Stratégie, concentration, préparation physique... Pourquoi les échecs sont-ils considérés comme un sport ?

La journée mondiale du jeu d'échecs est célébrée le 20 juillet, en pleine Coupe du monde d'échecs (10 juillet-8 août).

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France Télévisions
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Maxime Vachier-Lagrave lors d'une partie à Stavanger (Norvège), le 28 mai 2018. (CARINA JOHANSEN / NTB / AFP)

Ils sont officiellement reconnus comme un sport par le Comité international olympique (CIO) et le ministère des Sports, pourtant les échecs restent souvent considérés comme un simple jeu de société. Mais bien qu'ils passent des heures assis sur une chaise, les meilleurs joueurs d'échecs estiment être des sportifs de haut niveau, qui se soumettent à une préparation mentale et physique indispensable. Explications.

D'après un dernier recensement en 2020, la Fédération française des échecs (FFE) comptait plus de 50 000 licenciés, soit presque autant que l'escrime ou la boxe et plus que l'aviron ou les sports de glace. Une popularité rendue possible par près de 900 clubs dans l'Hexagone."On est structurés comme les autres fédérations sportives, avec des championnats interclubs, à des niveaux départementaux, régionaux et nationaux. On a un très bon maillage territorial avec des comités et des ligues", explique Eloi Relange, le président de la Fédération. 

La FFE est agréée auprès du ministère des Sports, ce qui lui donne le droit d'organiser des compétitions et d'accéder aux subventions versées par l'Agence nationale du sport. L'année dernière, elle a reçu 370 000 euros. "Je pense qu'on entre parfaitement dans la définition du sport par le côté universel des échecs. C'est un sport extrêmement inclusif, qui transmet beaucoup de vertus pour un public qui ne s'épanouit pas toujours dans des sports traditionnels", justifie Eloi Relange.

Une préparation physique indispensable pour rester concentré

Grand maître international, le titre le plus prestigieux pour un joueur d'échec, Sébastien Mazé se considère pleinement comme un sportif : "Oui, les échecs sont un sport. Cérébral certes, parce que le corps ne bouge pas, mais si on est en mauvaise condition physique, on ne peut pas rester concentré 6 heures sur une chaise. Si on ne se porte pas bien, le cerveau ne peut pas tenir un tournoi de 10 jours avec 6 heures d'échecs par jour. Il ne répondra plus". L'activité physique fait alors pleinement partie de sa préparation avant un tournoi. Il pratique notamment le tennis en compétition : "Ça me permet de travailler la concentration et le fait de rester calme, et inversement, les échecs me servent beaucoup pour le tennis".

Selon Maxime Vachier-Lagrave, le numéro 2 français et numéro 2 mondial en 2016, la préparation d'avant-tournoi s'apparente à la préparation de sportif de haut niveau : "Je pratique la course à pied et j'ai un coach sportif que je vois trois fois par semaine à la salle de sport, hors tournoi, pour travailler le cardio et le renforcement musculaire. J'ai aussi 3-4 entraîneurs pour les échecs, un manager et une préparatrice mentale. Je joue 2 à 3 heures par jour quand je suis seul, et jusqu'à 6 heures avec mes entraîneurs. L'objectif c'est de faire la différence sur plein de petits détails".

"Le défaut de concentration est notre pire ennemi car il peut venir gâcher le travail effectué durant les quatre heures précédentes."

Maxime Vachier-Lagrave

à franceinfo: sport

Aujourd'hui 15e joueur mondial, le grand maître veut mettre toutes les chances de son côté pour retrouver le top 5 : "Les débuts de parties sont catalogués dans des bases de données, et il faut beaucoup d'investissement pour trouver de nouvelles idées qui pourraient poser des problèmes à mes adversaires".

Le stress, accélérateur du rythme cardiaque

En 2009, le neurobiologiste américain Robert Sapolsky a démontré qu'un joueur professionnel pouvait brûler jusqu'à 6000 calories en une seule journée de tournoi, soit trois fois ce qu'une personne ordinaire dépense en une journée. Et toujours pour prouver qu'une partie d'échecs induit une débauche d'énergie, en 2018, le grand maître Mikhail Antipov a accepté de se faire poser un capteur durant une partie. Les scientifiques ont alors observé que le Russe avait dépensé 560 calories en deux heures, soit l'équivalent d'environ une heure de course à pied à un rythme modéré. 

Sébastien Mazé s'est lui aussi plié à ce genre de tests : "Un tournoi à Gibraltar proposait aux joueurs de se faire poser un capteur pour étudier leur rythme cardiaque. Moi j'ai gardé un rythme raisonnable, mais dans les moments compliqués, mon adversaire était monté à 190 battements par minute". Ces pertes de calories ou cette accélération du rythme cardiaque sont provoquées par le stress intense qui touche les joueurs d'échecs quand la partie se corse : "D'ailleurs, dans d'autres sports, quand le match est serré, on entend souvent les commentateurs dire que la rencontre devient une partie d'échecs", note le grand maître.

Des revenus confortables 

Maxime Vachier-Lagrave dispute actuellement la Coupe du monde d'échecs, à Sotchi (Russie), l'un des rares tournois à élimination directe. Le vainqueur empochera près de 100 000 dollars. Et si le gratin des échecs mondiaux joue à titre personnel, d'autres joueurs professionnels, dont les gains en tournois sont moins importants, représentent des clubs dans lesquels ils sont licenciés, dans plusieurs pays. "Chaque club nous paie pour le représenter en championnat, c'est une rémunération sûre, qui ne dépend pas du résultat. Et dans les tournois, les prix sont plus élevés mais il y a l'incertitude du résultat. Dans les grandes épreuves, les prix se situent entre 10 000 et 50 000€, et dans les tournois de seconde zone, c'est entre 2000 et 10 000€", explique Sébastien Mazé. 

La lutte antidopage s'étend aussi aux échecs 

Alors qu'ils demandent une concentration inébranlable, les échecs pourraient-ils connaître des scandales de dopage ? "Il y a certainement des produits qui aident à la performance, mais il y a parfois des contrôles anti-dopage et je n'ai jamais entendu parler d'un test positif. J'ai personnellement été testé une quinzaine de fois en quinze ans, donc ça reste peu par rapport à d'autres sports", témoigne Maxime Vachier-Lagrave.

En revanche, le jeu doit faire face à plusieurs cas de tricherie électronique. En 2019 par exemple, le Français Sébastien Feller et deux de ses complices ont été condamnés à six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Ils avaient mis en place, en 2010, un système dans lequel un joueur resté en France regardait les parties en direct, simulait des coups et les envoyait par SMS au capitaine de l'équipe de France. Ce dernier se positionnait d'une certaine façon dans la salle pour indiquer à Feller quels coups jouer.

La lutte contre la tricherie électronique est devenue un objectif essentiel pour la fédération internationale : "À Sotchi, on n'a pas le droit d'avoir nos montres ou nos stylos pendant la partie par exemple. Les logiciels sont plus forts que l'homme désormais et il faut détecter et lutter contre toutes sortes d'appareils qui permettraient de transmettre des signaux", explique Maxime Vachier-Lagrave.

"MVL" n'est pas le seul Français engagé à Sotchi. Parmi les autres Tricolores, le tout jeune Alireza Firouzja, âgé de 18 ans, participe aussi à la Coupe du monde. Iranien d'origine, il a quitté son pays natal, où il lui était interdit de jouer contre des Américains ou des Israéliens, et a récemment obtenu la nationalité française. Douzième joueur mondial, il a donc délogé Maxime Vachier-Lagrave de sa place de numéro 1 français, mais promet un bel avenir aux échecs tricolores. 

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