Pourquoi le footballeur Gareth Bale vaut si cher ?

Vous n'aviez jamais entendu parler de ce joueur gallois qui évoluait à Tottenham et dont le transfert pourrait-être le plus important de l'histoire du foot ?

Le joueur de Tottenham Gareth Bale célèbre son but contre Manchester City le 21 avril 2013, à Londres. 
Le joueur de Tottenham Gareth Bale célèbre son but contre Manchester City le 21 avril 2013, à Londres.  (STEFAN WERMUTH / REUTERS)

Avant, il avait les oreilles décollées. Et puis il est passé sur le billard pour corriger ça. Avant, il jouait arrière latéral à Southampton, puis milieu à Tottenham, deux clubs anglais qui ne gagnent jamais de titres. Et puis il a signé au Real Madrid pour près de 100 millions d'euros. Un montant annoncé par les télévisions britanniques Sky News et la BBC, ainsi que le journal espagnolMarca, ce qui en fait le transfert le plus onéreux de l'histoire du football. Avant, vous n'aviez jamais entendu parler de lui. Aujourd'hui, son nom est sur toutes les lèvres. Pourquoi ?

Parce que Gareth Bale est un joueur spectaculaire

Pour l'amateur de foot, Gareth Bale est "né" un soir d'automne 2010, quand Tottenham a joué l'Inter Milan en Ligue des champions. L'ailier gallois réalise un match sensationnel, inscrivant trois buts et mettant au supplice son adversaire direct, le Brésilien Maicon — pourtant crédité d'une note bien supérieure en accélération dans le jeu vidéo Fifa. Depuis, Gareth Bale est devenu le meilleur joueur du championnat le plus médiatisé au monde, la Premier League. Il bat chaque année son record de buts et détient celui du nombre de tirs de loin en Premier League. 

Parce que Gareth Bale vient de Tottenham

"Le transfert de Gareth Bale ne s'explique pas selon moi par les caractéristiques du joueur. Mais une partie de l'indemnité de transfert s'explique parce que Tottenham est un club bien géré, qui ne fait pas de déficit, et qui n'avait pas besoin de vendre", analyse Didier Primault, économiste au Centre de droit et d'économie du sport, contacté par francetv info. D'où le fait que le club anglais a pu faire considérablement monter les prix en prenant son temps. Le Real Madrid avait, lui, une épée de Damoclès au-dessus de la tête, la clotûre du marché des transferts, le 2 septembre.

Parce que Gareth Bale est "bankable"

Aucun tatouage et une vie de famille rangée depuis des années : Bale, c'est l'anti-Beckham. "C'est du matériau de premier choix : c'est un type séduisant, il passe bien dans les médias, il dit et fait les bonnes choses. Forcément, il intéresse de nombreuses marques", analyse Nigel Currie, du cabinet de conseil Rapport, dans le Daily Telegraph (en anglais). D'après l'agence Repucom, il devance largement Cristiano Ronaldo en Espagne en terme de "confiance" et de "pouvoir d'attraction". 

Pas étonnant que les marques se l'arrachent : il figure sur la pochette de l'édition britannique du jeu vidéo Fifa 2014 aux côtés de Lionel Messi, il a fait la couv' du magazine masculin Esquire au mois d'août, et c'est son portrait qui orne la façade d'un building en plein Times Square, à New York. Le jeune footballeur de 24 ans est aussi un homme d'affaires avisé : il a déposé le "cœur avec les doigts", devenu sa marque de fabrique pour fêter un but, et va en commercialiser les produits dérivés. De quoi intéresser le Real Madrid, qui prélève une dîme importante sur les droits à l'image de ses joueurs. 

Un panneau publicitaire à l\'effigie de Gareth Bale, à Times Square (New York, Etats-Unis), le 1er août 2013. 
Un panneau publicitaire à l'effigie de Gareth Bale, à Times Square (New York, Etats-Unis), le 1er août 2013.  (D. DIPASUPIL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Parce que le boss du Real n'a pas changé sa stratégie

Depuis que Florentino Pérez, géant du BTP espagnol, dirige le club, sa stratégie tient en une ligne : "Acheter les meilleurs joueurs et les plus bankable, puis faire du Real Madrid un géant en terme de marketing, résume Forbes (en anglais). Alors que la Premier League semble avoir gagné la bataille de l'Asie, le Real a l'occasion d'envoyer un message fort en direction du public asiatique : la star du championnat anglais joue désormais en Espagne. 

En 2012, le club a généré 600 millions d'euros de revenus, dont 200 millions en seul sponsoring. Endetté jusqu'au cou, le Real demeure un des clubs les plus rentables du monde. Comme il ne perd pas d'argent d'une année sur l'autre, il conserve la confiance des banques et peut continuer à acheter. 

Parce que certains présidents cassent la logique du marché

Le dernier rapport de l'Observatoire du football, publié en juin 2013, estime que Gareth Bale vaut entre 43 et 50 millions d'euros (PDF, p.18), et lui assigne la 9e place parmi les joueurs européens les plus chers. Le même rapport évaluait Cavani et Falcao entre 50 et 60 millions d'euros, sommes pour lesquelles ils sont effectivement partis respectivement au PSG et à Monaco. Comment expliquer un tel montant pour un footballeur qui n'a jamais rien gagné et qui, du fait de sa nationalité (galloise), ne brillera jamais en Coupe du monde ?

"Les transferts record relèvent d'une logique qui peut paraître irrationnelle, analyse Didier Primault. Seul 1% dépasse les 10 millions d'euros. Et à ce niveau-là, c'est souvent la décision d'un seul homme — en l'occurrence le président du Real. Zinedine Zidane disait : 'Florentino Pérez m'a dit que s’il avait fallu payer une indemnité encore plus élevée, il n'aurait pas hésité.' Sportivement, ça peut se justifier : Gareth Bale est jeune, il s'est imposé dans un des plus grands championnats. Personne ne sait jusqu'où il peut aller."

Parce que le Real Madrid profite de la crise

"Ce qui se passe, c'est comme dans toute crise dans une société ultralibérale. Les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, explique Loïc Ravenel, membre de l'Observatoire du football, contacté par francetv info. Aujourd'hui, un cercle fermé de clubs très fortunés peuvent se permettre de tels transferts. Dans la plupart des autres clubs, on attend d'avoir vendu avant d'acheter. L'écart se creuse entre cette oligarchie de clubs, dont fait partie le Real Madrid — qui est favorisé par le format des compétitions, la redistribution des droits télévisés, la mondialisation de leur marque — et les autres, pour qui réaliser de tels transferts est inaccessible."