Trois questions sur la mise en examen du président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi

Le patron qatari du Paris Saint-Germain, poursuivi pour "corruption active", est soupçonné d'avoir tenté "d'acheter" l'organisation des Mondiaux d'athlétisme 2017 et 2019 au Qatar.

Le président du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaïfi, durant le congrès de l\'UEFA à Rome (Italie), le 7 février 2019.
Le président du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaïfi, durant le congrès de l'UEFA à Rome (Italie), le 7 février 2019. (ANDREAS SOLARO / AFP)

Nasser Al-Khelaïfi, patron de la chaîne BeIN Sports et du PSG, a été mis en examen, jeudi 23 mai, pour "corruption active" dans le cadre de l'enquête sur des souçons de corruption en marge des candidatures de Doha aux championnats du monde d'athlétisme. Cette information judiciaire ouverte à Paris vise également les conditions d'attribution des JO de Tokyo 2020 et de Rio 2016. Franceinfo répond à trois questions sur ce dossier.

Pourquoi le patron du PSG est-il mis en examen ?

Nasser Al-Khelaïfi avait été placé en mars sous le statut de témoin assisté dans l'enquête préliminaire du parquet national financier. Il a été à nouveau convoqué par le juge d'instruction Renaud van Ruymbeke le 16 mai, mais il ne s'est pas présenté. Selon des "sources concordantes" citées par l'AFP, il a été mis en examen par courrier.

Le PNF s'intéresse à deux versements d'un total de 3,5 millions de dollars, réalisés à l'automne 2011 par la société Oryx Qatar Sports Investment. Le groupe est aujourd'hui détenu à parts égales par Nasser Al-Khelaïfi et par son frère Khalid. Ces versements auraient été effectués au profit d'une société sénagalaise de marketing sportif, dirigée par Papa Massata Diack, le fils de l'ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF). A l'époque des faits, le Qatar ambitionnait d'accueillir les Mondiaux d'athlétisme de 2017, organisés par l'IAAF, et les JO de 2020.

Dans une réaction transmise à l'AFP, l'avocat de Nasser Al-Khelaïfi a contesté toute malversation de son client. Francis Szpiner y assure que les fonds versés par Oryx étaient "parfaitement tracés" et que le patron de BeIN Sports "n'a validé aucun paiement de quelque nature que ce soit en lien avec les faits allégués""Nasser Al-Khelaïfi n'est ni un actionnaire ni un dirigeant de la société Oryx en 2011. Il n'intervient ni directement ni indirectement dans la candidature de la ville de Doha. (...) Ces faits ne le concernent pas", a-t-il estimé. L'Equipe précise que Nasser Al-Khelaïfi n'est devenu actionnaire d'Oryx, entreprise créée par son frère, qu'en 2013. Selon l'AFP, Francis Szpiner veut en outre faire reconnaître que les juges français ne sont pas compétents pour enquêter sur ces faits et que la prescription est établie.

Pourquoi les magistrats enquêtent-ils sur ces versements ?

Le premier virement d'Oryx Qatar Sports Investment à la société sénégalaise Padmozi, dirigée par Papa Massata Diack, a été réalisé le 13 octobre 2011. Le second a été effectué le 7 novembre 2011, soit quatre jours avant le vote de l'IAAF sur l'attribution des championnats du monde 2017, indique Le Monde. C'est finalement Londres, entré dans la course après la capitale du Qatar, qui l'a emporté. Doha a toutefois obtenu, trois ans plus tard, l'organisation des Mondiaux de 2019.

Selon l'AFP, ces versements étaient prévus dans un protocole d'accord passé avec la société de Papa Massata Diack. Le document précisait qu'Oryx Qatar Sports Investment s'engageait à acheter des droits TV et de sponsoring pour 32,6 millions de dollars, à condition que Doha obtienne les Mondiaux 2017, indique une source proche du dossier à l'agence de presse. L'Equipe ajoute que ces droits de retransmission devaient ensuite être revendus à BeIN sports. Ce contrat précisait que les paiements effectués avant la décision de l'IAAF, le 11 novembre 2011, étaient "non remboursables", ce qui a intrigué les magistrats français.

Ces éléments ont été découverts dans le cadre d'une série d'enquêtes du parquet national financier sur les conditions d'attribution de plusieurs compétitions sportives. Alors qu'ils enquêtaient sur des soupçons de corruption lors de l'attribution des Jeux olympiques de 2016 et 2020, les juges français se sont penchés sur plusieurs virements suspects qui les ont menés à Papa Massata Diack.

Qui sont les autres mis en examen ?

Le directeur général de BeIN Media Groupe et de BeIN Sports France, Yousef Al-Obaidly, a lui aussi été mis en examen pour "corruption active", le 28 mars dernier. Ce proche de Nasser Al-Khelaïfi est soupçonné d'avoir participé à la négociation d'un virement effectué par Oryx Qatar Sports Investment à Padmozi. Yousef Al-Obaidly estime que ces accusations sont "hautement infondées". "Elles sont intégralement et catégoriquement contestées et le seront avec la dernière énergie en utilisant, pour ce faire, tous les moyens de droit", a-t-il déclaré.

L'ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), Lamine Diack, a par ailleurs été mis en examen pour "corruption passive" dans ce dossier, le 27 mars. Les juges d'instruction cherchent notamment à savoir s'il a, en contrepartie de ces virements, œuvré à l'attribution de votes de membres de l'IAAF au Qatar pour les Mondiaux. Son fils, Papa Massata Diack, est visé depuis le 18 avril par un mandat d'arrêt pour des soupçons de "corruption passive" et de "blanchiment aggravé". Réfugié au Sénégal, ce dernier a toujours réfuté les accusations qui pèsent contre lui, mais la justice française n'a jamais pu l'entendre.