Tour de France : faut-il douter de la performance de Chris Froome à la Pierre Saint-Martin ?

Le démarrage explosif du coureur de l'équipe Sky, mardi lors de la 10e étape, a scotché ses adversaires et bon nombre d'observateurs. 

Le coureur britannique Christopher Froome lors de la 10e étape du Tour de France entre Tarbes et La Pierre Saint-Martin, le 14 juillet 2015.
Le coureur britannique Christopher Froome lors de la 10e étape du Tour de France entre Tarbes et La Pierre Saint-Martin, le 14 juillet 2015. (BRYN LENNON / GETTY IMAGES)

"Clairement, l'équipe Sky et Chris Froome sont très forts. Trop forts ? Ne me demandez pas, je n'en ai aucune idée", a lâché Lance Armstrong sur Twitter. Le coureur américain, qui a gagné sept Tours de France avant d'être déchu de son palmarès pour dopage, a tenu à réagir, mardi 14 juillet à la performance stratosphérique du maillot jaune, qui a relégué tous ses adversaires au classement général à près de trois minutes.

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Faut-il crier au loup, comme beaucoup d'observateurs échaudés par les performances surnaturelles sur les routes de la Grande Boucle ? Ou faut-il passer pour un naïf en rappelant la présomption d'innocence ? Francetv info vous donne les clés pour vous faire votre propre opinion. 

La performance de Chris Froome est-elle surnaturelle ?

Non. Pour mesurer la performance d'un coureur sur un col, on dispose de deux éléments. Tout d'abord, le chronomètre. Problème : cette arrivée à la Pierre Saint-Martin était inédite, donc impossible à comparer avec des temps de référence. Ensuite vient le rapport poids-puissance, mesuré en watts. Le site SportScientists (en anglais) a sorti sa calculette et établi que le coureur britannique avait grimpé les 15 km d'ascension autour de 6,1 W/kg, sachant qu'il a porté son attaque dans la deuxième partie de l'ascension. C'est une performance de haut niveau, mais inférieure à celle d'un Marco Pantani, qui a développé 6,98 W/kg lorsqu'il a battu le record de la montée de l'Alpe d'Huez en 1998. A titre de comparaison, le Français Thomas Voeckler, dans la forme de sa vie, a grimpé Luz-Ardiden en développant 5,89 W/kg, sur le Tour 2011, qu'il a terminé à la 4e place. 

"Cela ne prouve pas le dopage", écrit Ross Tucker, l'analyste sud-africain en charge du site. Fred Grappe, le directeur de la performance de l'équipe française FDJ, dont le leader Thibaut Pinot a fait une croix sur le classement général, acquiesce. 

La configuration de l'étape fausse-t-elle l'analyse ?

Oui. Il ne faut pas oublier que l'étape d'hier n'était pas une étape de montagne 100% pur jus. Le peloton a d'abord folâtré 140 km dans les plaines pyrénéennes, avant de conclure par 20 km d'ascension. Une configuration plus proche d'une course de côte qu'une véritable étape de montagne. On peut ainsi remarquer qu'un coureur comme Tony Gallopin, bon sur la route et moins attendu en montagne, a perdu moins de temps sur Chris Froome qu'Alberto Contador ou Vincenzo Nibali, réputés spécialistes dès que la pente s'incline. On verra s'il en est toujours ainsi lors des deux étapes pyrénéennes, mercredi et jeudi, autrement plus dures.

Lance Armstrong, sur Twitter, apporte un point de vue intéressant sur l'étape du 14 juillet : "La première étape de montagne est toujours imprévisible. Et l'étape qui suit le jour de repos aussi. Combinez les deux, et c'est le flou multiplié par 10."

Et le démarrage de Chris Froome, c'est 100% à l'eau claire ?

Impossible à dire. C'est l'image forte de cette 10e étape. Sur les pentes du col de Soudet, Chris Froome démarre brutalement et laisse sur place tous ses rivaux, qui ne le reverront jamais.

Il avait déjà fait le coup dans le Ventoux en 2013. Et déjà, à l'époque, son préparateur physique Tim Kerrison, un ancien de l'équipe de natation australienne, avait répondu aux sceptiques dans le Guardian : "La façon dont Chris a grimpé le col reproduit exactement le schéma travaillé à l'entraînement. Notre préparation, c'est bien plus que de faire des sprints à une certaine vitesse pendant un temps donné. C'est aussi de savoir changer de rythme, de passer de 350 à 650 watts en quelques secondes et faire le trou avec le coureur qui essaye de suivre. Ensuite, on revient à 350 watts."

La vidéo des données de performances de Chris Froome lors de cette ascension, qui a fuité ces derniers jours, est édifiante à ce sujet. A la 28e minute : on le voit développer une puissance allant jusqu'à 1 000 watts, sans que son rythme cardiaque ne s'élève. Alberto Contador et Nairo Quintana n'arrivent pas à suivre. Et l'observateur est en droit d'être incrédule. 

Froome va-t-il plus vite qu'Armstrong ou Pantani en montagne ?

Presque. Si l'on se fie au chrono et à la mesure de sa puissance, le coureur britannique ne bat pas les coureurs de l'âge d'or de l'EPO sur toutes les ascensions. Mais il a battu Lance Armstrong lors de cette fameuse montée du Ventoux en 2013. Cette année-là, l'ancien préparateur de l'équipe Festina, Antoine Vayer, faisait remarquer dans Le Monde que Chris Froome avait développé plus de W/kg sur l'ensemble du Tour que Lance Armstrong en 1999. Deux nuances toutefois : le parcours et l'opposition étaient différentes.

La préparation de l'équipe Sky est-elle 100% clean ?

On n'en sait rien. L'équipe britannique, réputée pour ses "gains marginaux", demeure entourée d'un halo de mystère, car la transparence promise lors de son arrivée dans le peloton en 2009, n'a jamais été instaurée. Quelques astuces sont connues : transporter d'étape en étape des matelas spécifiques pour que les coureurs dorment mieux, ou bannir le Nutella du buffet du petit-déjeuner.

Cette année, la polémique se concentre autour des trois motor-homes de l'équipe, estimés à 500 000 euros pièce. Officiellement, ils servent à loger le staff et à transporter le matériel. Le règlement du Tour interdit aux coureurs d'y dormir, mais certains, comme l'ancien directeur sportif Cyrille Guimard sur RMC, soupçonnent la présence de caissons hypoxiques, qui permettent de recréer, dans une pièce, les conditions de l'altitude, et ainsi booster le volume de globules rouges dans le sang. Le même effet que l'EPO, mais 100% légal

La polémique avait déjà éclaté sur le Tour d'Italie : le leader de l'équipe, Richie Porte, dormait dans le motor-home et pas à l'hôtel, ce qui avait aiguisé les soupçons. Le manager de l'équipe, Dave Brailsford, avait fait visiter le bus aux journalistes, qui avaient dû nettoyer leurs mains au gel hydroalcoolique. Ces derniers n'avaient rien trouvé de suspect.