que je me positionne et j’espère connaître par cœur les mouvements de mon bateau pour arriver à anticiper les mauvais coups. Il y aura plein de petits bobos, des entorses, des gros hématomes, des dents cassées, des doigts cassés, ce sera traumatisant donc il faudra faire attention.

Il y a quatre ans déjà, vous vous étiez blessé...

Oui je m’étais cassé une dent. Là, je me suis cassé un pouce juste avant la Vendée Arctique. Je sais que les bateaux font mal. Donc est-ce que tout le monde sera capable, du début à la fin, physiquement, de tenir les cadences ? On verra bien.

Après trois Vendée Globe, votre rapport à la solitude a-t-il changé ? Est-ce que c’est pesant ou au contraire êtes-vous impatient d’être seul à bord ?

En général, c’est quelque chose que je recherche et qu’on arrive de moins à moins à avoir à terre ! Je suis heureux d’être avec mes proches bien sûr mais c’est vrai que c’est pas si facile que ça de nos jours d’arriver à s’isoler totalement. Donc quand je suis seul en mer, je suis plutôt content. Après au bout de deux ou trois mois, tu es aussi content de retrouver du monde. Mais la solitude tu ne la ressens pas trop car tu es ultra connecté : c’est important d’avoir des infos de la terre et c’est obligatoire d’en donner. Et puis le temps passe très vite donc les moments où l’on en profite sont peu nombreux. Quand il y a 13 ou 15 nœuds de vent, qu’il y a du soleil, que la mer est plate, ça n’est pas tous les jours !

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