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JO 2016 : Hisayoshi Harasawa, le jeune Japonais qui veut battre Teddy Riner à Rio

Le jeune judoka japonais n'a pas encore perdu contre Teddy Riner. Et pour cause, il ne l'a encore jamais affronté.

Article rédigé par
Pierre Lecornu - franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Hisayoshi Harasawa immobilise le Brésilien Favid Moura en finale du Grand Chelem de Paris, le 18 octobre 2015. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Il est le seul judoka du top 10 mondial à ne pas avoir perdu contre Teddy Riner. Et pour cause, Hisayoshi Harasawa n'a encore jamais affronté le porte-drapeau de la délégation française aux JO. Une bizarrerie qui pourrait prendre fin à Rio, puisque le Japonais sera le représentant de son pays dans la catégorie des plus de 100 kg.

J'espère être celui qui va détrôner Teddy Riner !

Hisayoshi Harasawa, judoka japonais

à "L'Esprit du Judo", en décembre 2015

L'ambition affichée d"Harasawa n'est pas pour déplaire au Français, qui se plaint régulièrement du manque d'opposition de ses adversaires qui, trop prudents ou trop craintifs, préfèrent se fermer et offrir un combat sans saveur au compétiteur qu'est Teddy Riner. "Ce jeune est vraiment intéressant. Il l'ouvre, en plus. Le jour où il a dit ça, dès le lendemain, Teddy regardait toutes ses vidéos", racontait en avril Stéphane Frémont, le responsable de l'équipe de France masculine de judo.

Un jeune qui monte

Dans le monde du judo, Hisayoshi Harasawa, 23 ans, est un visage assez jeune. En 2013 et en 2014, alors qu'il propulse sa faculté, l'université Nihon de Tokyo, en tête du championnat universitaire, Harasawa commence à se faire un nom sur les tatamis nippons. 

Depuis ? Son ascension est fulgurante. Invaincu entre avril 2015 et avril 2016, celui qui est aussi employé par la JRA (le PMU japonais) a remporté cinq tournois majeurs du circuit mondial.

Eléments de palmarès pour Teddy Riner (gauche) et Hisayoshi Harasawa (droite). (FRANCETV INFO (avec AFP))

Cinq tournois majeurs ? Alors que Teddy Riner est toujours sur le circuit ? Tout simplement parce qu'il y a de nombreux tournois dans une année de judoka, et qu'Hisayoshi Harasawa s’est imposé précisément là où Teddy Riner ne participait pas. En février, le Japonais a ainsi remporté le Grand Slam de Paris, pour lequel le géant français avait déclaré forfait, amoindri par une petite tendinite à l'épaule gauche.

Résultat : Harasawa s'est qualifié pour les Jeux de Rio au détriment de son compatriote Ryu Shichinohe (pourtant vice-champion du monde en titre), et est devenu numéro deux mondial, mais n'a toujours pas affronté le numéro un.

Un très grand gabarit… au Japon

Gabarit comparé de Teddy Riner et Hisayoshi Harasawa (FRANCETV INFO (avec AFP et SIPA))

Droitier, Hisayoshi Harasawa pratique un judo assez classique selon L'Esprit du Judo. Et par rapport aux standards européens, son physique lui-même (1,90 m pour 122 kg) n’est pas si impressionnant.

Au Japon, on dit que je suis grand et fort, même pour un poids lourd. Mais à l'étranger, je suis dans la moyenne.

Hisayoshi Harasawa, judoka japonais

à "L'Esprit du Judo"

C'est peu dire que Teddy Riner fait figure de colosse au pays du soleil levant. "Il est très impressionnant au niveau physique, mais aussi au niveau technique, reconnaît Hisayoshi Harasawa. C'est sur ces deux points que je dois construire un plan pour ne pas laisser la puissance et les prises de Riner m'atteindre."

Pour Jean-Sébastien Bonvoisin, le seul judoka français à l'avoir affronté, c'est surtout "physiquement que Harasawa a du chemin à faire". "Au niveau du judo, il a deux ou trois techniques bien rôdées, mais il est encore jeune, il doit progresser", explique à francetv info le judoka, battu par Harasawa en décembre 2015 à Tokyo, sur une immobilisation.

Vouloir faire tomber Teddy ? Ce n'est pas présomptueux… C'est courageux !

Jean-Sébastien Bonvoisin, judoka français

à francetv info

En l'état, Jean-Sébastien Bonvoisin ne voit en tout cas clairement pas le Japonais prêt à battre Teddy Riner. "Pour avoir eu les deux entre les mains, il n'y a pas photo", tranche-t-il.

Rio pour faire oublier Londres ? 

Si Hisayoshi Harasawa se sent à ce point investi de cette tâche de destituer Teddy Riner, c’est parce que selon lui, "il n'y a que le Japon qui peut aller chercher Teddy". En tant que représentant nippon des plus de 100 kg, c’est donc à Harasawa qu'incombe la tâche de faire oublier 2012. Les Jeux de Londres – pas une seule médaille d’or japonaise chez les hommes pour le pays qui a pourtant inventé ce sport – ont en effet été vécus comme une humiliation nationale.

Ceux de Rio vont-ils confirmer la fin de l'hégémonie du Japon en judo ? "Le monde avance rapidement, vous devez êtes conscient de cela", concède au Japan Times l'entraîneur de l'équipe nippone, Kosei Inoue, champion olympique à Sydney en 2000. Selon lui, la gloire passée du Japon a pu entraver sa capacité à suivre les évolutions du sport. "Le judo japonais a essayé de faire les choses à sa façon, comme si le Japon était l'alpha et l'oméga de tout".

Le Français Jean-Sébastien Bonvoisin juge lui aussi le judo japonais plus "traditionnel". Pour lui, "le judo européen est plus mixte, il y a la tradition, et puis l'excentricité venue de différents sports de combat qui ont transpiré dans certains pays européens".

Quand les gens me demandent quelle a été ma meilleure expérience à l'étranger, je leur dis toujours que c'était de réaliser à quel point j'étais ignorant.

Kosei Inoue, entraîneur de l'équipe japonaise de Judo

au "Japan Times"

L'entraîneur Kosei Inoue reconnaît d'ailleurs s'inspirer de l'Europe, où il s'est entraîné pendant une partie de sa carrière. Mais sans renier les trois fondamentaux du judo japonais. "Si vous pouvez les agripper, les jeter et les maintenir au sol, vous pouvez surpasser les étrangers plus forts physiquement". Une allusion à peine voilée au colosse Teddy Riner, que son jeune protégé Hisayoshi Harasawa rêve aujourd'hui de faire tomber.

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