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Le père d'un rugbyman mort il y a un an porte plainte pour "préserver les autres joueurs des dérives ultra-violentes qu'on peut voir sur certains terrains"

Le jeune rugbyman Nicolas Chauvin, espoir du Stade Français, est mort après un double plaquage ultra-violent en 2018. 

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Radio France
Publié Mis à jour
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Hommage rendu à Nicolas Chauvin avant un match de la Coupe d'Europe de rugby à XV, à Leicester, le 16 décembre 2018. (OLI SCARFF / AFP)

Quatre joueurs, amateurs ou professionnels, sont morts en France sur des terrains de rugby depuis un an, après des chocs. Parmi eux, Nicolas Chauvin, membre des Espoirs du Stade Français a été victime il y a un an d'un double plaquage ultra-violent pendant un match de rugby. Il en succombera quelques jours plus tard. Son père, Philippe Chauvin, a porté plainte le mois dernier pour homicide involontaire. Il affirme mercredi sur franceinfo vouloir ainsi "préserver les autres joueurs des dérives ultra-violentes qu'on peut voir sur certains terrains".

franceinfo : La justice a d'abord estimé que c'était un accident. Pourquoi cette plainte ?

Philippe Chauvin : Les résultats de l'enquête conduite par le procureur ont abouti à un classement sans suite, mais je n'ai aucune information sur le contenu de cette enquête. Je sais seulement qu'une double autopsie a été réalisée, qu'elle confirme que mon fils était en parfaite santé, qu'il est mort d'une fracture de la seconde vertèbre cervicale, ce qui est pour le moins étonnant sur un terrain de rugby. Il est donc normal qu'à ce stade, je m'interroge, et surtout, qu'après avoir visionné la vidéo de l'accident, je puisse poser des questions sur les conditions dans lesquelles cet accident est survenu. Il y a deux objectifs : le premier est de comprendre et d'établir des responsabilités. Si on n'arrive pas à jouer au rugby et à entrer sur un terrain en se disant qu'on est en sécurité, avec des personnes responsables et loyales, ça devient très dangereux. En établissant et en rappelant ces responsabilités, on peut amener les autres pratiquants à avoir un comportement respectueux, mesuré, maîtrisé, tout en ayant un engagement. L'objectif, c'est aussi de préserver les autres joueurs des dérives ultra-violentes qu'on peut voir sur certains terrains de rugby.

Qui est responsable selon vous ? 

A ce stade, je suis un père, un ancien pratiquant de rugby, et je vais raisonner simplement. Il y a un élément générateur, une collision entre trois joueurs, dont une partie de l'impact est sur la zone du cou et de la tête de mon fils. Quand je pose la plainte, c'est pour qu'on m'explique si ce qui s'est passé est régulier.

Faut-il judiciariser ce qui se passe sur les terrains de rugby ?

Quand je pratiquais le rugby, au dos de la licence, on avait un rappel au règlement. Il y avait un petit passage disant que s'il y avait des violences, on était justiciable, responsable pénalement de nos actes. Je pense que ça n'a pas disparu, et que le droit du sport ne remplace pas le droit national, les responsabilités individuelles, et doit amener chacun à mesurer ses comportements et à ne pas faire n'importe quoi. La professionnalisation a amené une athlétisation importante des pratiquants. Ils sont beaucoup plus performants, mais ils se neutralisent : les défenses neutralisent les attaques. Il faut se rendre à l'évidence : c'est peut-être plus simple d'aller défoncer un joueur pour le sortir du jeu, et c'était hélas une pratique assez courante à un moment donné dans certaines compétitions, notamment au niveau des numéros 10. Je pense qu'on est à un tournant de ce sport, qui est dans une phase de maturité dans sa professionnalisation. Il faut maintenant que les dirirgeants, les responsables, les instances, prennent leurs responsabilités, fassent des analyses à froid de ce qui s'est passé, et communiquent auprès des adhérents pour les rassurer sur les conditions de ces pratiques. Dans ma démarche, soit la justice dit qu'il n'y a rien, dans ce cas cela signifie que le rugby en sort par le bas, soit on me donne raison et on dit que des comportements qui peuvent être dangereux et déviants n'ont rien à faire sur un terrain de rugby, et on les sanctionne. Faisons bouger les choses au plus haut niveau, appliquons les règles et mettons en face des éléments dissuasifs, pour éviter que les fautes soient tentées. Quand les fautes conduisent au drame de mon fils, c'est irréparable, on ne peut plus revenir en arrière.  

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