"On n'a jamais rien vu" : de nouvelles accusations de violences sexuelles ébranlent le milieu du judo

Quelques temps après des premiers signalements de violences sexuelles imputés à un entraîneur de judo dans la région Nord-Pas-de-Calais, franceinfo révèle d'autres accusations. La fédération française de judo affirme n'avoir jamais rien soupçonné.

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Édité par Noémie Bonnin - Emma Sarango
Radio France
Publié Mis à jour
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Une personne pratiquant le judo sur un tatami (illustration). (FRANCK FIFE / AFP)

Après le patinage artistique et l’équitation, le judo est à son tour au cœur de dénonciations de violences sexuelles. Aujourd’hui, le ministère des Sports a reçu 33 dénonciations.

Une jeune femme a déjà raconté au journal Le Parisien avoir été victime il y a 10 ans de viol de la part de son entraîneur. Des faits qui, selon les informations de franceinfo, se sont déroulés dans le Nord-Pas-de-Calais (où évoluent 28 300 des 515 000 licenciés français). L’enseignant a été depuis mis en examen pour quatre viols présumés sur mineurs, remontant tous à la même période. Son avocat, contacté par franceinfo, n’a pas souhaité s’exprimer sur le fond de l'affaire.

Mais dans cette même région Nord-Pas-de-Calais, un ancien cadre national (aux multiples casquettes : ancien président du comité Nord, ancien président de la ligue Nord-Pas-de-Calais et ancien membre du comité directeur de la fédération, quatre dojos portent son nom dans la région) est lui aussi accusé de violences sexuelles.

Des enquêtes sur sept victimes potentielles

Cet homme, d'une soixantaine d'années, l'une de ses élèves, Nathalie* le qualifie de "gourou". Humiliations, colères soudaines, SMS rageurs... Elle assure avoir subi plusieurs années de violence psychologique. Mais il y a pire, confie-t-elle : "J'ai eu des témoignages de filles qui se sont faites harceler sexuellement, et plus que ça. C'était vraiment... L'une m'a dit une fois qu'il était rentré dans le vestiaire, lui avait mis son sexe dans la bouche et lui avait fait comprendre que si elle parlait, sa carrière serait finie." Quand on demande à Nathalie si elle est la seule à connaitre cette histoire, elle répond sans hésitation "non".

Des faits que cette Nordiste a signalé à la mi-novembre à la fédération française de judo et au ministère des Sports. Cet entraîneur (qui a été l'enseignant du cadre national mis en examen) a alors été suspendu de toute activité fédérale, mais seule la justice peut lui interdire d'enseigner. Par ailleurs, le 17 novembre, Jean-René Girardot, le vice-président de la fédération, a déposé un signalement devant le procureur de la République, avec constitution de partie civile, à la suite de nouvelles accusations. "On a eu deux jeunes femmes, qui ont déjà déposé plainte sur notre plateforme de signalement. Des actes qui ont eu lieu à partir de 1995", confie-t-il à franceinfo. Mais au total, les gendarmes enquêtent sur sept victimes potentielles, selon nos informations.

Nous avons appris également que cet homme avait été débarqué de la Ligue Nord-Pas-de-Calais en 2015, tout en continuant d'enseigner. Contacté par différents moyens, il n'a pas répondu aux sollicitations de franceinfo. De son côté, la fédération avance des arguments de mauvaise gestion financière et affirme n'avoir jamais été au courant des faits qui sont aujourd'hui reprochés. Ce cadre connaissait visiblement très bien l’actuel président de la fédération, Jean-Luc Rougé, au point de lui faire la bise quand il le croisait. Mais ce dernier assure également qu’il n’a jamais eu connaissance des faits avant les révélations très récentes.

"Jamais je n'ai pu imaginer un truc pareil"

Comment imaginer que personne n’ait jamais été au courant de ces allégations ? Question posée à ceux qui sont concernés par la première affaire, celle de cet autre enseignant nordiste, mis en examen fin septembre pour quatre viols présumés sur des mineures, au début des années 2010 et placé sous contrôle judiciaire. "Jamais, jamais, jamais, jamais, je n'ai pu imaginer un truc pareil", assure à franceinfo un président de club, qui embauchait cet enseignant depuis dix ans, à la frontière entre le Nord et le Pas-de-Calais. "On repense à toutes les heures de cours. On était sur le bord du tapis et où on le voyait, on se disait mais non, il n'y a jamais rien eu, on n'a jamais rien vu et il y avait toujours quelqu'un."

D'après les premiers éléments dans ces deux enquêtes, les faits se sont déroulés hors des dojos, lors de stages ou d'entraînements particuliers. Éric Fiolka est l'actuel et tout récent président du comité Nord de judo. Aujourd'hui, il souhaite libérer la parole des victimes, mais sans beaucoup d'espoir : "Le simple fait d'avoir l'étiquette de président de comité, c'est suspect", regrette-t-il. Parce que les victimes potentielles "rejettent complètement le milieu du judo, tout le milieu du judo, se méfient, ont peur que ça soit étouffé." Éric Fiolka a fait appel à l'association spécialisée Colosse aux pieds d'argile pour des premières interventions au sein des clubs du département.

*Le prénom a été changé

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