Roland-Garros 2021 : "Le volcan émotionnel a explosé", estime le préparateur mental Fabrice Allouche à propos de Naomi Osaka

Fabrice Allouche, coach mental auprès d'athlètes de haut niveau, a analysé le choix de la joueuse japonaise de se retirer du tournoi.

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La joueuse de tennis Naomi Osaka, lors du tournoi de Miami, le 29 mars 2021.  (MARK BROWN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Dans un message diffusé, lundi 31 mai, sur les réseaux sociaux, la numéro 2 mondiale Naomi Osaka a annoncé qu'elle mettait fin à son aventure à Roland-Garros. La veille, la Japonaise avait appris qu'elle devrait s'acquitter d'une amende de 15 000 dollars pour son refus de participer aux conférences de presse. Dans son message, la joueuse évoque "de longues périodes de dépression depuis l'US Open 2018"

Le préparateur mental Fabrice Allouche a analysé pour franceinfo: sport le retrait de Naomi Osaka et le poids de la charge mentale sur les athlètes.

Franceinfo: sport : Que pensez-vous du retrait de Naomi Osaka ? 

Fabrice Allouche : C'est un coup de tête, selon moi. Elle est encore jeune. Avec une telle pression sur les épaules, ce n'est pas une décision réfléchie. Naomi Osaka est quelqu'un d'introvertie. Il y a eu une flambée d'émotions vécues en elle et le volcan émotionnel a explosé. Aujourd'hui, elle a surtout besoin de repos et de faire le vide dans sa tête pour se reconstruire, car elle n'a fait qu'enchaîner les tournois depuis qu'elle est petite. C'est un stop pour mieux rebondir derrière. Elle est une joueuse talentueuse, partie pour le top mondial. Il y a beaucoup trop de paramètres qui entrent en jeu, aussi bien le côté financier, que tous les sacrifices faits depuis l'enfance pour atteindre un tel niveau.

Comment expliquez-vous l'état mental dans lequel se trouve la Japonaise ?

Elle a été propulsée sur le devant de la scène du jour au lendemain. Il n'y a pas tout le monde qui peut gérer une "starification" si soudaine. Il y a aussi plein d'autres paramètres qui peuvent jouer, comme l'entourage. Son problème peut trouver son origine dans une préparation qui a eu lieu dans sa jeunesse. Son entourage avait-il déterminé quelque chose de précis au niveau des objectifs à accomplir ? Ces derniers étaient-ils réellement réalisables, tout en prenant en compte son état mental ? Des dates butoirs ont-elles été fixées ?

Le mental est déterminant pour un athlète et son encadrement a une grosse part de responsabilité à ce niveau-là. Surtout, on ne sait pas tout d'un athlète. La preuve, elle a révélé connaître de longs épisodes dépressifs depuis 2018. Le stress, le burn out et la pression mentale existent aussi chez les athlètes de haut niveau. Ce n'est pas parce que tu es un sportif que tu ne peux pas dérailler. Chaque être humain est fort et faible à la fois, les athlètes peut-être davantage encore. Les bases sont l'estime de soi, l'émotion et l'énergie. Cela amène à la motivation, puis à la confiance et à la concentration. Enfin, arrive la capacité à communiquer avec autrui."

Elle se définit elle-même comme une personne "introvertie" et loin d'être "une oratrice douée en public"...

Aujourd'hui, un athlète doit être préparé aussi bien sur le plan sportif que sur celui de la communication. Il y a le côté technique, la préparation physique, et la capacité à savoir communiquer. Certaines personnes ont une manière naturelle de prendre la parole. Au contraire, il y a des caractères qui sont davantage dans l'introspection. C'est le cas de Naomi. Elle n'a peut être pas eu le travail de gestion des émotions et de capacité à communiquer. Mais les athlètes n'ont pas le choix de communiquer. Il y a des fans qui payent pour assister à des compétitions. En échange, ils espèrent pouvoir entendre leurs idoles s'exprimer. La communication consiste aussi à faire plaisir à ses fans.

Quelles solutions peuvent être mises en place pour éviter d'en arriver à de telles situations ? 

Chacun doit se remettre en question, aussi bien la joueuse et son entourage, que les journalistes et organisateurs. L'athlète doit comprendre que gérer son mental et prendre la parole devant les journalistes font partie intégrante de son métier. Pour cela, il doit travailler sur sa gestion émotionnelle et sa préparation mentale. De leur côté, les journalistes doivent faire preuve de bienveillance. Lorsqu'ils interrogent un athlète sous pression juste avant le début d'une compétition ou à l'issue d'une défaite, il faut qu'ils sachent mettre le ton et utiliser les bons mots. Chaque personne a ses problèmes et les athlètes ne sont pas des robots.

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