JO 2016 : en Chine, le bilan mitigé de ses athlètes à Rio vire à l'affaire d'Etat

Le palmarès des sportifs chinois aux Jeux olympiques de Rio est moins bon que lors des précédentes olympiades. En Chine, la presse et les internautes s'en émeuvent.

Le gymnaste chinois You Hao tombe des barres parallèles, le 16 août 2016, aux JO de Rio (Brésil).
Le gymnaste chinois You Hao tombe des barres parallèles, le 16 août 2016, aux JO de Rio (Brésil). (BEN STANSALL / AFP)

Cinquante-quatre médailles, dont 19 en or, 15 en argent, 20 en bronze. Le palmarès a de quoi faire des envieux. Mais pour le sport chinois, c'est un bilan mitigé. A quatre jours de la fin des Jeux olympiques de Rio, jeudi 18 août, la Chine n'est "que" troisième au classement des nations, tout juste devancée par le Royaume-Uni, et loin derrière les Etats-Unis.

Car depuis les Jeux d'Athènes en 2004, la Chine a terminé chaque olympiade à la deuxième place au classement des médailles. Et lors des JO de Pékin, en 2008, les sportifs chinois avaient même réussi l'exploit de glaner 51 médailles d'or devant leur public. Les Jeux de Rio pourraient bien se solder par la pire performance du sport chinois depuis Atlanta en 1996, estime le Washington Post (tous les liens sont en anglais)

Des contre-performances en série

La délégation chinoise a multiplié les contre-performances, notamment au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l'habitude de s'illustrer, souligne Reuters. L'ancienne championne olympique de tir Du Li a perdu son titre. La star déchue du 400 m nage libre Sun Yang a fondu en larmes. Pire, l'équipe de gymnastique va rentrer de Rio sans aucune médaille d'or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

La Chine avait pourtant nourri l'espoir de battre son record de médailles, et avait pour ce faire envoyé 416 sportifs à Rio. Une délégation pléthorique, la plus importante de son histoire. Le Global Times assurait même que la Chine misait sur 30 à 36 médailles d'or.

Le nageur chinois Sun Yan réagit à sa deuxième place en finale du 400 m nage libre aux JO de Rio (Brésil) le 6 août 2016.
Le nageur chinois Sun Yan réagit à sa deuxième place en finale du 400 m nage libre aux JO de Rio (Brésil) le 6 août 2016. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Le Quotidien du Peuple, le journal officiel du pouvoir chinois, s'alarme de ce triste record et écrit, cité par la BBC : "Le peuple ne peut que s'interroger. Que leur arrive-t-il ?" L'agence de presse officielle chinoise Xinhua, elle, se lamente franchement, sur l'un de ses comptes Twitter, du "pire flop olympique à ce jour" de l'équipe de gymnastique chinoise. Dans un précédent tweet depuis effacé –, elle exprimait même sa déception, avec autant d'agacement que d'incrédulité.

"Les médailles ne sont plus l'alpha et l'omega des JO"

La presse officielle chinoise adopte désormais la méthode Coué. Le Global Times assure que "l'or ne fait pas le bonheur" et que "le public chinois" est "stoïque face au déclin des médailles" de son équipe nationale. "Les médailles ne représentent pas l'alpha et l'oméga des Jeux", martèle le quotidien China Daily, assurant qu'une "majorité" de supporters apprennent à apprécier les sports eux-mêmes plutôt que la lutte aveugle pour combler la fierté nationale.

Le Chinois Yuehong Li médaillé de bronze au tir au pistolet le 13 août 2016 aux JO de Rio (Brésil).
Le Chinois Yuehong Li médaillé de bronze au tir au pistolet le 13 août 2016 aux JO de Rio (Brésil). (FRISO GENTSCH / DPA / AFP)

Alors que la Chine faisait jusqu'à présent de ses performances sportives un instrument de son "soft power", souligne le Guardian, le gouvernement chinois est aujourd'hui plus "ouvert et détendu" à l'idée que la puissance du pays ne se mesure pas nécessairement au nombre de ses titres olympiques, analyse Mao Zhixiong, spécialiste du sport à l'université de Pékin, cité par le Guardian. Quant aux athlètes chinois, ils se sentent "libérés d'attentes injustes", écrit le Global Times. Ces Jeux seraient ainsi "probablement les plus détendus" de l'histoire du sport chinois.

Des internautes acides et moroses

Sur les réseaux sociaux chinois, l'humeur est plus morose. Certains fans estiment ainsi que les athlètes de "Team China" devraient offrir aux contribuables un meilleur "retour sur investissement" après l'argent public dépensé pour leur entraînement. Plusieurs sportifs se voient critiqués pour avoir déclaré être heureux d'être en compétition à Rio, même sans ramener de médaille. "Les performances de chaque athlète appartiennent pour moitié à l'Etat", insiste un internaute, cité par le Global Times

"Je ne défends pas l'obsession à tout crin pour l'or, mais, pour autant, que la Chine n'arrive même pas en 2e position me fait mal", souligne, désemparé, un usager de la plateforme de microblogs Weibo, cité par l'AFP. D'autres internautes ne prennent pas de gants pour fustiger sans égards les athlètes chinois. "L'Administration générale des sports devrait s'excuser et se faire hara-kiri", raille un post de microblog.

Le Chinois Ma Long forme un cœur avec ses doigts après avoir battu son compatriote Zhang Jike en finale du tennis de table aux JO de Rio (Brésil) le 11 août 2016.
Le Chinois Ma Long forme un cœur avec ses doigts après avoir battu son compatriote Zhang Jike en finale du tennis de table aux JO de Rio (Brésil) le 11 août 2016. (JIM WATSON / AFP)

Ces olympiades auront au moins offert à la Chine une nouvelle coqueluche : Fu Yuanhui. La nageuse est déjà une icône pour son enthousiasme débordant, mais elle a encore un peu plus séduit par son franc-parler, après avoir brisé un tabou en évoquant ses règles en direct à la télévision.