Le wingsuit, un sport dangereux... mais pas plus que l'alpinisme

Trois pratiquants de cette discipline, qui consiste à sauter depuis un avion ou une falaise avec une combinaison ailée, sont morts cette semaine dans les Alpes. En cause : la popularité accrue de ce sport extrême, très technique.

Un pratiquant du wingsuit au-dessus d\'Empuriabrava, en Espagne. 
Un pratiquant du wingsuit au-dessus d'Empuriabrava, en Espagne.  (OLIVER FURRER / IMAGE SOURCE / AFP)

Vous n'avez pas pu manquer la vidéo incroyable du wingsuiter américain Jeb Corliss, qui est passé dans le trou d'une falaise, en Chine, à 200 km/h sur son aile, en 2011.  

Cinq pratiquants de ce sport extrême (dont le parachutiste qui incarnait James Bond à l'ouverture des JO de Londres) sont morts dans les Alpes depuis le début de l'été, dont trois en une semaine. Cette discipline consiste à se jeter dans le vide vêtu d'une combinaison en forme d'aile pour planer, avant d'ouvrir un parachute. Elle traîne une réputation de sport dangereux. Est-ce justifié ? 

Entre 8 000 et 15 000 participants dans le monde

N'allez pas dire que le wingsuit est un sport jeune, développé par quelques casse-cous en manque de sensations fortes. Les spécialistes de la discipline font remonter ses balbutiements au XVe siècle. En 1912, premier accident spectaculaire : un des pionniers du sport, le Français Franz Reichelt, se tue en se jetant du deuxième étage de la Tour Eiffel avec son costume ailée. La discipline a pris son essor quand la première aile fiable a été développée, dans les années 1990. Aujourd'hui, une vingtaine d'adeptes se tuent par an. Un chiffre à relativiser. Entre 8 000 et 15 000 personnes pratiquent ce sport chaque année – environ 300 en France, d'après Le Dauphiné Libéré  et effectuent des dizaines de sauts. A titre de comparaison, escalader des sommets comme le K2 ou l'Anapurna, dans l'Himalaya, est beaucoup plus dangereux. Et mine de rien, 400 personnes meurent noyées chaque été sur les plages françaises et 140 000 fans de ski se blessent sur les pentes de nos montagnes chaque année.

Le wingsuit est toléré en France, au contraire du base jumping (sauter depuis un pont ou un édifice public) qui, lui, est interdit. Mais cette tolérance reste fragile. En 2012, le maire de Chamonix (Haute-Savoie) avait banni cette discipline après un accident, avant de l'autoriser de nouveau en 2013. Chamonix, plus précisément le sommet du Brévent, haut de 2 500 mètres, est devenu La Mecque du wingsuit en France grâce à des vidéos très spectaculaires de sauts, postées sur YouTube ces derniers mois. Depuis, on y croise des douzaines de candidats.

La pratique se démocratise... un peu trop ?

Le wingsuit peut se pratiquer depuis un avion (ou un hélicoptère) ou depuis une falaise. "L'homme a alors l'impression d'être un avion. Il ne tombe plus, il plane. Au lieu de chuter à près de 200 km/h, il tombe à 80 km/h, tout en progressant vers l'avant à près de 250 km/h", explique Mick Knutson, qui tient le site de référence Blinc Magazine, à France 24. "Avec des ailes, vous arrivez vraiment à voler, explique le spécialiste Roch Malnuit au Guardian (en anglais). Vous pouvez diriger, accélérer." Jugez plutôt avec cette vidéo très spectaculaire d'un saut en Ariège. 

Devenir un pro du wingsuit, ça ne s'improvise pas : la moindre erreur est souvent fatale. Le site de l'Association française de paralpinisme (le parachutisme en milieu naturel) avertit : "Faites au minimum 200 sauts [en parachute] de falaise (sans compter vos 300 ou 400 sauts d'avion) avant de faire de la wingsuit de falaise !" 

Mais la pratique, elle, se démocratise. On trouve sans difficulté des combinaisons de saut de wingsuit à vendre sur internet, pour des prix s'échelonnant entre 400 et 1000 euros. Résultat : les spécialistes croisent désormais des amateurs pas très sûrs d'eux en haut des falaises alpines. "Le nombre d'accidents en paralpinisme augmente plus vite que le nombre de pratiquants, suite à une progression trop rapide et à une inconscience certaine des risques", poursuit l'Association française de paralpinisme. Le premier décès en wingsuit remonte à 2011 en France, deux ans après que l'Italie ou l'Australie ont été endeuillées.