Top 14 : Stade Français-Racing, le plus vieux derby pour une rivalité récente

Le Racing et le Stade Français se retrouvent samedi (à 18h15) pour la 1re journée de Top 14. Au fil des événements récents, une vraie rivalité est née entre ces deux clubs.

Article rédigé par
Elio Bono - franceinfo: sport
France Télévisions
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Temps de lecture : 5 min.
Le centre du Racing 92 Gaël Fickou en train d'aplatir un essai lors du dernier derby francilien, le 11 juin 2021 à la Paris La Défense Arena de Nanterre. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Dix-neuf mois qu’ils attendaient ça. Ce week-end, les supporters du Stade Français vont enfin retrouver les tribunes du stade Jean-Bouin sans jauge restrictive. Et à vrai dire, ils ne pouvaient pas rêver meilleure opposition, puisque le calendrier leur a réservé un derby face au Racing 92 dès la première journée de Top 14, samedi 4 septembre à 18h15.

Ils ont été les deux premiers clubs de rugby créés en France. Affiche de la première finale de l’histoire du championnat de France en 1892, l'opposition entre Stade Français et Racing n’a pourtant pas toujours été un classique du rugby hexagonal. Malgré huit boucliers de Brennus soulevés entre 1893 et 1908, les Stadistes ont longtemps navigué dans les divisions inférieures, avant de retrouver les sommets à la fin des années 1990. Au même moment, le Racing, alors cinq fois champion de France, perdait de sa superbe et tombait en deuxième division, tant et si bien que le premier derby de l'ère professionnelle ne s'est disputé qu'en 2009.

Une rivalité présente, mais longtemps endormie

"Cette rivalité reste intemporelle et permanente. Elle existe depuis la création des clubs, et s'est plutôt matérialisée sur le terrain omnisport.", indique Franck Lemann, responsable de l'association de supporters stadistes Virage des Dieux, et dont le père a dirigé la section tennis du Stade Français pendant 75 ans. Dans les années 1950 et 1960, avant la création du Paris Saint-Germain, le Racing Club de France et le Stade Français s'affrontaient notamment en première division de football.

De fait, la rivalité rugbystique entre les deux clubs s'est surtout construite dans la dernière décennie. Formé au Racing dans les années 1990, Thomas Lombard se rapelle : "Notre rival, c'était le Paris Université Club. Eventuellement l'AC Boulogne-Billancourt ou l'ASPTT Paris, mais pas le Stade Français". 

Ex-joueur du Racing (1994-1997 et 2007-2008) et du Stade Français (1997-2004), Thomas Lombard, désormais directeur général des Soldats Roses, connaît parfaitement ce derby francilien.

"Le retour au premier plan est très récent. Mais ce sont surtout deux clubs qui se ressemblent énormément, deux clubs bourgeois avec des structures omnisports."

Thomas Lombard, ex-joueur du Racing et du Stade Français

à franceinfo: sport

La question de l'identité figure au coeur de l'antagonisme. Racing-Stade Français, c'est d'abord une opposition entre les deux rives de la Seine. Même si les rugbymen ont migré dans les Hauts-de-Seine au début du XXe siècle, le siège du Racing omnisport reste dans le 7e arrondissement parisien (rive gauche). Les Stadistes, eux, se maintiennent dans le 16e arrondissement (rive droite).

Deux quartiers très chics, pour des clubs qui ont disputé leurs premières rencontres dans les non moins huppés Bois de Boulogne (Racing) et Parc de Saint-Cloud (Stade Français). Difficile donc d'établir un réel clivage social entre des clubs.

La fusion avortée de 2017 a ravivé la rivalité

L'épisode de la fusion avortée au printemps 2017 a néanmoins mis les bases d'une rivalité. Car Racing et Stade Français auraient pu ne former qu'une seule et même entité, lorsque Jacky Lorenzetti, président des Ciel et Blancs, s'est rapproché de Thomas Savare, qui dirigeait alors le club du 16e arrondissement.

Les protestations des supporters des deux camps ont finalement eu raison du projet. "On a fait une manifestation devant la Ligue nationale de rugby, tout en rose, se souvient Franck Lemann. Avec ma femme, on ne s'est pas vus pendant une semaine : elle répondait aux télés et radios, et moi à la presse écrite. Et on a mis une grosse pression à Lorenzetti comme ça !"

Même son de cloche côté racingmen : "On a eu un échange avec le président pour exprimer notre mécontentement, raconte Johanne D’Hoossche, membre de l'association de supporters XV Ciel&Blanc. Il a bien senti les réticences, à la fois du côté des joueurs et des supporters."

Plus récemment, le transfert de Gaël Fickou du Stade Français vers le Racing au mois d'avril dernier a ravivé les tensions. Lorsque les clubs se sont retrouvés en barrages de Top 14 en juin, l'ambiance n'était pas si conviviale. "Il y avait un petit froid, Gaël a été sifflé par les supporters du Stade", indique Johanne d'Hoossche.

Le fondateur du Virage des Dieux se souvient, lui, avoir reçu un accueil chaleureux de ses homologues du Racing. "Il y a surtout des problèmes entre les clubs. Lors du dernier match, on nous a interdit les tambours, et on a seulement reçu nos places la veille du match..."

Une question d'hégémonie locale

L'antagonisme est-il monté de toutes pièces ? "Au milieu des années 2000, Max Guazzini et René Bouscatel (ex-présidents du Stade Français et du Stade Toulousain, NDLR) ont créé le 'clasico' entre la capitale et Toulouse, répond Thomas Lombard. Cela s'est fait de manière artificielle, mais la régularité des équipes au plus haut niveau a donné de la crédibilité à tout ça."

"Notre principal rival, ça reste Toulouse qui est le seul à nous devancer en termes de Brennus (20 titres pour les Rouge et Noir, 14 pour les Soldats Roses, tempère Franck Lemann. Il y a une vraie rivalité entre Toulouse et Paris sur la domination du rugby français, et une rivalité Racing-Stade Français pour l'Île-de-France."

C'est donc cette hégémonie locale qui sera remise en jeu demain. Avantage Racing, avec 15 victoires sur 25 matchs disputés depuis 2009, dont le dernier en date en barrages du Top 14 2020-2021. Surtout, les Altoséquanais restent sur trois victoires d'affilée à Jean-Bouin, l'antre du Stade Français. Une statistique que n'a pas manqué de rappeler l'association Le XV Ciel et Blanc, dans un visuel sobrement intitulé "2018-2019-2020 : on finit par se sentir comme à la maison !". 

Ils seront plus de 14 000 à garnir l'enceinte du 16e arrondissement, pour célébrer le retour des supporters, pour lesquels Thomas Lombard sent "une appétence forte". Parmi eux, des fans du Racing : "Le dernier derby à Jean-Bouin, où l’on gagne dans les derniers instants à Paris (25-27), donne de l’excitation, indique Johanne D'Hoossche. J’espère que le Stade a digéré les derniers événements, et qu’on sera accueillis de façon conviviale, avec du chambrage mais sans agressivité !".

Pas de quoi impressionner Franck Lemann : "Ils ne seront pas plus de 1 000. Soit toute la population de leur gymnase (en référence au stade fermé du Racing), sans compter ceux qui y dorment !" Le ton est donné.

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