JO de Sotchi : la perchiste russe Isinbayeva crée la polémique sur la loi homophobe

La future "maire" du village olympique a critiqué, jeudi, une athlète suédoise qui arborait des ongles aux couleurs de l'arc-en-ciel. Avant de rétropédaler le lendemain.

La Russe Yelena Isinbayeva fête son titre de championne du monde de saut à la perche, le 13 août 2013, aux Mondiaux d\'athlétisme, à Moscou (Russie).
La Russe Yelena Isinbayeva fête son titre de championne du monde de saut à la perche, le 13 août 2013, aux Mondiaux d'athlétisme, à Moscou (Russie). (FRANCK FIFE / AFP)

"Les hommes vivent avec les femmes, les femmes avec les hommes." Tout juste sacrée championne du monde du saut à la perche aux Mondiaux de Moscou, l'athlète star Yelena Isinbayeva a réagi dans une phrase sans équivoque, jeudi 15 août, à la polémique sur la loi russe punissant la propagande homosexuelle. Dans un élan de patriotisme, la future "maire" du village olympique a critiqué l'athlète suédoise Emma Green Tregaro, qui arborait lors de la compétition des ongles aux couleurs de l'arc-en-ciel, symbole des militants LGBT. Mais elle s'est reprise un peu plus tard.

La Russe a d'abord prévenu les athlètes qui participeront aux Jeux olympiques 2014 de Sotchi qu'ils devront respecter la loi contre la propagande homosexuelle et rejeter les appels au boycott. "Nous tolérons toutes les opinions et nous respectons tout le monde, mais en retour, ces personnes doivent respecter nos lois et ne pas promouvoir dans les rues les idées des orientations non traditionnelles", a-t-elle déclaré, selon l'agence Itar-Tass.

"Nous acceptons nos lois sans aucune restriction"

Vladimir Poutine a promulgué, en juin, un texte de loi qui sanctionne tout acte de "propagande" homosexuelle devant les mineurs, sans que l'on ait plus de détails sur ce que recouvre le terme de "propagande". Les étrangers risquent une amende de 100 000 roubles (2 300 euros) maximum, jusqu'à 15 jours de détention, et l'expulsion du pays. Le texte est jugé discriminatoire par les défenseurs des droits de l'homme et a déjà suscité de nombreuses critiques à travers le monde, à six mois des Jeux olympiques à Sotchi, dans le sud de la Russie.

"Historiquement, dans notre pays, il n'y a jamais eu de problème avec la promotion des relations entre personnes du même sexe, et je suis sûre qu'il en sera encore ainsi à l'avenir, a néanmoins poursuivi la détentrice du record du monde de saut à la perche, qui va arrêter provisoirement le sport de haut niveau pour fonder une famille. En tant que citoyens russes, nous acceptons nos lois sans aucune restriction." En Russie, l'homosexualité a été considérée comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999 (1982 pour la France).

Mais que s'est-il passé dans la nuit du 15 au 16 août ? Dans un communiqué publié le lendemain, Isinbayeva dit avoir été victime d'une incompréhension et assure finalement qu'elle s'oppose à toute discrimination contre les homosexuels. "L'anglais n'est pas ma première langue et je pense que j'ai pu être mal comprise quand je me suis exprimée hier", a-t-elle regretté. "Ce que je voulais dire, c'est que les gens doivent respecter les lois des autres pays, en particulier quand ils y sont invités." L'athlète Nick Symmonds, qui a pris parti contre cette loi, s'est dit choqué par les propos tenus par Yelena Isinbayeva. Il a regretté qu'"une jeune femme si bien éduquée puisse avoir un tel train de retard".