Roland-Garros 2021 : Nadal, Djokovic, Tsitsipas, et l'interrogation Federer... Les favoris à la loupe

À quelques heures du début de la quinzaine de Roland-Garros (30 mai - 13 juin), les stars indétrônables du circuit comme Nadal, Djokovic, Tsitsipas, Zverev, Thiem ou encore Federer font figure de favoris ou gros outsiders du tournoi parisien. 

Article rédigé par
Hugo Lauzy - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 9 min.
L'Espagnol Rafael Nadal fera une nouvelle fois partie des favoris indiscutables pour cette édition de Roland-Garros 2021. (THOMAS SAMSON / AFP)

Comme avant chaque tournoi du Grand Chelem, une short-list de favoris se dégage pour la victoire finale. Cette année, peu de changements dans les principales têtes d'affiche de Roland-Garros. Cinq des six premiers joueurs mondiaux à l'ATP sont propulsés grandissimes favoris, sans compter Roger Federer, de retour sur terre. Hasard du tirage, la partie haute a regroupé les plus anciens (Djokovic, Federer, Nadal), quand la partie basse a laissé les "jeunes" entre eux (Zverev, Thiem, Tsitsipas).

Nadal, la force de l'habitude

Il est celui que l'on place d'entrée de jeu en haut de la liste. Un de ceux qui a déjà marqué les livres d'histoire et qui n'en finit plus de noircir les pages de record sur terre battue. Un quatorzième sacre à Roland-Garros est ainsi plus qu'envisageable pour l'Espagnol de 34 ans. Après une première partie de saison mitigée au niveau des résultats pour un joueur de son standing (18 victoires, trois défaites), malgré deux titres sur terre battue à Barcelone face à Tsitsipas et à Rome contre Djokovic, Nadal et son moteur semblent une nouvelle fois rôdés pour tourner à plein régime sur les courts de la Porte d'Auteuil.

Pour sa seizième participation à Roland-Garros cette année pour 13 titres en 13 finales, le Majorquin débarque presque en terrain conquis. Lors de la dernière édition, il n’avait pas cédé le moindre set. Son bilan comptable sur la terre parisienne est de 100 victoires pour seulement deux défaites et un forfait depuis 2005.

Des statistiques hors norme, même si sa suprématie est de plus en plus contestée. Ces deux défaites sur terre battue cette saison en quarts face à Rublev à Monte-Carlo et Zverev à Madrid ont fendu son armure. Mais le format en cinq sets d’un tournoi du Grand Chelem reste le défi ultime pour l'affronter, qui plus est à Roland-Garros. Deux joueurs ont réussi à le faire chuter à Paris : le Suédois Robin Soderling en 2009 (huitièmes de finale) et Novak Djokovic en 2015 (quarts de finale).

Le Djoker en piste pour un deuxième sacre 

Depuis son unique titre à Roland-Garros en 2016, le Serbe de 34 ans court après une nouvelle victoire à Paris. Numéro 1 mondial, sa patience a des limites et encore plus sur terre battue. Pour la première fois depuis 2010, le Djoker va commencer la quinzaine avec un seul titre dans son porte-bagage, l’Open d’Australie remporté en février (il joue sa demi-finale à Belgrade vendredi 28 mai).

Sa forme n’est pas celle de ses grandes années en 2015 ou 2016, quand l’ouragan Djoko marchait sur tout le reste. Son irrégularité sur terre en est la preuve. Capable du pire avec une élimination en seizièmes de finale à Monte Carlo, du meilleur avec un match marathon remporté sur deux jours en demi-finale face à Tsitsipas et une finale où il s’incline en trois sets contre l’inoxydable Rafael Nadal à Rome...

Le Serbe se cherche donc toujours, lui qui a même décidé de (re)jouer une semaine avant Roland-Garros dans son tournoi à Belgrade. S’il a déjà atteint dix fois le dernier carré à Paris, le finaliste de 2020 n’arrive pas avec le même degré de confiance que les saisons précédentes. Un jeu approximatif, des sauts de concentration répétés à Rome ou à Belgrade cette semaine encore... Son moral est loin d’être au beau fixe, même s'il devrait bénéficier d'une mise en marche plutôt douce avant de croiser potentiellement Federer en quarts, et Nadal en demies.

Pour son entraîneur Goran Ivanisevic : "Nadal (tête de série numéro 3) est le favori et il n'y en a qu'un qui peut le battre selon moi : Novak." Il avait même espéré, avant le tirage du tableau, que les deux hommes s'affrontent avant la finale : "Novak performerait mieux, à mon avis, contre lui en demie. Et Rafa performerait mieux contre Novak en finale. C'est psychologique." Un souhait exaucé.

Tsitsipas, l'épouvantail par excellence

Imprévisible, nerveux et sans complexe… Difficile d’apprivoiser la bête de travail Stefanos Tsitsipas à l’heure de débuter un Grand Chelem. Malgré un talent immense et une palette de coups exceptionnelle, le géant Grec (1,93 m) de 22 ans a dû mal à franchir la dernière marche pour atteindre une première finale de Majeur. Mais sa capacité d’adaptation est très rapide puisque dès la saison dernière, il a accroché une demie à Roland-Garros et enchaîné sur une deuxième en Australie dès février.

Cette saison est donc celle de la confirmation avec deux titres, dont un à Monte Carlo en avril  après deux échecs en finale de Masters 1000 – et le tournoi 250 de Lyon la semaine dernière. Il a également disputé deux autres finales avec une défaite à Barcelone contre Nadal (près de trois heures de match) et une autre à Alcapulco sur dur. Le signe évident que le 5e joueur mondial et son clan rapproché ont fait le plein de confiance pour passer un cap sur terre. Autre signe du destin, le tirage lui a réservé une partie basse de tableau plutôt dégagée jusqu'en demi-finale avec Dominic Thiem ou Alexander Zverev sur sa route.

Disposé à battre les meilleurs en Masters 1000, son endurance et sa lucidité sur des matchs au meilleur des cinq sets peuvent encore poser question sur terre battue. Eliminé successivement après des combats en cinq manches par Stan Wawrinka en 2019 et Novak Djokovic en 2020 en demi-finale de Roland-Garros, Tsitsipas n’a pas encore trouvé les clés pour s’ouvrir les portes d’une finale d’un des quatre Majeurs. Mais à force de tourner autour, le Grec au statut d’épouvantail du circuit, pourrait s’en rapprocher plus vite que prévu, pour ce qui constitue déjà sa 15e participation à un tournoi du Grand Chelem. 

Zverev et la terre battue, je t'aime moi non plus...

Parmi les favoris de la quinzaine, la grande carcasse d’Alexander Zverev (1,98m, 90kg) est celle qui a vraisemblablement le plus de mal à se mouvoir sur un court en terre battue. Mais l’Allemand aime faire taire les critiques et les a priori ces derniers temps. Mal parti cette saison sur terre avec des défaites précoces à Monte Carlo ou encore Munich, il entretient une relation particulière avec cette surface.

Il y a trois semaines à Madrid, il a repris une nouvelle fois son costume de "terrien" après en s’offrant le tournoi et le scalp de Rafael Nadal en demi-finale. Un tournoi avec des conditions particulières en raison de l’altitude qui donne un rebond plus haut et des courts plus rapides par rapport à un tournoi "classique" comme Roland-Garros.

Classé 6e joueur mondial à l’ATP, ses références sur terre sont moins marquantes que celles des autres grands favoris. Quart de finaliste à deux reprises en 2018 et 2019, il n’a pas pu faire mieux qu’un huitième de finale l’an dernier, éliminé par l’Italien Jannik Sinner. Pourtant et c'est un paradoxe, il s'agit de la surface sur laquelle il s’exprime le mieux en Masters 1000 avec trois tournois remportés sur quatre, dont deux à Madrid (2018, 2021) et un à Rome dès 2017.

Arrivé comme une flèche sur le circuit professionnel dès 2016, la machine allemande est très vite allée squatter le Top 10 mondial. Ses présences répétées en deuxième semaine de Majeurs démontrent une régularité depuis l’US Open 2019, avec en point d'orgue une finale perdue en cinq sets l'an dernier à New-York contre Dominic Thiem. Alors méfiance… Cette année, il pourrait d'ailleurs retrouver l'Autrichien en quarts avant de voir l'obstacle Tsitsipas en face.  

Thiem, difficile retour sur terre

Lassé psychologiquement après avoir (enfin) obtenu son premier titre du Grand Chelem à New-York lors du dernier US Open, Dominic Thiem est passé par tous les états ces derniers mois. Un blues qui l’a déjà amené à sortir dès les quarts de finale en octobre dernier à Paris, contre l’Argentin Diego Schwartzman.

Cette saison est pour le moment à l’image de sa fin d’année 2020 avec des performances en dents de scie pour le protégé du Chilien Nicolas Massu. Après avoir démarré en Australie par un timide huitième de finale, l’Autrichien a eu du mal à se motiver. Ses débuts sur terre - après deux mois d’interruption sur le circuit - ont été encourageants du côté de Madrid, éliminé en demie par son ami Alexander Zverev, mais plus inquiétants à Rome avec une élimination dès les huitièmes.

Une montée en puissance qui n’a pas eu les effets escomptés avant Roland-Garros, où le joueur de 27 ans a désormais ses habitudes avec quatre apparitions dans le dernier carré depuis 2016 pour deux finales perdues face à l’intouchable Nadal en 2018 et 2019. La semaine dernière à Lyon, son niveau de jeu l'a même personnellement inquiété après son revers sans appel au deuxième tour face au Britannique Cameron Norrie, 49e mondial.

"Ce n’est pas bon pour la confiance. Pour être honnête, j’espérais en fait jouer du bon tennis, maintenant que j’ai retrouvé le rythme de la compétition. Je ne sais pas quoi dire ou penser. J’essaie toujours de trouver la bonne manière de jouer", a-t-il déclaré dans la foulée en conférence de presse. De quoi s’interroger sur sa réelle capacité à réaliser un gros coup cette année, lui qui est pourtant reconnu comme spécialiste de l’ocre, mais présent dans la partie de tableau de Zverev et Tsitsipas.

Docteur Roger, Mister Federer

Il est sans doute la plus grande inconnue de cette édition 2021. Impossible d’avoir de véritables repères sur les deux dernières saisons du Suisse, marquées par deux opérations au genou. Il n’a joué que neuf matches en un an et demi (six en 2020 et trois en 2021). Cette année, son apparition à Genève a été la seule sur terre avant Roland-Garros, pour une défaite d'entrée. Actuellement 8e joueur mondial, il doit grandement sa place au gel des classements du Top 100, décrété par l’ATP dès mars 2020 en raison de la pandémie du Covid-19. Sans cela, il végéterait au-delà de la 300e place mondiale, rien que ça.

À 39 ans, la légende de Roger Federer n’est plus à faire avec ses 20 titres du Grand Chelem (20 pour Nadal, 18 pour Djokovic), mais pour cette édition le flou reste total sur son état physique. ll part de très (trop ?) loin par rapport aux autres prétendants sur une surface aussi exigeante. Forfait à trois reprises lors des cinq dernières éditions, il faut néanmoins toujours s’attendre à des coups d’éclat sortis de sa raquette, comme sa place dans le dernier carré face à Nadal en 2019. 

Dans une position d’outsider, le Suisse espère au moins atteindre la deuxième semaine avant d’attaquer une partie de tableau qui pourrait s’avérer rapidement corsée s’il venait à croiser Rafael Nadal et Novak Djokovic. L’année de son seul titre remportée en 2009 correspond étrangement à celle d’un premier déclin en matière de résultats. Mais onze ans après, la donne a bien changé pour son 19e Roland-Garros, où le Bâlois a atteint au moins huit fois le dernier carré pour quatre finales et un titre. Son pic de forme est prévu pour Wimbledon, Roland-Garros sera donc un tour de chauffe où toute victoire ne sera que du bonus.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Roger Federer

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.