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Nick Kyrgios, l’Australien qui décoiffe le tennis mondial

Il est l'une des stars de l'Open d'Australie de tennis, à Sydney, qui débute dimanche. Ce joueur très spectaculaire, aux cheveux coiffés en crête, pousse régulièrement des coups de gueule et affiche un look de footballeur.

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France Télévisions
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Le tennisman australien Nick Kyrgios lors du premier tour de l'US Open, contre le Britannique Andy Murray, le 1er septembre 2015, à New York. (CLIVE BRUNSKILL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Vous ne pourrez pas le rater. Sur les courts bleus de l'Open d'Australie, qui démarre dimanche 17 janvier, son marcel rose et ses manchons jaune fluo vous éclateront au visage. Comme son talent, immense, et sa crête façon Iroquois bâtie à grand renfort de gel, qui détonne dans le milieu feutré et bien peigné du tennis. Faites la connaissance de Nick Kyrgios, l'enfant terrible de la petite balle jaune.

"Nick était joufflu"

Sur son passeport, Nick Kyrgios est Australien, mais son parcours personnel relève de la mondialisation. Son père est grec, sa mère malaisienne, apparentée à la famille royale, au point d'avoir abandonné un titre de princesse faute d'être restée au pays. Chez les Kyrgios (dites "Kyrios", le "g" est muet), on encourage les enfants à faire du tennis. Jusqu'à son adolescence, Nick est pourtant un garçon rondouillard. La faute aux quantités industrielles de moussaka ou de bœuf sauté posées sur la table familiale. "Nick était joufflu. Gros, lent. Rapidement fatigué, se souvient son frère Christos, dans l'édition australienne de Men's Health (en anglais). D'après la légende, son formidable retour de service viendrait du fait qu'il n'aimait pas courir sur le court. "Ses coaches lui disaient qu'il n'allait jamais percer, poursuit Christos. Certains ont dit aux managers qui l'ont fait signer que c'était une mauvaise idée."

Même si son pourcentage de masse grasse est tombé à 11% (pour un cycliste squelettique comme Chris Froome, c'est autour de 5%, pour vous et moi, autour de 20%), un des péchés mignons de Nick Kyrgios demeure la nourriture. Après son épopée à Wimbledon, en 2014, Sports Illustrated (en anglais) lui demande son meilleur souvenir de sa semaine sur les pelouses du All England Club. "Pouvoir aller au Chipotle [une chaîne de fast-food mexicaine, propriété de McDonald's] tous les soirs !" Même pas serrer la main du numéro 1 mondial sur le court central ? "Non, Chipotle !"

Le tennis, plus un gagne-pain qu'une passion

C'est en 2014 que le talent de Nick Kyrgios a explosé à la face du monde. Car derrière le look de footballeur, le gamin est doué, raquette en main. Ce qui constitue presque un regret pour lui. "On ne peut pas dire que j'aime le tennis, non, a-t-il confié à The Independent (en anglais). A 14 ans, j'étais dingue de basket, mais mes parents m'ont poussé à poursuivre le tennis."

En vacances, il explique supprimer l'appli de l'ATP de son smartphone, et jette à peine un œil sur la concurrence. "C'est plus un job, en fait", confirme-t-il au Daily Beast (en anglais). En revanche, il ne rate jamais un match des basketteurs du Celtics de Boston, son équipe de cœur. Seule exception, son modèle, le Suisse Roger Federer. "J'allais sur YouTube et je le regardais, confie-t-il au Rakyat Post (en anglais). Je pense qu'il est le meilleur de tous les temps. C'est mon seul et unique modèle. Un exemple sur le court, et en dehors aussi." 

"Kokkinakis a sauté ta copine !"

Si Federer a remporté sept fois le trophée du joueur le plus fair-play du circuit, on peut affirmer sans trop de doute que Nick Kyrgios ne le rattrapera jamais à ce palmarès. Le bouillant australien cumule avertissements, amendes et pénalités. Prenez le tournoi de Shanghai (Chine) à l'automne dernier. En entrant sur le court, il parle de "surface de merde". Et se prend un avertissement. Toujours au premier tour, il insulte son adversaire. Rebelote. Et au second tour, il écope d'un nouvel avertissement pour avoir frappé une balle en visant le juge de ligne. Un juge de ligne qu'il avait traité de "sale racaille" quelques mois plus tôt. Défense de Kyrgios, furieux : "La balle n'est pas passé si près que ça !"

C'est de genre de répartie qui lui a valu une célébrité mondiale, en août dernier, lors du tournoi de Montréal. Opposé au Suisse Stanislas Wawrinka, tout frais vainqueur de Roland-Garros, il crie, de façon à ce que tout le monde entende : "Kokkinakis [un autre joueur australien] a sauté ta copine !"

Wawrinka, qui sort d'une séparation houleuse avec sa femme, abandonne le match peu après, sur blessure. La phrase de Kyrgios, qui n'a pas échappé aux télévisions, ni aux spectateurs, lui vaut une amende de 25 000 dollars de l'ATP. Record du genre. Devant la presse, Kyrgios affirme s'être excusé dans les vestiaires. C'est faux. Il le fera, des semaines après, par e-mail. Wawrinka publie quelques tweets assassins en guise de règlement de comptes : "Je ne ferais pas ça à mon pire ennemi." 

Kyrgios, lui, explique "ne jamais s'être senti gêné par cette affaire." Et quand The Observer (en anglais) lui demande si Wawrinka a accepté ses excuses, il répond, sans fard : "Ce n'est plus mon problème."

L'homme qui bouscule le tennis... et l'Australie

Vous avez dit bad boy ? "Je ne suis pas un bad boy, se défend l'Australien. Je montre mes émotions, c'est tout." En haut lieu, il gêne l'ATP, qui a marketé le tennis comme un sport de gentlemen, où les mamans peuvent inscrire leurs enfants les yeux fermés. "On n'est pas habitués à ce genre de propos dans le tennis. Je sais que c'est plutôt habituel et presque normal dans certains sports, mais pas dans le nôtre", tance Federer, professoral, dans La Tribune de Genève

Son attitude fait aussi débat en Australie. Après une défaite à Wimbledon, où on l'accuse d'avoir laissé filer le match, la quadruple championne olympique de natation Dawn Fraser demande, face caméra, à ce qu'on le "renvoie dans le pays de ses parents". Réponse de Kyrgios, sur sa page Facebook : "Je jette mes raquettes, je suis un sale gosse. Je conteste l'arbitrage, je suis irrespectueux. Je m'énerve pendant les matchs, je suis un enfant gâté. Je montre mes émotions, je suis arrogant. Et la raciste décomplexée ? [Elle est] toujours une légende australienne." Fraser revient sur ses propos. Le mal est fait.

"Il fait du bien au tennis"

Il ne faut pas grand-chose pour que Kyrgios se retrouve jusqu'au cou dans les ennuis. Quand il explique en interview avoir perdu le premier set de son 16e de finale de l'US Open... parce qu'il avait écouté le dernier album du rappeur Drake dans les vestiaires. "Ça m'a rendu tout mou. Ça ne marche vraiment pas sur moi !" Le site Stereogum est allé rapporter ses propos au rappeur canadien, qui n'a pas apprécié : "Je veux rencontrer le mec qui a dit qu'il a perdu à cause de ma musique. Je vais le regarder dans les yeux, le toiser et en faire de la bouillie." Kyrgios a éteint l'incendie avec un tweet contrit, où il explique qu'il "aime la musique de Drake".

Dans le circuit, il compte beaucoup de soutiens. "Il fait du bien au tennis", estime la joueuse canadienne Eugénie Bouchard sur ESPN. Sa spontanéité tranche dans un sport perçu comme aseptisé. Pour sa première sélection en Coupe Davis, il loupe le bus à cause d'une panne de réveil. Quand il juge que le Britannique Andy Murray met trop de temps à changer de côté, il fait semblant de faire la sieste. Quand il voit des spectateurs quitter le court lors d'un match qui s'éternise, il les rabroue : "Vous allez où, là ?" Et quand la jolie Victoria Azarenka, ex-n°1 mondiale, loue les qualités de son service dans un tweet, il lui propose illico des "leçons privées". 

John McEnroe, habitué des coups de gueule en son temps, a pris position pour réduire le nombre de micros au bord du court, estimant que les joueurs doivent pouvoir s'exprimer, le tennis étant "l'un des sports les plus frustrants, derrière peut-être le golf." "Kyrgios, c'est un amuseur de vaudeville, a ajouté l'Américain dans le Sydney Morning Herald. Après une première année extraordinaire, marquée par l'élimination de Rafael Nadal à Wimbledon –alors que sa mère avait publiquement pronostiqué sa défaite– Kyrgios a plafonné lors de sa seconde saison." Mais il ne faut pas qu'on se souvienne de lui uniquement comme d'un clown." Ni comme du nouveau André Agassi, comme le claironne l'équipementier Nike. Même si la comparaison avec l'Américain à la perruque qui jouait en jean dans un sport qu'il détestait est encore très flatteuse pour l'Australien, qui attend toujours de remporter un grand tournoi. 

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