Championnats d'Europe de natation : Jacco Verhaeren, une star de la natation mondiale au chevet des Bleus

Artisan du renouveau de la natation australienne, le Néerlandais s'occupe de l'équipe de France depuis près d'un an. Premier étranger à occuper le poste de directeur des équipes de France, il a mis de l'ordre dans la maison bleue et insufflé un esprit collectif empreint d'optimisme. 

Article rédigé par
Anaïs Brosseau - franceinfo: sport
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le directeur des équipes de France de natation, Jacco Verhaeren, durant les Mondiaux de natation à Budapest (Hongrie), le 20 juin 2022. (KEMPINAIRE STEPHANE / KMSP / AFP)

Pas de doute : Jacco Verhaeren a bien entamé sa mue bleu blanc rouge. Il suffisait de le voir s'égosiller lors de la première victoire de Léon Marchand aux Mondiaux de Budapest, le 18 juin, son maillot tricolore sur le dos, posté dans les tribunes au milieu des drapeaux français.

Reconnu mondialement, l'entraîneur néerlandais est devenu en septembre 2021 directeur des équipes de France de natation. Des années durant, il a pourtant dirigé les plus grands rivaux des nageurs français, ses compatriotes puis les Australiens. Une petit révolution s'est ainsi déroulée au bord des bassins hexagonaux est le premier étranger à occuper ce poste dans l'histoire de la Fédération française de natation (FFN). Après une campagne réussie aux Mondiaux de Budapest, il renfile, à partir du jeudi 11 août, le maillot bleu pour les championnats d'Europe, à Rome. 

Artisan du renouveau de la natation australienne. Entraîneur de nageurs auréolés de dix titres olympiques (Pieter van den Hoogenband, Inge de Bruijn, Ranomi Kromowidjojo...), fin connaisseur de la natation européenne, Jacco Verhaeren déroule un CV sans faute. "Comme il a déjà exercé la fonction en Australie, c'est un gain de temps non négligeable pour nous", appuie Julien Issoulié, directeur technique national (DTN) de la FFN, qui avait pris contact avec le Néerlandais dès 2017. 

"Il a entraîné en Europe des nageurs de différents profils. Il n'est pas l'homme d'une seule réussite."

Julien Issoulié, directeur technique national de la Fédération française de natation

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Avant de rejoindre les Bleus, Jacco Verhaeren a transformé, en sept ans, un collectif australien en déliquescence (un seul titre aux JO de Londres en 2012) en machine à gagner (neuf sacres à Tokyo en 2021). A deux ans des Jeux de Paris, imaginer une réussite similaire en France s'avère tentant, mais l'intéressé refuse d'endosser le rôle de magicien.

Une neutralité bienvenue

Au-delà de son pedigree, le technicien de 53 ans aux cheveux bouclés poivre et sel possède un autre avantage de taille : il n'a jamais pris part aux querelles intestines qui empoisonnent la natation française depuis des décennies. "Toute décision prise par un Français est sujette à discussion, selon les affinités qu'il peut avoir avec les uns et les autres. Jacco, lui, est neutre, blanc de toute histoire, ce qui lui enlève beaucoup de prise à la critique. Il peut dire 'non' beaucoup plus facilement que moi", assure Denis Auguin, ancien entraîneur d'Alain Bernard au Cercle des nageurs d'Antibes. Celui qui est désormais responsable de la relève en équipe de France dépeint le Néerlandais comme un homme "pragmatique", "capable de trancher très vite", tout en se montrant très à l'écoute. 

"Il n'a pas attendu qu'on vienne le voir ou que le temps passeIl m'a contactée directement après les JO de Tokyo. On sent qu'il a envie de bien faire", souligne la sprinteuse Mélanie Henique, capitaine de l'équipe de France et médaille d'argent du 50 mètres papillon aux Mondiaux de Budapest, en juin.

Pour mieux cerner le petit milieu de la natation tricolore, Jacco Verhaeren a entamé son mandat par un tour de France des clubs des nageurs de l'équipe nationale. L'occasion d'échanger avec entraîneurs et nageurs sans convoquer une réunion à Paris. "C'était malin comme idée. Il ne fait pas de management descendant", salue Denis Auguin. Ce dernier a servi de guide au patron des Bleus (utile pour rappeler le passif des uns et des autres) et d'interprète.

Barrière de la langue

"Je suis en train d'apprendre le français mais je peux tenir seulement des conversations simples", s'excuse le technicien, qui navigue entre l'Hexagone et son domicile d'Eindhoven, dans le sud des Pays-Bas. Cette lacune lui a valu d'être un peu "chambré" par les entraîneurs français, raconte Julien Issoulié. Résultat, aux Mondiaux, le directeur des Bleus a animé une réunion de quinze minutes dans la langue de Molière. "Il comprend très bien le français, mais il a plus de mal lorsque 15 personnes parlent en même temps, ce que tout bon Français aime faire", rigole Denis Auguin.

L'encadrement de l'équipe de France de natation le 25 juin 2022, aux Mondiaux de natation à Budapest (Hongrie) avec, de gauche à droite : Jacco Verhaeren, Denis Auguin, Olivier Nicolas et Julien Issoulié. (KEMPINAIRE STEPHANE / KMSP / AFP)

Après un temps d'observation, Jacco Verhaeren a remis de l'ordre dans les rangs de la FFN. Clarification des rôles et des missions de chacun, définition des règles et des valeurs de l'équipe de France, formalisation des temps d'échanges entre les membres du collectif national... Le technicien a apporté un cadre. "Jacco est dédié à la gestion des équipes de France, ce qui n'existait pas avant. C'est un vrai confort, en plus de ses compétences certaines", éclaire Julien Issoulié. Pour Mélanie Henique, la force de Jacco Verhaeren est d'avoir "redonné de la place à chacun, et notamment aux entraîneurs".

Il "tire tout le monde vers le haut"

Un indéfectible sourire accroché aux lèvres, le Néerlandais "emmène plein d'énergie", poursuit le DTN. "Il parle toujours calmement. Même quand il doit dire des choses pas agréables à entendre aux nageurs, il les tourne de façon positive", complète Denis Auguin. Cet optimisme dynamise les nageurs. "Il apporte quelque chose de nouveau. Alors que le Français de base n'est pas de nature positive, lui pense que tout est possible. Ça tire tout le monde vers le haut", assure Mélanie Henique, marquée par ses discours emplis de "choses subtiles mais importantes"

"Par exemple, à Budapest, il nous a dit qu'il était impressionné par nos encouragements en tribunes. On a besoin d'entendre ça pour se sentir en confiance, pour se dire qu'on fait bien les choses."

Mélanie Henique, vice-championne du monde du 50 mètres papillon

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Habile communiquant, Jacco Verhaeren compte user de cette qualité pour pousser les entraîneurs français à davantage échanger entre eux, pour apprendre les uns des autres. Même volonté pour les nageurs avec l'objectif de fonder un collectif soudé, prêt à résister aux tensions.

"Sur une compétition comme les Jeux, où la pression sera forte, il faut qu'on soit capable de conserver une bonne ambiance dans l'équipe pendant huit jours", souligne le directeur des Bleus. Ce dernier veut multiplier les stages d'entraînement nationaux afin de renforcer la cohésion. A Rome, le technicien néerlandais aura une nouvelle occasion de continuer d'éprouver et d'affiner ses plans afin de faire briller les Français en 2024.

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