Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à Rio

Les Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?

Les pistardes britanniques célèbrent leur médaille d\'or après avoir remporté la finale de la poursuite par équipe, le 13 août 2016 à Rio.
Les pistardes britanniques célèbrent leur médaille d'or après avoir remporté la finale de la poursuite par équipe, le 13 août 2016 à Rio. (ODD ANDERSEN / AFP)

Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s'est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n'est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?

En collectant des millions grâce à la Loterie

La débâcle des Jeux d'Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d'or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.

Le programme s'est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s'élève ainsi à plus de 400 millions d'euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais)Les athlètes britanniques ont d'ailleurs été invités à dire tout le bien qu'ils pensaient de la Loterie nationale, "en insistant sur le lien entre l'achat d'un ticket et les chances de médailles", ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix "brutal mais efficace", explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d'or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d'euros. L'haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la "no compromise culture" (culture de l'intransigeance). "Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles", explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports "en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux".

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L'argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le "Secret Squirrel Club", chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d'avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu'en en mettant plein la vue aux adversaires. "Tout le monde regarde les vélos des autres", raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l'équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : "Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas !"

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c'est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c'est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. "Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu'ils envoient davantage d'athlètes, mais aussi parce qu'ils sont mieux préparés", explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C'est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l'exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : "Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d'Europe, JO...] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (...) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du 'tout pour les JO'."  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d'or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L'entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. "Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde", s'étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n'y a qu'un petit pas, que le coach français s'est retenu de faire, s'interrompant au milieu d'une phrase : "C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses..."

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l'admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l'Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d'or russe s'est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l'affaire d'Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l'habitude de s'illustrer. L'équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d'or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.