Santé des jeunes rugbymen : le père de Nicolas Chauvin dénonce "le mensonge" de la fédération

Philippe Chauvin, le père de Nicolas, décédé à 18 ans en décembre 2018 des suites d'un plaquage, lance une pétition en ligne pour dénoncer l'immobilisme de la fédération concernant la protection des joueurs Espoirs.

Philippe Chauvin, le père d\'un jeune rugbyman du Stade Français décédé en 2018 suite à un plaquage lors d’un match en Gironde.
Philippe Chauvin, le père d'un jeune rugbyman du Stade Français décédé en 2018 suite à un plaquage lors d’un match en Gironde. (ARNAUD JOURNOIS / MAXPPP)

À un peu plus de deux mois de l'élection du futur patron du Rugby Français (le 3 octobre prochain), une pétition en ligne dénonce l'immobilisme de la Fédération française de rugby (FFR) concernant la sécurité des joueurs et particulièrement des jeunes. À l'origine de ce texte : Philippe Chauvin, le père de Nicolas Chauvin, le jeune troisième ligne Espoir du Stade-Français, décédé en décembre 2018 après avoir un subi un double placage lors d'un match en Gironde. En moins d'un an, ce ne sont pas moins de quatre jeunes rugbymen qui ont trouvé la mort sur les terrains.

Quand il se souvient des mots rassurants des autorités sportives après le décès de son fils, Philippe Chauvin est amer : "Si vous dites que vous allez faire quelque chose, avec beaucoup de médias autour de vous, et qu’à la fin vous ne faites rien, j’appelle ça un mensonge." Selon lui, les mesures prises depuis par le ministère des Sports et la FFR sont très insuffisantes. Pire encore, certaines promesses sont repoussées.

En Fédérale 1 (l'équivalent de la troisième division), par exemple, les Espoirs, seront encore la saison prochaine mélangés avec des joueurs de 22 et 23 ans, voire plus âgés encore. Pourtant, la Fédération s’était engagée dès la fin 2018 à restreindre ces catégories espoir. "Il faut mettre en perspective le gabarit d’un numéro 8 (troisième ligne centre) aguerri et entraîné face à des jeunes qui peuvent avoir 18 ans, comme mon fils par exemple, et qui, bien évidemment, n’ont pas tout le vécu et toute la qualité physique musculaire. La confrontation est un peu déséquilibrée", analyse Philippe Chauvin.

La FFR défend son bilan

La Fédération invoque la crise sanitaire pour expliquer le retard autour de cette mesure qui entrera finalement en vigueur au mois de septembre 2021, promet Didier Retière. Le directeur technique national (DTN) se félicite néanmoins d’avancées importantes chez les espoirs : "On a mis en place une liste d’attitudes pour évoluer avec le haut niveau espoir avec, par exemple, des examens physiques et des examens techniques : il faut qu’ils puissent maîtriser les attitudes sur le plaquage, les attitudes sur le ‘ruck’, les bonnes attitudes techniques. Cela protège autant le joueur que son adversaire parce que quand on ne respecte pas la règle et qu’on n’a pas les bonnes compétences techniques on peut se mettre en danger soi-même, ou mettre en danger l’adversaire."   

Des nouvelles règles d’accord mais seront-elles respectées ? Philippe Chauvin en doute : "Le plaquage au niveau de la tête est quelque chose de totalement interdit. Mais quand vous entendez que vous prenez neuf semaines de suspension alors que vous avez fracassé la mâchoire d’un joueur et que vous êtes un multirécidiviste, on est alors dans un entre soi et certainement pas dans la protection des joueurs." 

Si les règlements étaient appliqués ou avaient été appliqués mon fils ne serait pas mort.Philippe Chauvinà franceinfo

Philippe Chauvin demande également à la Fédération d’afficher dans chaque stade, vestiaire, club, l’article 9 du règlement qui stipule ceci : "Les joueurs ne doivent rien faire qui soit imprudent ou dangereux pour autrui."