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Vous avez aimé Sotchi ? Vous adorerez Pyeongchang en 2018

Coûts pharaoniques, cadavres dans les placards, oligarques et corruption : vous n'allez pas être dépaysé. 

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France Télévisions
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Deux supporters de la candidature de Pyeongchang lors de l'annonce du choix de la ville olympique, le 6 juillet 2011.  (JO YONG HAK / REUTERS)

"Nouveaux horizons". C'était le slogan de la campagne victorieuse de la ville de Pyeongchang, en Corée du Sud, désignée en 2011 par le CIO comme hôte des Jeux olympiques d'hiver 2018. Promis, après le gigantisme à 51 milliards d'euros de Sotchi, sa neige artificielle et ses chiens errants abattus par centaines, on allait revenir à des Jeux plus modestes, rassemblés sur un seul site, avec la transparence et l'humilité comme mots d'ordre. Ça, c'était sur le papier…

Un budget sous-évalué, comme d'habitude ?

Les quinze jours des Jeux olympiques ne coûteront que 2 milliards d'euros à la Corée du Sud, assurent la main sur le cœur les responsables du comité d'organisation. S'y ajoutent les installations pour les compétitions - sept sur treize existent déjà -, la construction d'hôtels par centaines ainsi que d'une ligne de chemin de fer et d'une autoroute pour réduire considérablement les temps de transport entre Séoul et Pyeongchang - pour 5 milliards d'euros. Un montant qui paraît très, très optimiste. 

C'est compter sans les installations issues des précédentes candidatures. Pyeongchang a échoué d'un cheveu face à Vancouver pour organiser les Jeux de 2010 et face à Sotchi en 2014. Dès 2005, les autorités avaient mis en chantier la construction des pistes de saut à ski ou de biathlon... mais ces dépenses ne sont pas incluses dans le budget. Autant dire que les Jeux de Pyeongchang ne seront pas dix fois moins coûteux que ceux de Sotchi, et sans doute bien plus chers que ceux de Vancouver, estimés à 6 milliards d'euros. 

Si les économistes coréens - la fondation Samsung, la fondation Hyundai, comme par hasard des sponsors olympiques (PDF en anglais, p.45) - prévoient des retombées pharaoniques pour ces Jeux, l'histoire a montré que jamais les Jeux d'hiver n'ont fait de bénéfice. Jamais.

Petits arrangements entre amis (corrompus)

Un rapide coup d'œil aux argentiers de la candidature de Pyeongchang devrait vous convaincre. Prenez le patron de Samsung, Lee Kun-hee, débarqué pour entente illégale en 2008, pardonné par le président en 2009. Tout ça grâce à sa qualité de membre du CIO. Au lieu de payer une forte amende et de faire trois ans de prison, Lee Kun-hee se contente de faire du lobbying pour Pyeongchang et d'aller skier sous l'œil des caméras sur les pistes de la station candidate aux Jeux, rapporte le Washington Post*.

Le patron de la candidature, c'était Cho Yang-ho, qui dirige Korean Air, et qui a échappé à trois ans de prison pour évasion fiscale contre le versement d'une petite amende de 10 millions d'euros au gouvernement. Pour faire bonne mesure, ajoutons une affaire de détournement de fonds pour le patron du comité olympique coréen et un scandale de corruption pour le gouverneur de la région de Pyeongchang. Tout ça au moment de la désignation de la ville pour les JO de 2018, note le New York Times.

Les sports d'hiver en Corée du Sud, ça ne marche pas

Pyeongchang, fondée en 1975, est la première station de sports d'hiver de Corée du Sud. Sérieusement liftée pour ses diverses candidatures aux Jeux d'hiver, la station ambitionne de devenir "la Mecque des sports d'hiver" après les Jeux, annonce le Premier ministre sud-coréen, cité par CNN. Le principal site, Alpensia, bâti grâce à un emprunt municipal de 650 millions d'euros, perd 40 millions d'euros chaque année, en raison de frais de fonctionnement trop élevés, rapporte le site spécialisé Inside the games. Et puis, à écouter Jean-Claude Killy, un des représentants français du CIO, "il y a en Corée nettement moins de romantisme que dans les Alpes". Il paraît que les monts Taebaek ressemblent plus au Jura, en fait.

Des touristes se prennent en photo devant les installations de la ville de Pyeongchang, hôte des JO d'hiver en 2018, le 7 juillet 2011.  (JO YONG HAK / REUTERS)

Environnement 0 - Bulldozers 1

Les champs de patates - une spécialité locale - et des réserves environnementales ont été ravagés par les bulldozers voilà presque dix ans, quand ont commencé les travaux des installations olympiques. Pendant des années, la montagne s'est hérissée de grues orange vif qui tranchaient sur le paysage. Pour couronner le tout, un stade olympique temporaire de 50 000 places sera bâti à 2 km d'Alpensia, avec les restaurants et les hôtels qui vont avec, note le site spécialisé GameBids.

Attention, derrière toi, la Corée du Nord !

Une des raisons avancées pour justifier l'échec de Pyeongchang pour organiser les Jeux de 2010 est que certains membres du CIO auraient confondu Pyeongchang et Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord. Du coup, les responsables locaux ont modifié l'orthographe de la ville en anglais. A l'époque, on disait Pyongchang. Désormais, c'est Pyeongchang, à prononcer "Païe-ong-chang", ce qui n'a plus rien à voir.

Lors de la campagne pour obtenir les Jeux de 2010, le chef de file de la candidature Kim Jin-sun avait même déclaré, lyrique, au New York Times : "En nous donnant les Jeux, le CIO peut contribuer à résoudre le problème nucléaire nord-coréen." En 2007, les responsables de Pyeongchang envisagent de confier l'organisation de quelques épreuves à leurs voisins du Nord. Des ambitions fortement revues à la baisse : tout juste espère-t-on à Séoul qu'une délégation nord-coréenne défilera lors de la cérémonie d'ouverture…

Et du chien en sauce à la cantine du village olympique ?

"Je m'attends à ce que cette polémique monte avant les Jeux", a reconnu Kim Jin-sun. Une pétition circule déjà sur le site Change.org pour demander le boycott des Jeux dans un pays où 2,5 millions de chiens et de chats sont avalés chaque année. "C'est certes un plat traditionnel coréen, mais plus aussi populaire que par le passé", a tempéré le patron de l'organisation des Jeux, cité par Canada.com

Pour la petite histoire, lors des Jeux de Séoul en 1988, les restaurants proposant de la viande de chien ont été interdits dans la capitale coréenne, pour éviter les polémiques. Ils le sont toujours officiellement aujourd'hui, mais il y en a quelques-uns au pied des bureaux du Wall Street Journal, raconte le quotidien économique.

* Tous les liens de cet article sont en anglais.

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