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Les dangereuses pratiques de certains athlètes paralympiques

Selon un chercheur britannique, un athlète sur trois souffrant d'une lésion de la moelle épinière pourrait se blesser volontairement pour doper ses performances.

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France Télévisions
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Un athlète sur trois atteint de lésion de la moelle épinière chercherait à stimuler artificiellement son corps, selon un chercheur interrogé par le site de la BBC.  (FREDERIC J. BROWN / AFP)

SPORTS – Vers des Jeux paralympiques à plusieurs niveaux (de handicap) ? Selon le chercheur britannique Andrei Krassioukov, un athlète sur trois souffrant de lésion de la moelle épinière pourrait chercher à se blesser pour doper ses performances, explique le site de la BBC (article en anglais).

Si le chiffre est difficile à vérifier, la pratique est bien réelle. Alerté depuis longtemps, le Comité international paralympique a interdit cette forme de "dopage" en 1994. Sans succès.

Des chocs électriques pour compenser une inégalité

Pourquoi se faire du mal quand on a déjà souffert ? La pratique répond en fait à une réelle inégalité entre les sportifs. A la différence des valides, ou d'autres athlètes paralympiques, les sportifs atteints de lésions de la moelle épinière ne reçoivent pas de stimulus lors d'un effort violent. Dans un certain nombre de cas, ni la tension artérielle, ni la fréquence cardiaque ne parviennent à s'élever. Le corps est donc moins efficace.

Pour pallier ce manque, certains sportifs n'hésitent pas à stimuler artificiellement leur organisme. Il y a une vingtaine d'années, l'alpiniste Brad Zdanivsky, 36 ans, a eu la colonne vertébrale écrasée dans un accident de voitures. Interrogé par la BBC, il confesse des pratiques étonnantes pour booster son organisme. "Vous pouvez laisser votre vessie se remplir, puis vous interdire d'aller aux toilettes pendant quelques heures pour que la douleur vous stimule".

Cela ne lui suffit pas. "Je suis allé un cran plus loin en utilisant un stimulus électrique sur ma jambe, mon orteil et même mes testicules." Selon un journaliste britannique cité par la BBC, certains athlètes n’hésitent pas à se frapper l'orteil avec un petit marteau, jusqu'à le fissurer.

La lutte contre ces pratiques est timide

Brad Zdanivsky est conscient des risques encourus. "Vous encaissez un pic de pression artérielle qui pourrait très facilement faire exploser un vaisseau sanguin derrière l'œil ou provoquer un accident cardio-vasculaire". Mais il est difficile d'appeler les sportifs à la raison. "Cela fonctionne vraiment. (…) Et peu importe si c’est désagréable, tant que cela permet d'obtenir des résultats."

Interviewé par la BBC, le chercheur Andrei Krassioukov estime qu'un tiers des athlètes souffrant de lésions de la moelle pourrait recourir à ce type de pratiques, même si les études manquent pour étayer ce chiffre. Pour éviter de tenter les sportifs, il propose d’intégrer la pression artérielle et la fréquence cardiaque des athlètes dans le système d’évaluation du handicap, afin d'ouvrir des compensations. Le Comité international paralympique, lui, refuse catégoriquement.

Pendant les Jeux paralympiques, qui se dérouleront du 29 août au 9 septembre, des contrôles seront toutefois menés et en cas d'infraction, un athlète pourra être suspendu le temps de l'épreuve. Certains indices permettraient ainsi d'aiguiller les contrôles : transpiration excessive, couperose, chair de poule…  Mais selon Brad Zdanivsky, seul un drame peut réellement faire bouger les choses. 

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