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Récit "Nous nous sommes tous baissés dans le bus" : comment le match Dortmund-Monaco a basculé dans la peur

Peu après 19 heures, trois charges ont explosé sur le passage du bus du Borussia Dortmund. Le début d'une longue soirée d'angoisse pour le monde du football. Récit.

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France Télévisions
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Le bus du Borussia Dortmund, le 11 avril 2017 à Dortmund (Allemagne). (MARTIN MEISSNER/AP/SIPA / AP)

Il est environ 19h15 quand le bus du Borussia Dortmund quitte L'Arrivée, l'hôtel où l'équipe allemande s'isole avant chaque match. Alors que l'imposant véhicule jaune et noir s'engage sur la Wittbräucker Strasse, trois charges, "probablement dissimulées dans une haie" selon la police locale, explosent sur le bord de la route. Une partie des vitres blindées du car volent en éclats, un morceau de métal vient se ficher dans un des sièges. "Nous nous sommes tous baissés dans le bus, ceux qui pouvaient se sont couchés par terre", raconte Roman Bürki, le gardien suisse du BVB au site Blick.ch. 

Les impacts sur le bus du Borussia Dortmund, le 11 avril 2017 à Dortmund (Allemagne). (MARTIN MEISSNER/AP/SIPA / AP)

A ses côtés, assis à l'arrière du bus, Marc Bartra a le poignet cassé et des éclats de verre dans le bras. "Il a eu peur, oui, parce qu'évidemment il ne s'y attendait pas. Et, après l'impact, il est resté cinq minutes étourdi, il ne savait rien", racontera un peu plus tard son père à une télévision espagnole. A l'intérieur du véhicule, le quart de finale de la Ligue des champions que le Borussia doit disputer dans moins de deux heures face à Monaco semble bien loin.

Plus personne ne pensait à jouer au football.

Roman Bürki

à Blichk.ch

La police arrive rapidement sur les lieux et boucle cette petite route de la banlieue sud de Dortmund. Trois lettres identiques de revendication sont retrouvées sur place. Elles exigent la fin de la participation de l'Allemagne à la lutte contre l'organisation Etat islamique. Marc Bartra est conduit à l'hôpital. Emmitouflés dans leur parka jaune et noir, ses coéquipiers patientent sur le bord de la route, les yeux rivés sur leur portable. A 19h40, le club signale un "incident" sur Twitter.

Les joueurs du Borussia Dortmund après l'explosion près de leur bus, le 11 avril 2017 à Dortmund (Allemagne). (CARSTEN LINHOFF / AP / SIPA)

"On a été surpris de ne pas voir arriver le bus"

A 13 km de là, dans les travées du Signal Iduna Park, les journalistes de télévision piaffent d'impatience. Ils attendent le bus du Borussia pour filmer la traditionnelle arrivée des joueurs, casques sur les oreilles et sacs à crampons à la main. "On était au stade et sur les coups de 20 heures, on a été surpris de ne pas voir arriver le bus", raconte à franceinfo Fabien Lévêque, journaliste au service des sports de France Télévisions. Sur Twitter, le Borussia Dortmund parle d'une "explosion" et indique que tous les joueurs sont en sécurité. Les premières alertes tombent sur les téléphones portables. Sur BeIN Sports, la chaîne française qui doit diffuser le match, c'est la confusion. "Je refuse de me prononcer sur ce que j'ignore", lance la journaliste sportive Anne-Laure Bonnet, dans une réaction mesurée unanimement saluée.

Le trajet des Monégasques entre leur hôtel, le Radisson Blu, et le stade, distant de deux kilomètres, se passe sans encombre. "C'est en arrivant au stade que l'UEFA nous a appris qu'il s'était passé quelque chose avec le car du Borussia", raconte à L'Equipe Bruno Skropeta, le directeur de la communication du club. Les coéquipiers de Radamel Falcao et Fabinho ne sortent pas s'échauffer sur le terrain, dans l'attente de la décision de l'UEFA sur le report du match. En tribunes, "l'atmosphère est assez lourde", raconte Fabien Lévêque. Les 300 supporters de Monaco tentent de lancer des chants, mais se font immédiatement siffler par les fans allemands. Les Rouge et Blanc se font pardonner dans la foulée en scandant "Dortmund, Dortmund !"

La "douche froide" pour les supporters monégasques

A 20h30, la décision tombe. Le match est reporté à mercredi, 18h45. Le speaker demande aux supporters de patienter une demi-heure avant de quitter le stade. "Ça a été un mélange de déception et d'inquiétude", raconte Kevin, l'un d'entre eux, à franceinfo. "On pensait passer une super soirée. Au final, ça a été la douche froide", abonde Matteo, 21 ans. Alors que les tribunes se vident, les joueurs de l'AS Monaco sortent sur la pelouse pour un entraînement improvisé. "Le foot, ce ne devrait pas être ça, mais on va s'adapter", confie, philosophe, Bruno Skropeta à L'Equipe.

A l'extérieur, la galère commence pour les supporters de Monaco. Certains, coincés par un billet de train impossible à annuler ou un travail à retrouver, sont obligés de quitter la Rhénanie. "On était tous dégoûtés. Monaco en quart de finale de la Ligue des champions, c'est un événement qu'on ne voulait pas rater, explique l'un de ces malheureux supporters à franceinfo. Dans la voiture, on entendait les mouches voler". 

Des supporters du Borussia Dortmund, le 11 avril 2017 à Dortmund (Allemagne). (MATT WEST / BPI / SHUTTERST / SIPA / REX)

Solidarité sur les réseaux sociaux

Ceux qui restent doivent trouver un logement pour la nuit. Pour les aider, le Borussia Dortmund lance un mot-clé "un lit pour les supporters étrangers" sur Twitter. Le club monégasque promet de son côté une enveloppe de 80 euros pour chaque supporter ayant dormi à Dortmund. "Il n'y avait plus d'hôtels abordables. On a donc posté deux annonces sur Twitter avec le hashtag #bedforwayfans pour trouver quelqu'un prêt à nous héberger. Elles ont été retweetées massivement", raconte Matteo à franceinfo. Un couple les invite à passer la nuit chez eux. 

Ils ont été super cool. On a passé la soirée à discuter avec eux sur le canapé

Matteo, supporter de Monaco

à franceinfo

Mais tout le monde ne trouve pas un lit, comme Kevin et ses amis. "On a tourné dans la ville jusqu'à 2 heures du matin, en espérant trouver un hôtel ou quelqu'un pour nous héberger, mais tout était plein", raconte-t-il. Les trois jeunes hommes finissent par se résigner à dormir dans leur voiture, garée sur un parking.

C'était une nuit pénible. Toutes les deux heures, je me réveillais pour redémarrer la voiture et lancer le chauffage, parce qu'on avait trop froid

Kevin, supporter de l'AS Monaco

à franceinfo

Le réveil est plus heureux. Un supporter du Borussia est venu leur apporter le petit-déjeuner. "C'était très sympa. Il nous a sorti la table, des œufs et ses saucisses. On a partagé un bon repas", raconte Kevin.

Kevin et ses amis prennent le petit-déjeuner sur un parking avec des supporters de Dortmund, le 11 avril 2017.  (DR)

"Nous ne cédons pas face au terrorisme"

A 11 heures, les joueurs du Borussia retrouvent le terrain pour un petit entraînement, sans Marc Batra, opéré avec succès dans la nuit. "Je viens d'en appeler à l'équipe dans le vestiaire, qu'elle montre à la société que nous ne cédons pas face au terrorisme", déclare le patron du club Hans-Joachim Watzke dans un communiqué.

Dans les rues de la ville allemande, les supporters de Monaco se préparent à assister au match, mais sans enthousiasme. "Les joueurs vont être timides sur le terrain, je ne pense pas qu’on verra un très beau match, estime Dimitri, interrogé par franceinfo. Mais c’est important d’y être, on a fait la route, et c’est un quart de finale de Ligue des champions".

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