Top 14 – La Rochelle-Racing 92 : rugby du terroir populaire face au rugby champagne

Vendredi soir, La Rochelle disputera la troisième demi-finale de son histoire en Top 14 face au Racing 92.

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France Télévisions
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L'arrière international irlandais du Racing 92, Simon Zebo, au duel avec le jeune troisième ligne français de La Rochelle, Paul Boudehent, le 7 février 2021 en Top 14. (JEAN CATUFFE / AFP)

Le Stade Rochelais, deuxième de la saison régulière du Top 14, défie le Racing 92 (3e), vendredi 18 juin (20h45), à l'occasion des demi-finales du championnat de France de rugby. Deux clubs, et deux façons bien différentes de vivre le rugby. D'un côté, les Maritimes ont grandi petit à petit, s'appuyant sur un soutien populaire sans faille. De l'autre, les Franciliens peuvent compter sur la puissance financière de leur président et le recrutement régulier de stars internationales.

La Rochelle, du cru et du bruit

En ces terres parfumées par l'air marin de l'océan Atlantique, l'ovalie est bien ancrée au plus profond de la cité. Des célèbres tours du Vieux-port à la porte de la Grosse Horloge, tous les lieux emblématiques de la préfecture de la Charente-Maritime sont bons pour discuter du Stade Rochelais. Club phare de la ville, la formation rochelaise se présente vendredi avec une identité locale très forte et des valeurs que le rugby essaie de perpétuer encore face à une montée des investissements depuis plusieurs années.

Car La Rochelle, en Top 14, est une institution bien particulière. Sous la houlette du président Vincent Merling, en place depuis 1991, le Stade Rochelais a construit petit à petit les plus belles pages de son histoire, après avoir connu les joutes de l'élite, sans grande réussite, depuis les années 50. Demi-finaliste du championnat de France en 2017 et 2019, finaliste de la Champions Cup en mai, le club rochelais s'avance avec l'étiquette du favori au bénéfice d'une belle deuxième place à l'issue de la saison régulière. Vice-champion d'Europe après sa défaite contre le Stade Toulousain, La Rochelle espère bien oublier ce douloureux souvenir en allant chercher le premier titre de son histoire en Top 14.

Pour y parvenir, les Maritimes pourront compter sur deux caractéristiques qui font la force du club à la Caravelle : les joueurs du "cru" et sa popularité. Zeno Kieft (au club depuis 2010), Romain Sazy (2010), Uini Atonio (2011) ou encore Kevin Gourdon (2012), pour ne citer qu'eux, portent les couleurs jaune et noir depuis belle lurette, récompensant notamment la régularité de la formation rochelaise. Une équipe qui peut s'appuyer sur un soutien populaire hors-normes, et quasi unique en France. Le mythique stade Marcel-Deflandre a reçu à guichets fermés (16 000 spectateurs de moyenne) sur les quatre dernières saisons. Au total, 55 matchs consécutifs ont été disputés à domicile à guichets fermés jusqu'à la réception du RCT le 22 février 2020, juste avant l'arrêt du Top 14 en raison de la crise sanitaire. Depuis, l'antre des Maritimes sonne tristement creux. Mais certains supporters seront bien présents vendredi parmi les 5 000 spectateurs autorisés et attendus dans les travées du stade Pierre-Mauroy de Villeneuve d'Ascq.

Racing 92, des stars et peu d'engouement

Entre la chaleur d'une ville qui vibre pour la gonfle au quotidien, et le relatif anonymat d'un Racing écartelé entre son centre d'entraînement au Plessis-Robinson et son stade de Paris La Défense Arena, l'écart est aussi grand que la hauteur des tours froides qui s'élèvent au-dessus du quartier d'affaires parisien. Mais les Ciel et Blanc, emmenés par leur président milliardaire Jacky Lorenzetti (à la tête du club depuis 2006), ont construit un autre projet, à vitesse grand V, et font figure aujourd'hui de mastodontes face à La Rochelle, ce "petit poucet" de province.

L'homme d'affaires français a pris un virage radicalement opposé à celui de la Rochelle, s'appuyant sur quelques joueurs "fidèles" (Eddy Ben Arous, Juan Imhoff, Teddy Thomas, Camille Chat, Henry Chavancy notamment), et misant sur des stars internationales. Dan Carter (2015-2018), Joe Rokocoko (2015-2019), Jonathan Sexton (2013-2015) ou encore Sebastien Chabal (2009-2012), entre autres, ont été les têtes d'affiche de cette stratégie qui a parfois fait jaser, mais qui a également fonctionné. Depuis, la volonté de recruter français a fait son apparition. L'arrivée de Gaël Fickou, star du rugby tricolore et ami de Teddy Thomas, symboblise d'ailleurs cette évolution qui pourrait permettre aux Racingmen de passer un nouveau cap.

Champion de France en 2016, seul club à avoir disputé toutes les phases finales du Top 14 depuis la saison 2009-2010 et vice-champion d'Europe à trois reprises (2016, 2018 et 2020), le Racing 92, troisième de la saison régulière, compte aujourd'hui une pelletée d'internationaux majeurs (Kurtley Beale, Simon Zebo, Finn Russell, Virimi Vakatawa, ou encore Bernard Le Roux). Mais à la différence de la Rochelle, les Franciliens n'arrivent toujours pas à rassembler et fidéliser un public. Malgré la construction de la fameuse Paris La Défense Arena (capacité de 32 000 spectateurs), le soutien populaire est loin de faire le point (taux de remplissage inférieur à 50% lors de la saison 2019-2020). Et si cette ferveur tant attendue pouvait se déclencher avec un septième titre national, le deuxième de l'ère Lorenzetti, 31 ans après la victoire des Racingmen d'une autre époque ? Ceux qui arboraient le noeud papillon rose et qui avaient bu le champagne à la mi-temps de la finale.

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