Violences sexuelles dans le patinage : Didier Gailhaguet "doit se poser la question de son honorabilité"

Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), ne souhaite pas dicter sa conduite au président de la Fédération française des sports de glace, mais l'invite à s'interroger après la révélation de cas de violences sexuelles dans le patinage. 

Patinage. Illustration. 
Patinage. Illustration.  (ARIS MESSINIS / AFP)

Didier Gailhaguet doit se poser deux questions : celle "de l'intérêt de la fédération" et celle de "son honorabilité", a réagi mardi 4 février sur franceinfo Denis Masseglia, le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), alors que le président de la Fédération française des sports de glace (FFSG) est dans la tourmente de l'affaire des abus sexuels dans le patinage. "Sur le plan légal", Didier Gailhaguet a "le pouvoir de décider s'il doit continuer ou démissionner", affirme Denis Masseglia.


Le président du CNOSF tient à souligner "la question la plus importante" selon lui, mettre en place des "outils" pour "mettre hors d'état de nuire des gens qui sont indignes de la fonction d'éducateur, d'entraîneur ou de dirigeant". "Plus rien ne sera jamais comme avant", dit encore Denis Masseglia qui souhaite que "l'action de quelques-uns" ne ternisse pas "ce que la grande majorité fait".


franceinfo : Est-ce que Didier Gailhaguet doit démissionner, selon vous ?

Denis Masseglia : J'ai eu une longue conversation hier avec Didier. Pour moi, il y a deux questions qu'il doit se poser. La première est relative à l'intérêt de la fédération, qu'il sert depuis de nombreuses années. Le deuxième est relative à ce qui le touche lui-même, c'est-à-dire son honorabilité. Je lui ai fait part de mon sentiment et lui ai dit qu'il devait réfléchir en fonction de ces deux paramètres. Maintenant, ne me demandez pas ce qu'il va dire demain. Peut-être n'est-il pas le seul à le savoir puisqu'il a dû le partager avec celles et ceux qui l'entourent dans le bureau exécutif. Sur le plan légal, lui, effectivement, a le pouvoir de décider s'il doit continuer ou démissionner. Et les seuls qui peuvent le faire sont les mandants qui sont les électeurs à l'Assemblée générale. La Fédération française des sports de glace est organisée avec des clubs, donc ce sont les clubs de la fédération qui ont ce pouvoir.

Vous qui êtes à la tête de l'institution qui regroupe tout le sport olympique français, est-ce que vous avez envie qu'il reste ?

Au risque de vous décevoir, je n'ai pas la prétention de dicter quoi que ce soit. En plus, il y a un contexte qui est extrêmement sensible et on se doit aussi, parce que c'est une question essentielle, de se dire comment on fait pour que demain, avec la libération de la parole, qui est une excellente chose, on puisse éviter de se retrouver devant de telles situations : des gens qui sont de jeunes athlètes et qui, aujourd'hui, crient leur souffrance à la face du monde entier qui le découvre parce que tout ce qui pouvait se supposer n'a jamais été suivi d'effet par la moindre plainte. A l'époque où cela s'est passé, cela ne pouvait pas être fait de la même manière qu'aujourd'hui, où les mouvements MeeToo et les réseaux sociaux ont tout changé. Ce qui s'est passé il y avait 20 ans ne se produirait pas de la même manière aujourd'hui. On est tous d'accord là-dessus. Je souhaite que l'on puisse trouver quelque chose qui permette à la Fédération des sports de glace de retrouver à la fois de la qualité de l'image qu'elle peut avoir et de la performance dans ses résultats.

Les témoignages recueillis notamment la semaine dernière par le journal L'Equipe, dépassent le cadre du patinage. Est-ce que, selon vous, c'est le sport dans son ensemble qui est aujourd'hui interpellé, qui doit ouvrir les yeux sur des situations, qui doit réagir aussi et prendre des mesures ?

C'est pour moi la question la plus importante. Aujourd'hui, on peut dire que plus rien ne sera jamais comme avant. Il nous faut absolument disposer d'outils et de méthodes pour pouvoir contrôler, voire mettre hors d'état de nuire, des gens qui sont indignes de la fonction d'éducateur, d'entraîneur ou de dirigeant. Ce sera un devoir élémentaire pour rassurer les parents. J'ai vu aussi des clubs qui avaient déjà pris des initiatives en associant les parents dans les déplacements pour montrer les conditions dans lesquelles les jeunes étaient encadrés, accueillis, pour bien indiquer aux parents que toutes les précautions étaient prises afin qu'il y ait une prévention absolue par rapport à tout risque de violence. Et je pense que c'est à travers ces exemples-là, qu'il faudra généraliser à tous, que demain les valeurs sociales et éducatives du sport, auxquelles on est viscéralement attaché, pourront continuer d'être. Parce que ça serait quand même une vraie catastrophe que l'on puisse oublier que la quasi-totalité de celles et ceux qui encadrent sont dévoués à la jeunesse et que ce qui est l'action de quelques-uns et qui est absolument détestable ne doit pas ternir ce que la grande majorité fait.