1987 : Jean-Baptiste Lafond vole au secours des Bleus au Mondial de rugby

1987, Mondial de Rugby. A deux jours du coup d'envoi de la Coupe, c'est la catastrophe pour les Bleus : l'ailier Erik Bonneval sort d'un plaquage avec une sérieuse entorse au genou. Une aubaine pour Jean-Baptiste Lafond, appelé à rejoindre d'urgence la Nouvelle-Zélande pour remplacer Bonneval. Une expérience truculente.

(Jean-Baptiste Lafond © Marc Francotte/TempSport/Corbis)

Jean-Baptiste Lafond est un rugbyman talentueux et un fêtard invétéré. Quand, en 1987, il est appelé pour remplacer un joueur blessé, il le vit à sa manière.

 

La 1ère classe, la belote et la corde à sauter

 

 

Le genou d’Erik Bonneval se tord, l’ailier toulousain ne se doute pas que sa carrière vient de se briser. La Coupe du Monde commence dans 2 jours et les Français s’entraînent. Ils ont demandé à quelques rugbymen locaux de jouer les sparring partners . L’un de ces amateurs prend son rôle tellement à cœur qu’il plaque Bonneval alors que ce dernier a interrompu son effort, il est relâché. L’entorse du genou gauche l’handicapera pendant tout son parcours de rugbyman.

Il joue quelques minutes contre le Zimbabwe, son genou cède à nouveau, il faut le remplacer. "Je suis chez moi. Peinard. Le téléphone sonne et on m’annonce que je dois aller en Nouvelle-Zélande, se rappelle Jean-Baptiste Lafond. Je prends l’avion avec Albert Ferrasse et Guy Basquet, le Président et le vice-président de la Fédération. Nous sommes en première classe et on joue à la belote pendant une bonne partie du voyage : 22 heures d’avion. Pour moi, c’est un excellent souvenir parce que l’on pouvait boire et manger à profusion ."

 

Un cigare dans la bouche et le V de la victoire

 

Jean-Baptiste Lafond joue au Racing, l’un des meilleurs clubs Français. Il est talentueux et facétieux. Connu pour ses cadrages débordements autant que pour son sens de la fête. On lui annonce qu’il doit partir en Nouvelle Zélande, pour remplacer Erik Bonneval alors que la France s’apprête à jouer un quart de finale contre les Fidji. A peine posé à Auckland, Lafond se rend au terrain où s’entraîne l’équipe de France. Fatigué par le trajet et par tout ce qu’il a bu : "J’arrive, je suis en costard et je suis fracassé. Il y a une petite opposition avant le match contre Fidji. Je m’en souviendrai toute ma vie parce que j’avais totalement 'dévissé'. Albert Ferrasse m’avait mis un cigare dans la bouche et j’arrive au bord du terrain avec mon cigare en faisant le V de la victoire ."

 

"La corde à sauter, mon petit secret"

 

Il n’a pas pris d’affaire pour ce long voyage, rien que l’équipement fourni par la Fédération. Sa seule touche personnelle, une corde à sauter. "C’est très dur de faire de la corde à sauter, en plus j’en fais très mal. Quand tu en fais très mal, c’est encore mieux pour te mettre en forme. Je faisais des sauts de 20 cm. Quand tu fais trois minutes de corde à sauter comme ça, tu muscles les abdos, les épaules, les bras… La corde à sauter, c’était mon petit secret ."

De la Coupe du Monde 1987, il ne garde aucune sélection, il ne foulera pas la pelouse. Il ne garde pas non plus les équipements de l’époque : "Je suis parti avec rien. Le lendemain de la finale, j’ai absolument tout jeté dans la rivière : la valise, les pompes, le short… Je suis arrivé à l’aéroport, les mains dans les poches. C’est tellement agréable de voyager sans rien ." 

Pour autant, ce voyage de l’autre côté de la planète reste un bon souvenir pour Jean-Baptiste Lafond qui dit avoir vécu quelques belles soirées avec ses partenaires.

Quatre ans plus tard, il termine meilleur marqueur de la Coupe du Monde avec 6 essais et toujours ses entraînements spécifiques, à la corde à sauter.

 

 

L'incroyable récit de Jean-Baptiste Lafond, qui a remplacé d'urgence Erik Bonneval lors du Mondial de 1987. Au micro de Richard Place
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